Benjamin Sanchis raconte Belharra, Nazaré, Teahupoo… (interview exclu)

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Benjamin Sanchis est entré dans le livre des records en surfant la plus grosse vague de l’histoire en décembre 2014. Le rider Billabong raconte pour meltyXtrem les monstres des mers qu'il a domptés.

C’est une vague qui l’a fait entrer dans l’histoire du surf. Le 11 décembre 2014, Benjamin Sanchis domptait une géante de 33 mètres à Nazaré à l’occasion d’une de ces sessions XXL que le spot portugais sait parfois offrir aux spécialistes des big waves. Le surfeur Billabong avait eu quelques jours plus tard la confirmation qu’il était désormais l’auteur du record mondial (vidéo ci-dessous), repoussant loin la vague hawaïenne de Garrett McNamara mesurée à 24 mètres en 2011. " C'était l'apocalypse, racontait alors Benjamin Sanchis quelques jours après sa perf'. Quand cette énorme vague est arrivée, elle a tapé le sable un peu plus bas que normal. Ça l'a rendue beaucoup plus creuse que les autres. Avec le clapot et le vent, je n'ai pas réussi à tenir ma ligne. Après un premier clapot, j'ai fait un saut de de deux ou trois mètres. Au deuxième, je suis tombé et j'ai vécu l'une des expériences les plus incroyables de surfeur. " Le Français, qui était présent sur le Quiksilver Pro France 2015 en octobre dernier, nous en a raconté d’autres en revenant sur certaines sessions marquantes de ces dernières années que nous lui avons présentées.

La vague record à Nazaré

C’est une vague qui m’a permis d’avoir une grosse couverture médiatique. Je suis même allé sur le plateau du Grand Journal de Canal + grâce à ça. Quand tu expliques au grand public qu’il s’agit de la plus grosse vague au monde, ça lui parle. Ce 11 décembre à Nazaré, c'était une journée qui avait été assez longue. Le matin, ce n’était pas aussi gros que ça et quand on est reparti surfer l’après-midi avec mon partenaire Eric (Rebiere qui l’accompagne en jet-ski, ndlr) car j’avais perdu ma planche entre les deux, on a vu qu’il y avait pas mal de grosses vagues qui cassaient au large. Mais au bord, il y en avait aussi des très belles qui étaient plus creuses et en forme de triangle. On regardait si c’était possible ou pas de les prendre, et on s’est lancé. Au moment où je suis dessus, je sens qu’elle est énorme. Mais c’est l’officialisation du record quelques jours plus tard qui a permis de mesurer concrètement la taille qu’elle faisait (33 mètres).

Un gros wipeout à Nazaré en 2015

Là, il faut être franc, je gère comme je peux sur ce wipeout, ce n'est pas facile... J’ai aussi eu beaucoup de chance de tomber à cet endroit. Je suis tombé avant que la vague n'éclate. Je suis reparti avec la lèvre. Si la vague était tombée sur moi, ça aurait été beaucoup plus difficile à gérer. Là, je chute et on voit bien que je repars en même temps que la lèvre. Je me fais quand même bien démembré, mais c’était gérable. On s’entraîne en apnée pour gérer ces moments-là. On fait par exemple des séries avec 25 mètres sous l’eau, 25 mètres de respiration et tu repars sous l’eau… Ce sont des apnées toniques.

À Belharra en février 2011

Belharra, c’est plus une gauche qui va très vite et qui déroule. C’est un spot beaucoup plus sûr que celui de Nazaré, car là, tu es au milieu de la mer. On peut venir te chercher à n’importe quel endroit. À Nazaré, c’est une vague sur laquelle le jet-ski peut vraiment galérer pour venir te récupérer. Il y a des courants abominables à Nazaré alors qu’il y a un chenal sur le côté de Belharra pour s’échapper.

Le superbe film "The Billabong Adventure Division ireland" qui relate le surf trip de Shane Dorian et Benjamin Sanchis

Ce trip, ce n’est que du plaisir. Le film a été tourné en une seule journée. Le matin, on avait surfé une droite sublime. Il faisait beau, l’eau était transparente, il faisait chaud. Je n’étais jamais allé sur ce spot de Rileys. On était quatre à l’eau avec les jet-ski, il n’y avait que nous. Du pur bonheur…

Benjamin à Teahupoo en octobre 2011

J’ai vécu pendant dix ans à Tahiti. Teahupoo, c’est le plus gros tube à la rame que tu puisses prendre. Il n’y a pas une goutte d’eau qui n’est pas à sa place sur ce spot. C’est très lisse, très large, le tube est vraiment parfait. C’est en même temps terrifiant, et en même temps une des plus belles choses au monde. C’est la perfection.

Le spot XXL de Mullaghmore en Irlande

C’est la version irlandaise de Teahupoo ! Il fait très froid à Mullaghmore. C’est un spot sauvage sur lequel il y a des marches, des bulles, beaucoup de mouvements d’eau… C’est nettement moins parfait qu’à Teahupoo, et c’est donc plus difficile de prendre des photos et des films de cette vague. Mais c’est justement grâce à toutes mes années où j’ai surfé à Teahupoo que je suis arrivé en confiance sur cette vague.

A Hossegor

Hossegor, c’est la maison, c’est chez moi. Un des plus beaux "beach break" en Europe. Ici, c’était en plein hiver, le plus beau jour de l’année. Il faisait assez froid, on avait tous des grosses combinaisons et on peut voir qu’il n’y avait pas beaucoup de monde à l’eau. Maintenant, je surfe moins à Hossegor car j’habite la plupart du temps aux Canaries.

Son partenaire en tow-in Eric Rebiere

Benjamin Sanchis raconte Belharra, Nazaré, Teahupoo… (interview exclu)

J’aime bien être avec Eric, j’ai mes habitues avec lui, on se comprend parfaitement. Il n’a pas peur des vagues et je sais que si j’ai un problème, il va tout faire pour venir me chercher. Quand tu es avec quelqu’un de nerveux, il te transmet sa nervosité, quand tu es avec quelqu'un de calme, il ne te motive pas assez. Donc il faut trouver le juste milieu, une personne avec laquelle tu te sens bien tout simplement. Même si Eric est parfois un peu foufou, je sais qu’il lit bien les vagues. Souvent, quand j’ai bien surfé dans des grosses vagues, notamment après ma première victoire à Belharra pour les XXL ou la session en Irlande, c’était avec Eric.

Surf trip en Inde

À part tous ces trips de grosses vagues en hiver, je fais aussi de petites vidéos au Mexique, en Indonésie ou en Inde comme ici. On part à deux ou trois. C’est moins extrême que Nazaré ou Teahupoo évidemment, mais le plaisir est là. Surfer de très belles vagues et faire de jolies images, tout simplement.

Surf trip au Maroc

Une session au Maroc, sur un spot proche d’Agadir. Là-bas, c’est toujours un grand dilemme. Quand Belharra se met à casser, je sais qu’il y a en même temps des superbes vagues sur ce spot marocain. Donc, il faut choisir. Ici, ce sont des vagues qui durent sur 300 mètres. En Afrique, je voudrais bien faire la Namibie. Pourquoi pas l’année prochaine, je n’y suis encore jamais allé.

La partie immergée de l'iceberg

Benjamin Sanchis raconte Belharra, Nazaré, Teahupoo… (interview exclu)

J’aime beaucoup ce schéma. C’est vrai que si on pense à Nazaré et ce record en 2014, c’est une vague qui a cartonné, mais il y en a tellement d’autres que j’ai prises et qui n’ont abouti à rien. Sur beaucoup de vagues, j’ai gardé une petite boule au ventre en me disant que ça aurait pu être mieux. Chez moi, la partie immergée de l'iceberg, outre les entraînements en apnée tonique (évoqués plus haut), je fais aussi de la boxe. Ça m’entraîne à prendre des coups et à progresser en cardio. Je fais aussi du skateboard dans les bowl pour progresser dans ma prise de lignes. Et je vais aussi souvent à la piscine. Ce que le public ne voit pas également, c'est toute la partie logistique liée à ces records et à ces sessions grosses vagues, notamment en hiver, où ça demande une grosse préparation. Mon sponsor Billabong m'aide depuis que j'ai huit ou neuf ans. Quand je pars en Irlande, au Portugal, il faut penser aux cameras, à la sécurité... Tu ne peux pas te concentrer sur ton surf et en même temps gérer tout ça.