Cap ô pas Cap : "Passer le Cap Horn en paddleboard n'avait jamais été fait" (interview exclu)

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Alexandra Lux, Stéphanie Barneix et Itziar Abascal ont réalisé une traversée folle en paddleboard entre le Cap Horn et l'Antarctique, avec comme but de "sensibiliser les gens à la protection de l'eau". meltyXtrem a rencontré les deux rameuses françaises du projet Cap ô pas Cap.

Alexandra Lux, Stéphanie Barneix et Itziar Abascal, deux rameuses françaises et une autre espagnole, n'ont pas passé le même réveillon du nouvel an que tout le monde. Du 8 décembre au 17 janvier, les trois jeunes femmes étaient en effet en train de ramer pour accomplir une traversée folle entre le Cap Horn et l'Antarctique. Avec pour objectif de "sensibiliser les gens à la protection de l'eau ." Une première mondiale sur un paddleboard qui classe d'ores et déjà cette aventure baptisée "Cap ô pas Cap" parmi les exploits sportifs de l'année. meltyXtrem a rencontré Alexandra et Stéphanie, les deux rameuses tricolores du projet. Interview exclu.

Quel était l'objectif de "Cap ô pas Cap" ?

Alexandra : C’était de réaliser un exploit sportif inédit, au service de la protection de l’eau. Passer le Cap Horn en paddleboard n’avait jamais été fait et on voulait sensibiliser les gens à la protection de l’eau.

Stéphanie : Il y avait deux aspects à cela. Pour les enfants, c’était plus la sécurité et l’eau. Et pour les plus âgés c’était afin de limiter la consommation d’eau, la pollution.

Cap ô pas Cap : "Passer le Cap Horn en paddleboard n'avait jamais été fait" (interview exclu)

Pourquoi ce parcours ?

Stéphanie : Nous sommes parties d’un glacier qui symbolise l’eau dans son état pur, avant de descendre le canal de Beagle entre le Pacifique et l’Atlantique, vers le Cap Horn. Puis on a fait le tour avant de remonter pour finir à Puerto Toro, la ville la plus australe du monde. Le Cap Horn, on l'a choisi parce qu’effectivement, cela n’avait jamais été passé en paddleboard et c’est un cap mythique dans le monde de la navigation. C’est vrai que trois femmes à l’assaut du Cap Horn, on trouvait que c’était une image assez symbolique d’un engagement fort.

Aviez-vous déjà eu des projets similaires ensemble ?

Alexandra : Oui, toutes les deux on avait fait la traversée de l’Atlantique nord en 2009, 4 830 kilomètres en 54 jours, avec un troisième fille. Et on connaît Itzia, la troisième fille, par les compétitions internationales de sauvetage. Elle concourt aussi avec nous pour les compétitions avec le club de Cap Breton.

Comment vous êtes-vous préparées ?

Stéphanie : On est toutes les deux allé en équipe de France de sauvetage et Itzia aussi en équipe d’Espagne. Donc nous sommes des sportives de haut niveau. Pour cette expédition, on a suivi un entraînement physique deux à trois fois par jour. On a fait une préparation mentale aussi avec Alexandra et puis on a travaillé sur la nutrition, le sommeil, l’aspect logistique parce qu’il faut tout préparer : l’envoi des planches, la préparation du bateau... C’était assez lourd. En plus, c’est une zone gérée par l’armée chilienne donc cela a été un peu compliqué. Il a fallu y aller plusieurs fois pour les convaincre qu’on n’était pas trois folles sur une petite planche de 3,70 mètres. On a aussi fait deux traversées test pour mettre le matériel à l’épreuve entre la Corse et Monaco en juin ,et entre Lorient et Cap Breton en octobre.

Cap ô pas Cap : "Passer le Cap Horn en paddleboard n'avait jamais été fait" (interview exclu)

Comment se passait l'aventure en mer ?

Alexandra : On était en relais. L’armée nous a obligées à avoir trois Chiliens à bord du bateau pour l’organisation. Au total, on était neuf à bord. C’est généralement moi qui commençait tous les jours pour 1h15 de rame, puis Itzia puis Stéph’. On avait donc 2h30 de repos entre chaque session, ce qui nous faisait en moyenne des journées de 4h30, voire un peu plus, de rame par jour. On n’avait pas le droit de ramer la nuit, l’armée a refusé parce qu’il y avait des orques. Après on a eu l’avantage de partir pendant l’été austral donc les jours étaient très longs. La journée commençait à 4h et se terminait à 23h. Cela nous a permis de ne pas perdre trop de temps.

Quel est votre meilleur souvenir de cette aventure ?

Stéphanie : Pour ma part, c’est le passage de la pointe du Cap Horn, où les deux océans se rejoignent. On avait la pression parce qu’en raison du mauvais temps, on avait que quelques heures pour passer. Une fois arrivées, tout s’est super bien passé. Nous sommes montées toutes les trois sur la planche pendant deux ou trois minutes pour symboliser ce passage. On avait évidemment toutes envies de ramer à ce moment-là et comme c’était un relais, on essayait de calculer pour savoir laquelle allait passer sur le moment le plus excitant (rires) ! Cela restera le plus beau moment.

Alexandra : Moi, cela a été de voir Stéphanie batailler pendant une heure sur la planche et avancer d’un kilomètre (rires). Il y avait énormément de courant contraire pendant une heure et c’est tombé sur elle.

Stéphanie : En plus, elles me disaient "aller tu vas jusqu’à la pointe" et j’avais l’impression qu’elle ne se rapprochait jamais. Et pile quand je l’ai passée, je suis sortie de l’eau, j’ai vu Alexandra sortir et la vitesse revenir. J’ai juste eu envie de la tuer (rires).

Alexandra : Je crois que mon pire souvenir, c’est quand l’armée chilienne nous a stoppées à Puerto Willams. C’était pour des raisons administratives même si on n'a jamais vraiment trop compris pourquoi. Elle a visité le bateau. C’était assez stressant de voir l’armée débarquer sur le bateau parce qu’on avait peur qu'elle nous stoppe définitivement. Et elle nous ont demandé de voir une pince à épiler ! Sur le coup, on n'a pas compris mais on a sorti la pince à épiler. Et là on nous a dit "ok, c‘est bon, vous pouvez partir. " En fait, c’était parce que si tu as une écharde, tu ne peux pas naviguer, donc c’est handicapant…

Cap ô pas Cap : "Passer le Cap Horn en paddleboard n'avait jamais été fait" (interview exclu)

Quelle va être la suite pour vous maintenant ?

Alexandra : On va reprendre le cours de notre vie, retourner travailler. Moi je m’occupe du club de sauvetage de Cap Breton. Et puis on va terminer les projets pédagogiques qu’on a mis en place avec les enfants. On va les rencontrer, ils ont l’air très impatients. On va leur montrer les images qu’on a prises, répondre à leurs questions. Ils avaient des jeux numériques sur la thématique de l’eau pendant qu’on ramait. La seconde phase va être un appel à projet qui peut être artistique, musical, sportif, écologique… Et puis, en avril ou mai, on va organiser une journée pendant laquelle on va récompenser les meilleurs projets. Et on va aider à financer le meilleur projet écologique au sein de l’école sélectionnée.

Stéphanie : C'est super de pouvoir travailler avec les enfants parce que ce sont les adultes de demain. On a choisi ce fil rouge de traversée pour essayer de les sensibiliser. C'est vrai qu'ils ont beaucoup de questions mais c'est comme ça qu'on arrive le mieux à accrocher leur attention. On essaie de faire passer des messages entre deux anecdotes sur les dauphins !