Damien Rosso : "Un trail, c'est se trimbaler 15 kg de matériel pendant 30 h" Interview du photographe (2)

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Suite de l'interview du photographe Damien Rosso qui revient pour meltyXtrem dans cette deuxième partie sur les difficultés à capturer des images de trail, sa relation aux traileurs et à Kilian Jornet en particulier ou encore les courses qui l'ont marquées pendant sa carrière. Le photographe sort en ce moment son Photobook pour le magazine Nature Trail.

Dans la première partie de l'interview de Damien Rosso, ce dernier nous expliquait notamment que "Kilian Jornet a un style et une foulée parfaite". Ce photographe fait partie de ceux qui n’hésitent pas à suivre les meilleurs spécialistes de trail de la planète pour nous ramener des clichés hors du temps, au cœur des montagnes. Invité par le magazine Nature Trail à sélectionner ses meilleurs photos dans le cadre d’un hors-série, il nous révèle l’envers du décor de l’image et évoque pour nous les spécificités de son métier. Son photobook, disponible en kiosque actuellement et sur son site internet à cette adresse (9,90 euros) présente près de 200 images de trail, de Kilian Jornet à François d’Haene, en passant par Núria Picas, Emelie Forsberg, Julien Chorier, Rickey Gates ou encore Philipp Reiter. Présent cette semaine à San Francisco pour couvrir la course The North Face 50 miles, Damien Rosso nous expliqué plus en détail ce projet et plus généralement son rôle de photographe sur les trails de planète. Deuxième partie. A lire aussi : Kilian Jornet : ''Le compteur de Lacs'', vidéo teaser du projet participatif.

Vous êtes vous-même trailer ? Quel niveau de course faut-il avoir pour espérer être photographe de trail ?

Oui fais un peu de trail, mais pas en course, sauf sur celle que je couvre en tant que photographe (rires). Il n’y a pas besoin d’avoir un certain niveau de course pour les suivre. Par contre il faut avoir un fort mental et une bonne condition physique pour trimbaler 15 kg de matériel pendant 30 h pour suivre la course, puis passer quelques heures devant l’ordinateur à sélectionner et éditer ces photos.

Quelle attitude ont généralement les coureurs vis-à-vis de vous ?

Les coureurs, pour certains, ont l’habitude que l’on travaille ensemble. En quatre ans, des affinités et des liens se sont crées. Ce qui permet aujourd’hui de pouvoir montrer autre chose au grand public que des photos de course. Car la vie d’un athlète ne se résume pas à une course, c’est un mode de vie et de nombreuses heures d’entrainement.

Kilian Jornet se fait-il facilement approcher ? Qu’à-t-il de différent par rapport aux autres trailer ?

Kilian Jornet est médiatiquement très sollicité, mais nous travaillons ensemble depuis quelques années et il se laisse approcher sans souci. C’est plutôt de mon côté que j’essai de ne pas venir le déranger et le solliciter quand il n’y en a pas la nécessité. J’essaie dans la mesure du possible de respecter son temps et c’est valable avec tous les athlètes.

Damien Rosso : "Un trail, c'est se trimbaler 15 kg de matériel pendant 30 h" Interview du photographe (2)

Ça ne vous est jamais arrivé de gêner un coureur ? Que ce dernier veuille être seul ?

Il ne me semble pas avoir déjà gêné un coureur. Mais ça peut arriver. C’est pour cela que je prends toujours le temps de demander aux traileurs si je peux photographier, surtout quand ce sont des moments hors course où ils ont besoin de calme et de sérénité.

Quels sont les différences entre faire des photos sur l’UTMB et sur un trail local ?

La différence est simple, un trail local dure environ entre trois à cinq heures, un UTMB ce n’est pas moins de 48h non stop sans dormir, à marcher dans la forêt, à conduire sur les routes suisses, italiennes et française. Au niveau purement photographique, c’est exactement pareil, ça se prépare de la même façon et la volonté de réaliser de belles images est la même.

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Quel est l'événement que vous avez couvert qui vous a particulièrement plus ?

A ce jour la course qui me plait le plus à suivre, c’est sans doute le Marathon du Mont Blanc. Je ne suis pas chauvin, mais c’est en France avec un paysage incroyable. Mais de nombreuses courses sont très intéressantes, notamment autour de Zermatt comme le Matterhorn Ulltracks. Et il y a une course qui m’avait vraiment marqué en 2012, c’était le marathon de Zegama, une ambiance incroyable. Au sommet de la course à 1 600 m d’altitude, il neigeait, il faisait super froid et il y avait au moins 1 000 personnes. Ca réchauffe !

Quel est votre programme pour la saison 2015 ?

Mon programme n’est pas encore totalement défini pour 2015 mais il risque d'être chargé comme en 2014 avec de beaux projets dans les différents sports que je couvre.

Comment êtes-vous rémunéré ? Travaillez-vous pour plusieurs médias ? Êtes-vous indépendant ?

Je suis rémunéré à la journée en général. Je travaille pour plusieurs médias et pour des marques. Je suis indépendant depuis 2009.

Mis à part le trail, couvrez-vous d'autres sports ?

Oui comme dit au dessus, je travaille beaucoup dans le VTT et le vélo de route mais de manière un peu différente, je suis un peu moins des athlètes de haut niveau même s’il m’arrive de faire des shootings avec eux, et je fais plus de trips pour la presse et des marques. Le dernier en date était la Corse. De très bons souvenirs. Au niveau des disciplines, je n’ai pas de préférence. C’est aussi ça l’avantage de ce métier c’est que c’est tous les jours différents.