Antoine Albeau : "Battre un record du monde de vitesse à Leucate" (interview exclu)

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Antoine Albeau, 22 titres mondiaux en PWA windsurf depuis le 23 novembre, était de passage samedi au Salon Nautique de Paris. meltyXtrem vous propose l'interview exclu de cet immense champion !

Cette année, le Rochelais a encore renforcé sa légende en windsurf. Antoine Albeau, champion du monde de windsurf pour la 22e fois, a vécu une saison intense. Albeau a en effet arraché sa couronne mondiale au terme de l'ultime épreuve du championnat du monde slalom, à Nouméa (Nouvelle-Calédonie). Un huitième titre en 9 ans dans la discipline, après une belle confrontation avec Cyril Moussilmani et Pierre Mortefon. Le windsurfer de l'Ile de Ré était ce week-end de passage à Paris, dans le cadre du Salon Nautique. Antoine Albeau a participé à la présentation du Mondial du Vent 2015, qui se déroulera à Leucate des 18 au 26 avril prochains. Un événement qui lui tient à cœur puisqu'il a terminé deuxième de la compétition opposant kitesurfers et windsurfers, la Sosh Cup, en mai dernier. Le Rochelais n'oublie pas non plus le record du monde de vitesse sur 500 mètres, qu'il détient en planche à voile (52,05 noeuds soit 96,40 kilomètres/heure). meltyXtrem a rencontré Antoine Albeau et vous propose son interview exclu ! A lire également : Charlotte Consorti : "Dépasser un jour les 100 kilomètres/heure" (interview exclu)

Cette bagarre pour le titre mondial a t-elle rendu ton 22e sacre plus spécial ?

J'aurais savouré de la même façon si j'avais remporté ce titre plus facilement ! (sourire) La bataille pour le titre a permis d'offrir aux passionnés de windsurf, via les retransmissions live, un beau suspense jusqu'aux derniers instants de la Coupe du monde. Les internautes ne se sont pas lassés du spectacle et cela bénéficie forcément au windsurf.

Comment as-tu géré mentalement la situation ?

Il y a toujours une certaine part de stress, comme chaque athlète peut en ressentir en compétition. Je suis cependant habitué à ce type d'évènement. Je pense que les enjeux étaient plus forts pour Cyril, qui pouvait remporter son premier titre mondial, alors que j'en avais déjà 21. C'est vrai que cela m'aurait vraiment énervé de terminer vice-champion du monde. Au final, je pense que j'ai été meilleur tout au long de l'année, j'ai gagné deux événements, à Costa Brava et Fuerteventura et Cyril n'en a pas remporté (hormis le Turkmenistan, où douze windsurfers furent classés premiers ex-aequo, ndlr). Il y avait juste une épreuve qui m' handicapait, celle de Sylt en Allemagne, sur laquelle j'avais fini neuvième. C'est la course !

Es-tu heureux de ce podium 100% Français en Coupe du monde ?

Oui, c'est top ! Cela s'est déroulé comme ça quasiment sur chaque épreuve. Lors de la première étape de Coupe du monde en Costa Brava, le podium fut identique au classement de fin de saison, j'étais avec Cyril et Pierre. Nous avons un super groupe France, qui fonctionne vraiment bien et qui a réussi ses plus beaux résultats. Les meilleurs windsurfeurs sont actuellement français ! Aux autres nations, comme les Italiens et les Espagnols, d'atteindre leur meilleur niveau pour pimenter la PWA.

Antoine Albeau : "Battre un record du monde de vitesse à Leucate" (interview exclu)
Antoine Albeau : "Battre un record du monde de vitesse à Leucate" (interview exclu)

Tu as remporté 8 titres mondiaux en slalom ces 9 dernières années, à quoi attribues-tu cette réussite ?

C'est juste que je suis le meilleur, voilà tout (rires). On est tous fait pareil en Coupe du monde : deux bras, deux jambes, une tête, mais je pense que je suis l'un des meilleurs windsurfers mondiaux. Je l'ai prouvé en remportant un titre de champion du monde dans toutes les disciplines, sauf en vague. Certaines années, j'étais même très bien classé en waveriding. Je n'oublie pas Björn Dunkerbeck, qui a été champion du monde PWA dix années d'affilée (12 en fait, entre 1988 et 1999, ndlr).

Comment avais-tu préparé cette saison PWA ?

Je n'ai pas plus travaillé que d'habitude, au contraire. J'ai été énormément sollicité par la presse, les sponsors m'ont demandé de participer à beaucoup d'opérations... Je n'ai pas beaucoup navigué par rapport aux années précédentes, cela m'a vraiment handicapé. Je ne referai pas la même erreur en 2015 ! On a besoin de naviguer, de se régler. C'est comme pour une voiture, nous devons tester le matériel. Les plans d'eau sont différents sur chaque épreuve, il faut associer les ailerons aux bonnes planches... Il y a beaucoup d'heures de travail.

Antoine Albeau : "Battre un record du monde de vitesse à Leucate" (interview exclu)

Qu'est ce qui te plaît tant dans le Mondial du Vent ?

Le Mondial du Vent est un super événement, qui confronte les kitesurfers et les windsurfers grâce à la Sosh Cup. Certaines journées sont favorables aux wind, d'autres aux kite. Ces 4 ou 5 dernières années, il y a toujours eu une alternance concernant le vainqueur et non pas une suprématie du kitesurf ou du windsurf. C'est une bonne chose, le Mondial du Vent booste tous les concurrents !

Le Mondial du Vent permet-il également de développer du matériel ?

Cela se ressent moins en windsurf, nous n'avons plus de circuit Coupe du monde de vitesse. Personnellement, je ne m'entraîne pas énormément avec mon matériel de speed. Les kiteurs, eux, sont vraiment axés sur cela. Ils ont un Tour qui fonctionne bien dans cette discipline, ils font des tentatives de record du monde comme Alex Caizergues, qui est en tentative quasiment tout l'hiver (le Provençal était du 16 octobre au 3 décembre sur le Salt and Speed 2014 à Salin-de-Giraud, ndlr). Quand ces mecs arrivent sur le Mondial du Vent, ils sont prêts. En tant que windsurfers, nous y allons un peu plus en amateurs. D'année en année, mes planches n'évoluent pas trop, j'utilise souvent les mêmes. On a beau être 22 fois champion du monde, quand tu veux faire une nouvelle planche, cela prend du temps et de l'argent. Ce n'est pas facile, la crise fait qu'il n'y a pas beaucoup d'argent dans le windsurf. Mais on est là, on se bat, on évolue sur les ailerons et les voiles... C'est bien !

Antoine Albeau : "Battre un record du monde de vitesse à Leucate" (interview exclu) - photo
Antoine Albeau : "Battre un record du monde de vitesse à Leucate" (interview exclu) - photo

Tu aimerais organiser des tentatives de records du monde de vitesse à Leucate. Peux-tu nous en dire plus ?

Leucate est un super plan d'eau ! On ne va pas forcément pouvoir battre un record du monde de vitesse en mer, car le vent n'a pas l'orientation idéale pour aller à 50 noeuds. Mais il y a aussi la Tramontane, qui souffle super fort. Il y a beaucoup de plans d'eau intérieurs, si l'on trouve un spot qui pourrait être exploitable pour aménager un run de 500 mètres, avec zones de démarrage et de freinage... On pourrait y faire une tentative de record du monde de vitesse. Avec Pascal Maka (organisateur du Mondial du Vent,ndlr), nous essayons de travailler là-dessus. L'idéal serait de creuser un canal, mais désormais tout est hyper-protégé avec les côtes françaises, cela semble quasiment impossible à réaliser. Nous espérons donc trouver un bon plan d'eau et y organiser nos tentatives !

As-tu en tête la barrière des 100 kilomètres/heure ?

J'ai envie de la franchir, mais du point de vue contractuel, je ne suis pas payé pour réaliser cet objectif. Lors de mes records de vitesse, mes sponsors m'aident, ils me fabriquent des planches et des voiles courtes, mais ces tentatives ne figurent pas dans mes contrats. Je décide donc en toute liberté à ce sujet. Depuis mon record du monde en 2012 (le 21 novembre 2012 à Luderitz, Namibie, ndlr), j'ai fait une nouvelle tentative en 2013 mais nous n'avions pas eu de vent. Cette année, je n'ai pu y participer en raison de la Coupe de monde à la Torche puis de la finale en Nouvelle-Calédonie, organisées au même moment. Je verrai donc l'année prochaine, selon le calendrier des compétitions.

Tu as été nominé pour le titre de Marin de l'Année 2014, un petit pronostic ?

Nous sommes 5 windsurfeurs en lice pour être Marin de l'Année 2014 (Antoine Albeau ,Delphine Cousin, Thomas Traversa, Charline Picon et Julien Bontemps, ndlr), les votes de la communauté windsurf vont logiquement s'éparpiller entre nous. Nous ne remporteront donc pas le vote du public. Il y a beaucoup d'enjeux et d'argent dans la voile, le Marin de l'Année devrait se jouer entre Loick Peyron et François Gabart. Je penche plus pour Loick, qui a gagné la Route du Rhum toutes classes confondues.

Quel est ton programme pour les semaines à venir ?

Je viens tout juste d'achever ma saison, avec une semaine de promotion au Japon pour mes sponsors. Après le Salon Nautique, je retournerai une semaine sur l'Ile de Ré. Ensuite, j'irai passer trois semaines chez ma petite amie, au Venezuela. Je ne couperai pas complètement, je prendrai ma planche !

Source : PWA/Carter