Ces descentes VTT rentrées dans l’histoire

Ecrit par

Ce sont des descentes qui ont inscrit leurs auteurs dans la légende du VTT descente. Des runs de folie, dont celui de Danny Hart à Champéry en Suisse, sur une piste totalement démontée, et qui reste probablement encore aujourd’hui comme la plus belle descente de l’histoire.

De Nicolas Vouilloz à Loic Bruni… Le VTT descente, c’est un peu une histoire française depuis la création des premiers championnats du monde en 1990 à Durango dans le Colorado. Les riders tricolores ont décroché 21 médailles aux mondiaux, sont montés 11 fois sur la plus haute marche du podium et ont remporté 17 fois le général de la coupe du monde (hommes et femmes confondus). Alors forcément, quand on se retourne sur les plus belles performances de l’histoire de ce sport, les Français ne sont jamais loin. On ne les a pas classées, car impossible de comparer des performances qui ont parfois 20 ans d’écart. Les voici donc simplement mentionnées par ordre chronologique avec les vidéos des runs en question (même si la réalisation de 1995 n’est évidemment pas la même que celle de 2015…). De l’icône de la discipline Nicolas Vouilloz, déjà dominateur sur ses premiers mondiaux, à la descente sans chaîne d’Aaron Gwin en 2015 en passant par le morceau de légende de Danny Hart à Champéry et au triomphe de Loic Bruni en Andorre, retour sur les plus belles perf’ de l’histoire de la DH.

Ces descentes VTT rentrées dans l’histoire

Nicolas Vouilloz / Championnats du monde 1995 à Kirchzarten

Les images sont d’une autre époque et si la comparaison peut prêter à sourire avec les vidéos plus récentes de descente, il faut bien imaginer avec quelles machines les riders doivent composer. Si les pistes sont évidemment moins défoncées qu’aujourd’hui et les parties roulantes plus présentes, il faut tout de même les affronter avec 120mm (seulement) de débattement sur la fourche avant et des freins v-brakes qui sont alors décrits comme révolutionnaires (Shimano les introduira à son catalogue en 1996). Les freins à disque appartiennent au futur… En 1995, c’est seulement la sixième édition des mondiaux de VTT descente et un homme va s’asseoir sur le trône pour ne plus le quitter dans les années à venir. Nicolas Vouilloz dispute son premier championnat du monde en élite et colle tout de suite deux secondes au tenant du titre François Gachet. Il faut dire que Vouilloz est déjà monstrueux chez les jeunes où il remporte tout depuis 1992.

Sur la piste de Kirchzarten en Allemagne (à partir de 6’23’’ ci-dessus), il revêt son premier maillot de champion du monde chez les grands. Il y en aura six autres pour un record totalement dingue de sept victoires aux mondiaux. Un chiffre qui semble inaccessible aujourd’hui (Greg Minnaar et Sam Hill ne comptent "que" trois titres derrière lui). Vouilloz ajoutera également cinq victoires au général de la coupe du monde, trois titres de champion d’Europe et sept nationaux. Il bifurquera plus tard sur le rallye avant de revenir à la compétition en Enduro World Series, où il affronte aujourd’hui des jeunes qui ont presque 20 ans de moins que lui… Une discipline sur laquelle " il est heureux d’arriver encore à taper la bourre avec eux " comme il nous l’expliquait l’année dernière sur les Natural Games.

Ces descentes VTT rentrées dans l’histoire

Fabien Barel / Championnats du monde junior 1998

C’est l’autre légende de la discipline en France après Nicolas Vouilloz. En 1998, Fabien Barel est encore en junior et dispute les championnats du monde à Mont Saint Anne au Canada. Barel suit alors les traces de Vouilloz (les deux hommes sont amis depuis longtemps, ayant grandi ensemble dans le même quartier de Peille, dans les Alpes-Maritimes). Sur la descente canadienne, Barel remporte le titre mondial devant un autre Français Franck Parolin, mais c’est surtout son temps qui interpelle. Le Français réussit l’exploit de battre le meilleur temps des élites, qui appartient justement à son coéquipier chez Sunn, Nicolas Vouilloz. Les deux hommes en parlent ci-dessous vers la cinquième minute dans le film "Fabien Barel : My Way... The story of his World Championship victories".

Cette année-là, les Tricolores sont d’ailleurs immenses à Mont Saint Anne raflant la quasi-totalité des titres mondiaux en jeu. En cross-country, Christophe Dupouy est sacré chez les hommes, Laurence Leboucher chez les femmes. Dans la catégorie des moins de 23 ans, c’est le futur champion olympique Miguel Martinez qui s’impose. Julien Absalon est lui déjà présent chez les juniors et s’impose au même titre que Cécile Ravanel. En DH, Nicolas Vouilloz est donc sacré chez les hommes alors qu’Anne Caroline Chausson est intouchable et rafle le troisième des neuf titres mondiaux qu’elle cumulera à la fin de sa carrière. De son côté, Fabien Barel poursuivra son ascension et revêtira deux fois le maillot arc-en-ciel, aux Gets en 2004 et à Livigno en 2005.

Ces descentes VTT rentrées dans l’histoire

Danny Hart / Championnats du monde 2011 à Champéry

C’est LA descente de légende. Si vous tapez dans Google le nom de "Danny Hart", ce dernier est tout de suite relié à Champéry et à l’année 2011. Ce jour-là, l’Anglais de 20 ans signe un bijou, un monument de descente sur la piste apocalyptique de la station suisse. La noire de Champéry s’était pourtant déjà fait une belle réputation en 2007 lors d’une édition semblable sur laquelle on ne comptait plus les riders étant allés à terre. Mais celle de 2011, dans une boue indescriptible, va l’inscrire définitivement dans l’histoire. La pluie est loin d’effrayer Danny Hart, qui en bon Anglais, affectionne ces conditions et n’a pas peur de partir avec les pédales auto. Le reste, c’est à (re)voir ci-dessous et c’est lui-même qui l’explique très simplement dans l’air d’arrivée : " J’étais étonné de voir mon avance à l’arrivée, mais je crois que j’ai fait une course presque parfaite. En haut de la piste, j’étais décontracté. Par endroits, c’était une véritable rivière, mais ça ne m’a pas perturbé. En Angleterre, on a l’habitude. "

Celui qui possède la dégaine la plus improbable du paddock met alors une valise à la concurrence (12 secondes de moins que le temps de son plus proche poursuivant le Français Damien Spagnolo), tout en agrémentant sa course d’un monumental whip sur la fin du tracé. " Je l’ai fait régulièrement lors des entraînements, alors pourquoi je n’aurais pas fait de même lors de la course ? ". La vidéo de sa descente cumule 3,5 millions de vues sur Youtube alors qu’elle date de 2011. Elle est d’ailleurs accolée au Britannique depuis cinq ans maintenant, au point qu’il n’ait jamais pu "se défaire" de cet exploit majeur, ne parvenant pas vraiment à confirmer sur la suite de sa carrière. Toujours placé (que des tops 10 au général de la coupe du monde entre 2010 et 2015), Danny Hart restera probablement pour longtemps l’homme de Champéry.

Ces descentes VTT rentrées dans l’histoire

Aaron Gwin / Coupe du monde de Leogang 2015

Aaron Gwin fait évidemment partie des meilleurs riders de la planète et le voir remporter une étape de coupe du monde n’est pas une surprise. Mais en ce mois de juin 2015, l’Américain a mis les formes, bien malgré lui, pour marquer l’histoire de la discipline à sa manière. Alors qu’il s’élance pour son run de finale à Leogang en Autriche, celui qui mène le général à ce moment de la saison, casse sa chaîne dès les premiers mètres de course. Un rapide coup d’œil au pédalier pour constater qu'elle n'est effectivement plus là, et le Californien sait qu’il doit désormais maximiser sa vitesse sur tous les secteurs pour éviter la perte de temps sur les parties les plus plates. Avec une bonne dose de fluidité et de talent, il parvient à devancer Connor Fearon pour 45 millièmes de seconde. Un exploit qui rappelle celui de Neko Mulally aux mondiaux d'Hafjell en 2014, où l’Américain avait terminé quatrième en cassant lui aussi sa chaîne. Gwin faisait donc encore mieux à Leogang.

Loic Bruni / Championnat du monde 2015 en Andorre

C’est la plus récente, donc forcément celle qui revient le plus facilement en tête. Mais la descente de Loic Bruni aux mondiaux en Andorre est un monument qui devrait tout de même rester longtemps aux avant-postes de l’histoire de la discipline en France. Alors qu’il sort d’une saison sur laquelle il a cumulé les deuxièmes places, le Français ne s’avance pas forcément en favori sur la piste de Vallnord. Greg Minnaar, Gee Atherton et surtout le tout récent vainqueur de la coupe du monde Aaron Gwin ont peut-être plus la cote sur cette descente. Au guidon d’un Lapierre à la décoration très métallisée qu’il utilise pour la dernière fois en compétition (il quittera l’équipe française pour Specialized quelques semaines plus tard), Bruni parvient pourtant à battre le temps de Greg Minnaar en réalisant une course ultra propre et engagée. Il retire même plus de deux secondes au chrono de référence du Sud-Africain, qui semblait pourtant déjà avoir fait la course parfaite !

Ne reste alors plus que Gwin à passer, et on imagine déjà le même scénario se répéter encore et encore. L’Américain va remettre Bruni là où il a toujours été en 2015, à la place de dauphin… Mais le suspense est finalement de courte durée. Gwin se plante dans les arbres et Bruni peut pleurer toutes les larmes de son corps, il est champion du monde. La France retrouve ce maillot arc-en-ciel qui le fuyait depuis 2005 et le sacre de Fabien Barel. Les Bleus confirment encore un peu plus leur domination sur la discipline (11 fois un Français l’a emporté aux mondiaux contre quatre fois pour les Etats-Unis et l’Angleterre, nos plus proches poursuivants).

Ces descentes VTT rentrées dans l’histoire