Andy Lewis : "Je veux juste m’amuser et rester en vie" (exclu)

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Andy Lewis est une star dans les sports extrêmes. Anticonformiste, " Sketchy Andy " pratique la slackline, la highline, l’escalade et le base jump. meltyXtrem a rencontré ce trompe-la-mort.

Andy Lewis est un personnage atypique qui aime vire sa vie à 200% et sans cesse dépasser ses limites. " Sketchy Andy " comme le surnomment ses amis est un professionnel dans de nombreuses disciplines des sports outdoors : slackline, highline, jumpline, escalade et base jump. Véritable trompe-la-mort, Andy pratique aussi le free solo : de la highline sans sécurité. Le casse-cou s’est fait connaître par ses différents exploits comme sa traversée entre deux montgolfières, entre deux gratte-ciel à Bangkok, son show avec Madonna lors du Super Bowl, sa " toile d’araignée " suspendue au-dessus du canyon du Moab ou ses traversées nu comme un ver. L’Américain était le parrain du festival de sports extrêmes des Natural Games à Millau dans l’Aveyron. meltyXtrem a rencontré Andy dans les Gorges de la Dourbie avant qu’il ne se lance sur une highline. L’excentrique personnage nous a fait part de sa vision du sport et de sa philosophie de vie. À voir également sur meltyXtrem, le bilan des Natural Games, le festival des sports extrêmes (vidéo).

Pourquoi revenir sur le festival des Natural Games ?

Je suis revenu parce qu’on m’a invité spécialement, ce qui était très sympa. On nous a proposé de venir pour faire la fête, manger de la bonne nourriture… je n’ai pas pu résister ! On peut y faire plein de choses différentes. Aujourd'hui, j'ai fait du stand-up paddle, du kayak, de la waterline, de la trickline, de la jumpline, de la highline, du base jump... puis j'ai mangé trois bons repas et j'ai rencontré beaucoup de gens. ce que j'aime aussi dans ce festival, c'est l'opportunité de pouvoir regrouper tous les sport. Cela dit, le sport que j'ai le plus aimé, c'est le base jump. On fait de la randonnée, de l'escalade et parfois on vole, on saute. On arrive souvent à des endroits où il y a des highlines, ce qui te permet de combiner les disciplines.

Andy Lewis : "Je veux juste m’amuser et rester en vie" (exclu)

Nathan Paulin a battu le record du monde de highline, que penses-tu de cette performance ?

C’est dingue, c’est une nouvelle génération. Il a un nouveau style de marche. Pendant dix ans, tout le monde pratiquait le même style de slackline très particulier, mais le style d’aujourd’hui permet aux gens d’avoir des opportunités et d’en profiter, ce qui est très cool. Au début les lignes étaient très lâches. Du coup on voulait les serrer encore plus, mais c’était difficile. Puis on l’a fait, ce qui a donné naissance au trickline et à la highline. À un moment donné, on les a tellement serrées qu’on commençait à casser les sangles ou arracher les arbres. Donc forcément les gens ont commencé à les desserrer, ce qui est devenu très populaire ici en Europe, et je trouve ça sympa. C’est toute une autre gamme de compétences. Si on donne du temps aux gens pour pratiquer ce style-là, c’est sûr qu’ils vont exceller. Plus Nathan Paulin marchera dans ce nouveau style, plus il va s’améliorer, ce qui va lui permettre de traverser des highlines encore plus longues. Mais je trouve ça super, qu’il ait pu autant repousser les limites.

Comptes-tu battre ce record un jour ?

Pourquoi pas ! (rires) Je ne me sens pas à ce niveau-là, du moins pas pour l’instant. Mais c’est parce que le truc que j’aime le plus dans la slackline, c’est d’avoir l’opportunité de tester de nouvelles choses : faire de nouveaux tricks, aller plus loin, plus haut. Mais faire de la highline longue, c’est difficile, ça fait peur et ça coûte cher. C’est dingue quand on y pense. Tu attaches une ligne de 400 mètres tout seul, et franchement, au moment où tu as tout fini, tu es prêt à rentrer chez toi. Il m’a fallu deux semaines et demie pour pouvoir marcher 128 mètres. Je m’entraînais tous les jours, je marchais de longues lignes le soir, j’ai fait de mon mieux et finalement j’y suis parvenu. Mais c’est un autre style. La technologie a évolué. En 2009, on n’aurait jamais pu faire cela. Même si c’était possible, personne ne voulait le faire !

Pourquoi ce surnom de " sketchy Andy " ?

La plupart des gens me connaissent en tant qu’Andy Lewis, il n’y a que mes proches qui m’appellent Sketchy Andy. C’est un surnom. Si on me connait bien ou si on est proches, on a le droit de m’appeler ainsi. Mais la communauté est devenue tellement grande que maintenant, il y beaucoup plus de gens qui m’appellent "Sketchy". Quand tu commences à faire de la slackline, en général tes potes ne tardent pas à s’y essayer eux aussi. Depuis trois ans, j’ai vu beaucoup de mes potes devenir pro, parce qu’ils ont des gens pour les encourager, pour les aider à attacher leurs lignes. Ça se partage vraiment entre nous.

À quoi tu penses lorsque tu pratiques le free solo ? Pourquoi faire cette pratique aussi extrême ?

C’est différent à chaque fois qu’on le fait. Parfois, tu peux te détendre, t’enfoncer dans la ligne, sans trop y réfléchir. À l'inverse, il peut t’arriver quelque chose de vraiment effrayant : quand tu enlèves ton harnais de sécurité et que tu oublies comment faire de la slackline. À ce moment-là, soit tu te sens pousser des ailes, soit tu ressens une angoisse incroyable. Quelque chose entre ces deux émotions-là !

Peux-tu nous dire ce qu’est pour toi le mode de vie " slacklife " ?

Slacklife c’est te faire plaisir sans faire de mal à personne. C’est tout. Mais c'est ambigue car parfois je fais des choses qui ne blessent personne, mais qui risquent de me blesser moi. C’est assez compliqué comme règle.

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Le basejump et le free solo sont des sports dangereux qui font des victimes chaque année, comment as-tu vécu la mort de Dean Potter, une légende de ces disciplines ?

Il y a plus de gens qui sont morts à cause de la highline qu’à cause du free solo. Mais sa mort était très perturbante. J’ai appris ça avant tout le monde, avant qu’on ait lancé les recherches en hélicoptère, quand on pensait encore qu’ils avaient disparu et non qu’ils étaient morts. Dean était avec Graham Hunt à ce moment-là. Ce mec était vraiment sympa, il a passé deux semaines à Moad avant l’accident. Il a beaucoup traîné avec nous, on a fait de l’escalade, on tournait un film ensemble. Il a commencé à s’intégrer dans notre groupe. On était censé voir Dean. On était en train de faire se rapprocher deux mondes que je ne connaissais pas trop. Pour moi Dean était un vrai modèle. Tout ce qu’il faisait, je voulais m’entraîner pour pouvoir faire pareil. On te dit souvent que tu fais quelque chose de très dangereux, et parfois tu évites des accidents de justesse, mais quand ton mentor disparaît, on se dit que c’est un signe. J’ai reçu un appel (pour lui apprendre la mort des bases jumpers ndlr) comme ça quatre fois dans ma vie, et c’est dur. Tu commences à en avoir marre de faire le deuil pour des gens que tu aimes beaucoup. Tu te coupes un peu émotionnellement parce qu’il y a tant de gens qui meurent, et pas que des gens qui font du base jump.

Que penses-tu de la légalisation du base jump dans les parcs nationaux des USA ?

Je ne veux pas que ça devienne légal. Les gens sont bêtes ! C’est une très mauvaise idée. Personnellement, je veux que ça reste illégal, pour ne pas encourager les gens à le faire. Il n’y a pas assez de monde qui sait sauter correctement, ils ne s’y connaissent pas, ils n’arrivent pas à se stabiliser. Le base jump est maintenant devenu trop accessible pour que ça soit une bonne idée de le légaliser aux États-Unis. Les gens ne le respecteront pas. Par contre, donner des permis ou obliger les gens à passer un examen avant de sauter pour vérifier qu’ils savent quoi faire serait peut-être une bonne manière de le réglementer. Comme un permis de conduire !

D’où t’es venue l’idée de cette " toile d’araignée " tissée dans le désert du Moab ?

Le Pentagon Spacenet ? On s’est inspiré des manchons de protection pour les arbres. Ce qui coûte le plus cher quand tu fais du base jump, c’est le remplacement de ton équipement. J’ai voulu faire quelque chose avec toutes mes sangles en nylon qui commençaient à s’effilocher au bout d’un moment. J’ai commencé à construire des échelles pour grimper dans des arbres, puis je les ai installées là-haut. Après je me suis dit : " Et si je faisais un grand filet que je pouvais mettre dans mon sac à dos et sortir quand je voulais ? ". Puis on a commencé à installer des tricklines où c’est possible de marcher sur trois lignes. On voulait en installer une à Moab avec Alexander Schulz et Lucas, c’est devenu la première " toile d’araignée ". J’ai décidé d’installer le filet entre trois arbres avec trois lignes, mais elle était très petite, moins de 40 m² . Huit personnes pouvaient à peine rentrer là-dedans. Avec le Pentagon Spacenet, on s’est dit qu’avoir un filet avec cinq accroches différentes au lieu de trois serait mieux en cas d’accident, si jamais il tombait. On a donc installé la toile au Turkey Boogie pour commémorer un ami disparu : Daniel Moore. C’était le produit de sept ou huit ans de bricolage dans les arbres.

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Ça fait quoi de faire du trickline avec Madonna et devant des millions de téléspectateurs ? Pas trop la pression ? Pourquoi avoir refusé de partir en tournée avec elle ?

Il y a de la pression, c’est sûr. Mais à un moment donné, tu t’es tellement entraîné que ça devient ta seconde nature. J’ai beaucoup aimé Madonna ! Mais pas au point d'y sacrifier toute ma vie. Je pense que je l’ai énervée un peu. J'ai passé un super bon moment, elle m’a offert plein de trucs, elle m’a invitée dans son monde. Elle est sans doute la reine de son monde à elle, mais je me sens également le roi du mien, j’ai trouvé la place dans le monde de la slackline, et je ne voulais pas le quitter. J’avais l’impression qu’elle voulait que je lui donne tout pendant la tournée, absolument tout : ma créativité, mon esprit, mon énergie, tous les jours. C’était trop long comme période je trouve.

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Tu adores les projets un peu fous : À Bangkok entre deux gratte-ciel, à 4 000 mètres entre deux montgolfières. Quels sont tes prochains défis ?

Je veux faire de la highline entre deux montgolfières, je veux faire un salto arrière en mode free solo, à plus de 1 000 m d’altitude… Je veux juste m’amuser et rester en vie. Voilà mes deux objectifs.