Bruno Brunod : "Un honneur d'être un modèle pour Kilian Jornet" (interview exclu)

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Bruno Brunod est connu comme l'homme qui a inspiré Kilian Jornet dans sa quête de records en sky running. meltyXtrem l'a rencontré à l'occasion du festival Montagne en Scène pour une interview exclusive.

Dans les couloirs du Zenith de Paris, Bruno Brunod pose son regard un peu partout. Pour cet artisan de la pierre habitué aux grands espaces, ce n'est pas un lieu commun. S'il est là pour la première fois de sa vie à Paris, c'est aussi parce que Kilian Jornet l'a sorti de l'ombre. Comment ? En battant les records de cet Italien originaire de la vallée d'Aoste. Et notamment celui de l'ascension du mont Cervin, un aller-retour entre la station de Cervinia et le sommet de la mythique montagne suisse, que Kilian Jornet a effectué en 2h52'02''. Une performance à voir dans le film "Déjame Vivir", présenté à l'occasion du festival Montagne en Scène. Bruno Brunod (52 ans) y est venu témoigner de ses exploits passés. Lui le champion du monde de sky running 1996 et 1998, qui ne jure courir que pour le plaisir, connaît un juste retour de médiatisation depuis que Jornet s'est attaqué à ses précédents records. Et que l'Espagnol le tient pour modèle. À lire aussi : Kilian Jornet : "Gravir l'Everest est un projet qui pourrait prendre plusieurs années" (interview exclu).

Bruno Brunod, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis un artisan de la pierre, c'est mon travail dans la vallée d'Aoste. Je fais des courses pour le plaisir personnel. J'ai commencé très tard à courir, vers 32 ans. Avant, je faisais un petit peu de vélo tout en travaillant dans les alpages. C'est un peu drôle pour moi que l'on parle de moi et de venir à Paris pour la présentation du film "Dejame Vivir". Je dois remercier Kilian (Jornet, ndlr) qui m'a fait connaître dans le monde du trail et de l'ultra-trail. Même si aujourd'hui je suis un peu plus vieux et que je ne suis plus très performant par rapport à il y a une quinzaine d'années. Mais mieux vaut tard que jamais comme on dit (sourire) !

Comment avez-vous commencé à courir et à faire de l'utra-trail ?

Mon aventure commence vraiment lorsque j'avais 15 ans. Il y avait une petite montagne à côté de chez moi et je m'entraînais à la grimper toujours plus vite. Puis j'ai vu que certaines personnes réalisaient des courses sur ces montagnes alors j'ai voulu les suivre. Comme j'ai inspiré Kilian, j'ai moi-même été inspiré par Marino Giacometti par exemple. Mais je n'avais jamais imaginé que l'ultra-trail deviendrait une activité sportive importante et reconnue.

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Vous êtes tout de même devenu champion du monde de sky running en 1996 et 1998…

Je m'étais beaucoup entrainé lors de mon premier championnat du monde car il se déroulait à Aoste, chez moi. Je l'ai vu comme une vraie opportunité, une chance de devenir champion du monde. Le niveau était plus bas à l'époque, alors que maintenant, ce sont des athlètes impressionnants, comme Kilian évidemment, mais aussi François D'Haene et beaucoup d'autres.

Comment expliquez-vous que les prouesses sportives évoluent en s'améliorant toujours plus dans cette discipline ?

Ce sport est devenu plus professionnel dans son approche. Il y a un gros travail qui est fait dans l'alimentation. Mais aussi dans la dimension technique. Avant, à 4 000 mètres d'altitude, on ne savait pas comment l'organisme allait réagir. Mais maintenant, on est capable de savoir comment le corps fonctionne à 6 000 ou 7 000 mètres.

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Vous avez commencé la compétition à 32 ans, regrettez-vous de ne pas vous y être mis plus tôt ?

Non, parce que j'aime mon travail. J'ai arrêté de courir en compétition en 2005, il y a maintenant neuf ans. Mais aujourd'hui, je commence à remettre les chaussures car il y a de plus en plus de courses en utra-trail auxquelles je souhaiterais participer, comme celui du Mont-Blanc. Aujourd'hui, je m'entraîne pour le plaisir, à un autre rythme. J'aime mettre mon dossard et retrouver ces sensations, mais uniquement pour le plaisir. Je ne pense plus à la performance ou aux records.

Parlez-nous de votre "rôle" dans le film "Déjame Vivir" ?

On parle de moi dans le film car Kilian voulait me respecter, respecter la performance que j'avais réalisée en grimpant sur le Cervin. Mais je ne lui ai pas donné de conseils car il est au top ! Il m'a posé quelques questions au sujet du temps, des conditions météorologiques, pour savoir quel était le meilleur moment pour tenter l'ascension en aller-retour. Quand j'ai réalisé le record, je ne pensais pas que quelqu'un pourrait le battre. Et puis Kilian est arrivé… Mais je ne lui en veux pas.

Kilian Jornet explique que vous êtes un modèle pour lui…

Pour moi, c'est un grand honneur. Quand il m'a téléphoné pour la première fois, j'ai cru que c'était une blague. Grâce à lui, les gens savent qui je suis car il a battu mes records. Alors ils sont obligés de se demander à qui ils appartenaient. Et aujourd'hui, je suis à Paris pour la première fois de ma vie, c'est fabuleux !

Comment définiriez-vous la personnalité de Kilian Jornet ?

Vous savez, Kilian est un homme très simple, ouvert, il a l'esprit de la montagne en lui. Beaucoup de personnes se montrent pour pas grand-chose et pensent qu'ils sont des champions. Mais Kilian n'est pas comme ça. Malgré tout le succès qu'il connaît, il reste très humble et je pense qu'il ne changera pas. Il faut qu'il continue comme ça !