Chloé Trespeuch : "Aller chercher le globe de cristal !" (interview exclu)

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À 21 ans, Chloé Trespeuch fait déjà partie des cadors de l'équipe de France de snowboardcross. Avant de se rendre en Russie et en Corée du Sud pour la suite de la coupe du monde, elle est passée dans nos locaux pour une interview exclusive.

La force de la jeunesse. Alors qu'elle aborde la dernière ligne droite de la coupe du monde de snowboardcross avec ambition, Chloé Trespeuch (21 ans) s'est arrêtée à Paris il y a quelques jours et s'est rendue dans nos locaux pour une interview exclusive. La jeune athlète de Val Thorens (Savoie) en a profité pour faire le point sur la première partie de saison, notamment marquée par son passage à Aspen pour y disputer les X Games. Si elle n'y a pas triomphé, elle s'est rapidement projetée vers un autre objectif, celui de franchir un cap en coupe du monde de sa discipline (elle occupe actuellement la quatrième place). Au moment d'enchaîner deux rendez-vous capitaux (Sunny Valley en Russie les 20 et 21 février, puis Pyeongchang en Corée du Sud du 25 au 27 février), elle annonce son ambition, revient sur les moments forts de sa carrière (avec notamment une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Sochi en 2014), et jette un regard averti sur son sport. La parole est à celle qui comptabilise 12 succès aux championnats de France et cinq en coupe d'Europe. À lire aussi : X Games Aspen 2016 : Vidéos highlights de l'événement freestyle aux États-Unis.

  • Son objectif de la saison

"L'an dernier, j'ai déjà terminé quatrième au classement général donc je vise clairement une meilleure place, le globe de cristal bien sûr car je suis toujours en lice pour l'obtenir. Ça me paraît possible de trouver une régularité et de monter sur les podiums à chaque étape. J'ai un peu de retard de points parce que je suis tombée sur une course mais vu qu'on a le droit à un joker… Je n'ai plus le droit à l'erreur ! J'aimerais bien m'imposer sur l'étape en Corée du Sud car cela va se dérouler sur le parcours des prochains JO."

  • L'équipe de France

"Il y a de grands talents au sein de l'équipe de France et l'ambiance est géniale. On se tire tous vers le haut, avec les filles comme les garçons. Avec Nelly (Moenne-Loccoz, ndlr), on est en concurrence car on a à peu près le même niveau mais cela reste sain car on est de vraies copines. Il faut que j'aille lui chercher le globe de cristal (sourire)."

Chloé Trespeuch : "Aller chercher le globe de cristal !" (interview exclu)
  • Les X Games Aspen 2016

"C'était la deuxième fois que j'allais aux X Games et j'étais toujours aussi excitée. C'était un gros objectif pour moi. Je fais une demi-finale correcte où je ride à mon niveau. Je tombe après en finale sur un contact avec une Australienne… J'étais très frustrée de ne pas arriver au bout du parcours car j'avais une chance de médaille."

"On ne peut pas ressentir autant de ferveur autour des sports extrêmes ailleurs qu'aux États-Unis, et plus précisément à Aspen. C'est ce qui nous manque un peu en Europe… Cela nous permet de découvrir d'autres sports extrêmes comme le snowmobile par exemple. "

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  • Les Jeux Olympiques

"Je pense déjà aux Jeux Olympiques mais il y a beaucoup d'étapes et d'objectifs d'ici 2018 pour arriver dans les meilleures conditions. Il y a bien sûr la coupe du monde chaque année mais aussi les championnats du monde en 2017. À Sochi, j'étais outsider donc je n'avais pas trop de pression. Il va falloir faire avec en 2018 mais j'aurai aussi davantage d'expérience, au niveau technique, physique ou mental. Les JO, j'y pensais depuis mes débuts même si c'est arrivé vite dans ma carrière. Je m'étais préparée à l'avance mais cela reste très impressionnant. On y représente plus la France que sa propre personne."

"Après les JO, cela a été un peu difficile d'assumer mon statut de médaillée. Je n'arrivais plus à rider à mon niveau car je calculais tout, je me disais trop souvent : "Si je rate cette course, je ne vais pas confirmer ma médaille…" J'avais un peu perdu mon feeling qui me faisait aller vite et j'ai manqué quelques rendez-vous. Mais c'est revenu assez vite en me disant que j'étais jeune et que je pouvais encore manquer des compétitions. C'est vrai que cela n'a pas été facile de faire ce travail car avant les Jeux, je n'avais rien à perdre, et après, j'avais un statut à assumer."

Chloé Trespeuch : "Aller chercher le globe de cristal !" (interview exclu)
  • La suite de sa carrière

"J'aimerais bien durer encore deux Olympiades, ça me paraît faisable. Après, il y a des paramètres qu'on ne maîtrise pas comme les blessures, j'en ai déjà eues pas mal à mon âge. C'est pour ça que j'ai continué mes études, j'ai obtenu mon bac ES, je prépare actuellement un DUT Technique de commercialisation, cela me permet de préparer ma reconversion. Je veux pouvoir choisir de continuer ou d'arrêter le snowboard."

  • La recherche de sponsors

"Pour Val Thorens, cela s'est fait assez naturellement car j'ai grandi là-bas, mais pour la plupart des sponsors, c'est à nous, les athlètes, d'aller les chercher et c'est assez compliqué car c'est un vrai métier : il y a les prises de rendez-vous, il faut trouver les bons contacts, s'occuper des démarches et des dossiers, être présente aux bons endroits… Mais ça va, je m'en sors pas trop mal (sourire) ! Dans le snowboardcross, il existe une parité au niveau des "prize money", ce qui est assez rare, et puis on bénéficie de la même médiatisation que les hommes puisque nos courses se déroulent le même jour."

Chloé Trespeuch : "Aller chercher le globe de cristal !" (interview exclu)
  • Un sport comme une évidence

"En habitant à Val Thorens, je me suis rapidement dirigée vers les sports de glisse. J'ai commencé le ski à l'âge de 2 ans et le snowboard vers 6 ans. Mon frère Léo m'a initiée au boardercross. J'ai aimé le fait de pratiquer la discipline à plusieurs sur un parcours où il faut se battre jusqu'au bout, avec des contacts, le côté stratégique puisqu'il faut adapter sa ligne, la vitesse (on arrive facilement jusqu'à 90km/h !)."

  • Amateurs vs professionnels

"C'est un peu un manque de reconnaissance car on a les mêmes contraintes que les sportifs professionnels, des heures d'entraînement, sauf qu'on doit encore s'occuper des partenaires quand on rentre chez nous après une journée. C'est dommage car quand on voit les audiences des JO, on se rend compte que les gens nous regardent et aiment notre sport. Mais on n'a pas la chance d'être diffusé par un média même si je pense que les choses peuvent évoluer dans le bon sens car on gagne des médailles à chaque Olympiade. Cela ne peut que nous aider. Les choses commencent à bouger."

Classement général provisoire de la coupe du monde de snowboardcross 2016

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