A la rame de l’Italie au Brésil : Interview de Giovanni Altavilla (exclu)

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En août prochain, Giovanni Altavilla s’élancera depuis Tarente en Italie pour se rendre au Brésil. Interview avec cet Italien de 30 ans qui partira alors pour un périple à la rame en solitaire de 10 000 km étalé sur huit mois.

Giovanni, peux-tu nous présenter ton périple et nous dire quels objectifs tu recherches dans une telle aventure ?

Je partirai en août depuis Fragagnano (ville de la province de Tarente) dont je suis originaire pour me rendre jusqu’aux côtes brésiliennes. Je dois parcourir environ 10 000 km en naviguant uniquement à la force des bras sur un bateau qui mesure moins de sept mètres. Je devrai passer par le Détroit de Messine puis celui de Gibraltar et traverser ensuite l’océan atlantique. Je ne suis pas particulièrement un grand navigateur. J’ai déjà fait du surf et de la voile, mais c’est évidemment la première fois que j’ose défier ainsi l’océan. C’est une aventure qui est née il y a un an et demie. Je ne pars pas pour une simple question de défi ou une recherche de limite. Ce qui m’attire, c’est le fait d’être seul, au milieu de l’océan avec mon bateau pour me recentrer sur moi-même. Mais le pari est risqué et rien n’est gagné. Il faut par exemple avoir en tête qu’il y a plus de personnes qui montent sur l’Everest chaque année que de personnes qui ont traversé l’Atlantique à la rame dans toute l’histoire.

As-tu une préparation physique spécifique pour ce voyage ?

Contrairement à ce que l’on pense, je n’ai pas cherché à faire une préparation physique très poussée pour ce voyage. J’ai surtout insisté sur ma capacité à prolonger l’effort étant donné que je devrai ramer environ 10h par jour pendant presque huit mois. Mais cette partie est la plus simple à gérer. Le périple prévoit surtout une préparation psychologique. C’est essentiel d’avoir une motivation extrême pour aller au bout d’une telle aventure. Depuis que je me suis lancé dans les préparatifs de mon voyage, j’ai une vision et un objectif à atteindre. Cet objectif doit se conclure en mer quand je serai seul sur mon bateau. J’ai consulté un psychologue pendant plusieurs semaines pour me conditionner de la meilleure des façons. Mais je vais arrêter de le voir car je me sens prêt aujourd’hui.

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Dans un voyage aussi long, comment t’organises-tu sur ton bateau, notamment pour la nourriture et l’eau ?

Comme je ne ferai aucune escale et que je n’aurai pas d’assistance extérieure, je devrai m’approvisionner seul et survivre par mes propres moyens. Le seul moyen de me nourrir en dehors de la nourriture que j’emmènerai au départ est évidemment la pêche. Mais l’apport calorique de ce type de d'aliments n’est pas suffisant. J’aurai de la nourriture lyophilisée comme celle qu’utilisent les alpinistes. Ça a l’avantage d’être léger, résistant et peu encombrant. C’est aussi une nourriture qui résiste bien aux températures élevées. Pour l’eau, j’embarque avec moi 350 litres répartis sur deux zones dans le bateau. Mais elle ne me servira qu’à équilibrer l'embarcation et je ne la boirai qu’en cas d’urgence. Pour ma consommation personnelle, je boirai l’eau de mer que j’aurai dessalée grâce à 3 appareils que j’embarque avec moi. L’électricité du bateau (pour alimenter notamment les dessalinisateur) est fournie par deux panneaux solaires. C’est un luxe d’avoir de l’électricité à bord. Il faut que je fasse attention à bien la répartir entre les différents instruments de bord comme ceux que j’utilise pour la navigation.

Quelle distance comptes-tu parcourir par jour ?

Dans l’océan atlantique, je pense que je ferai en moyenne 30 km par jour grâce notamment aux alizées qui me permettront d’avancer à une bonne allure. Mais ce sera impossible d’en faire autant dans la Méditerranée car les conditions météo y sont plus aléatoires. Au maximum, je pense que je pourrai en faire 20 par jour, mais ça pourrait être cinq ou six jusqu’au Détroit de Gibraltar si le temps n’est pas avec moi. Au départ, je voulais partir du Portugal pour éviter justement la Méditerranée. Mais j’ai finalement décidé de m’élancer depuis Fragagnano pour des raisons plus personnelles. Je monterai dans mon bateau sur les plages où j’ai passé mon enfance. C’est une décision qui entraine de plus grands risques et qui m’oblige à parcourir plus de kilomètres, mais je préférerais partir depuis chez moi. C’est aussi l’occasion de parler autrement de Tarente qui est davantage connue en Italie pour la pollution engendrée par l’usine ILVA (qui est le plus important site d’Europe pour la transformation de l’acier).

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Eprouves-tu de la peur en pensant à ton départ ?

Je n’ai pas peur de mourir, ni d’être seul au milieu de l’océan. Le principal problème reste les hommes. Je veux dire par là que ce qui me préoccupe le plus est qu’il y a toujours une possibilité de collision avec un navire beaucoup plus gros que le mien dans l’océan. J’ai des appareils électroniques qui permettront de signaler ma position aux autres navires autour de moi notamment l’AIS (Système d'identification automatique qui permet des échanges automatisés entre navires par radio VHF qui permet aux navires et aux systèmes de surveillance de trafic de connaître l'identité, le statut, la position et la route des navires se situant dans la zone de navigation). Le risque, c’est que certains bateaux que je croise soient sur pilote automatique et je suis forcément plus vulnérable dans ce cas.

Au-delà de la pure aventure, tu pars également dans un objectif scientifique.

Oui, je dispose sous mon bateau d’un système élaboré par le Jonian Dolphin Conservation (qui vise à préserver les dauphins) afin d’effectuer un repérage de la présence des cétacés dans le Golfe de Tarente en particulier. C’est important pour les scientifiques avec qui je collabore sur ce projet car ma faible vitesse (2 à 5 nœuds) permet de scanner parfaitement les zones sur lesquelles je vais naviguer.

Et au niveau du financement ?

J’ai vendu tout ce que je pouvais, même ma moto pour réaliser ce rêve. J’ai vidé mes comptes, mais c’est encore insuffisant pour couvrir la totalité des frais engagés dans cette aventure. Je recherche donc des sponsors, qu’ils soient italiens ou français. Il est possible de me contacter via le site officiel de cette aventure.

Article réalisé avec Cosimo Lanzo et publié sur melty.it

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