Emilie Lecomte : Interview exclu de la traileuse Quechua

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Emilie Lecomte, recordwoman du GR20 a répondu à nos questions à l’occasion du Festival international du film de montagne d’Autrans. La traileuse qui a vécu une année 2013 difficile se projette sur la prochaine saison et évoque également l’Ultra Trail World Tour, les primes de victoires et les récentes performances de l’ultra trail féminin.

Parce qu’elle était la marraine du FestiTrail d’Autrans organisé dans le cadre du Festival international du film de montagne de cette commune du Vercors, Emilie Lecomte (34 ans) a quand même tenu à participer au trail de 12 km malgré une petite blessure. Une course remportée cette année chez les féminines par Mélanie Rousset sur le 24 km en 2h37’12’’ et par Valentine Fabre sur le 12 km en 1h12’52’’ (retrouvez l’ensemble des classements à cette adresse). Finalement quatrième à un peu plus de huit minutes de Valentine, la traileuse Quechua a répondu la veille de la course à nos questions. L’occasion de reparler rapidement d’une saison 2013 compliquée, d’évoquer les objectifs de 2014, de nous donner son sentiment sur l’Ultra Trail World Tour ou encore de débattre sur les primes de victoires et les perf des féminines en ultra ces dernières années. Un petit quart d’heure avec celle qui détient le record de la traversée du GR20 en 41h22 et a été élue meilleure traileuse Française en 2012 (grâce notamment à sa deuxième victoire au Grand Raid cette année-là). A lire aussi : Kilian Jornet : Interview exclusive, Grand Raid 2013, Ultra Trail World Tour et Diagonale des fous 2014.

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Pourquoi avoir accepté d’être marraine du FestiTrail d’Autrans ?

C’est la troisième fois que je participe au FestiTrail. J’ai accepté d’être la marraine car j’ai beaucoup d’affection pour cette course, pour l’ambiance qu’il y a. Elle est bien organisée et c’est toujours l’occasion de retrouver beaucoup d’athlètes que l’on croise pendant l’année sur d’autres courses. Et le cadre dans ce Vercors superbe est évidemment un argument de poids pour ce trail.

Que bilan peux-tu faire de 2013 ?

C’est certain que ce n’est pas ma meilleure saison. Je n’ai pas pris le temps l’année dernière de prendre une pause hivernale. Or, Je l’ai regretté toute la saison car ça m’a fait trainer pas mal de fatigue. C’est pourquoi j’ai décidé cette année de vraiment couper à l’intersaison. C’était primordial si je voulais faire mieux en 2014. Et évidemment, l’abandon au Grand Raid est à oublier (elle avait renoncé au sentier scout après un mal récurent aux intestins).

Et pour 2014 ?

La saison est construite avec deux ou trois objectifs majeurs. Je vais sur les courses qui me font vibrer, qui sont intéressantes au niveau du rapport dénivelé / distance. Le cadre est aussi d’importance et l’organisation également. Quand les personnes qui décident de faire un trail le font avec passion, ça se voit.

Emilie Lecomte : Interview exclu de la traileuse Quechua

Que penses-tu de l’Ultra Trail World Tour qui verra le jour l’année prochaine ?

Je pense que c’est aberrant d’imaginer que l’on peut enchainer plusieurs ultras dans l’année. On peut en faire plusieurs, mais il y a quand même des contraintes physiologiques. Il faut arrêter de minimiser les courses de 100 km comme si c’était des courses de 10 bornes. Il faut bien prendre conscience qu’il y a quand même un impact physiologique et mentale à encaisser. Un trail, ça se prépare. Le calendrier est aussi très compliqué. Imaginez faire une course en Nouvelle Zélande et ensuite au Mont Fuji au Japon… Le temps de voyage est à prendre en compte et évidemment il ya aussi un coût financier. Après, sur le principe, organiser des courses en ultra trail au niveau mondial et se faire rencontrer les meilleurs athlètes internationaux, c’est intéressant. Mais la fédération de Sky running le fait déjà et de manière assez intelligente avec trois formats de course qui représentent assez bien les courses natures et le trail : le vertical, le sky marathon et l’ultra, même si pour cette dernière catégorie, j’estime qu’il s’agit de distance encore un peu courte. Un ultra, ça devrait être un 100 miles et pas en dessous.

Comment observes-tu l’évolution du trail et de l’ultra ces dernières années ?

Ça prend clairement une grosse ampleur aujourd’hui, mais les gens qui arrivent veulent tout de suite passer à du long format car c’est la tendance, en enchainant les courses, mais sans avoir idée que derrière, il y a quand même un impact important sur le plan physiologique. Il ne faut pas non plus aller vers des dérives. Or, je trouve que l’on commence à en voir. On ne doit pas imaginer que l’on peut tous faire une dizaines d’ultras par an.

Emilie Lecomte : Interview exclu de la traileuse Quechua

L’année prochaine, on pourrait voir apparaître un système de primes sur les ultras ? Qu’en penses-tu ?

Je suis pour que l’on récompense la performance. Vivre du trail aujourd’hui, c’est très compliqué. Il n’y a qu’une poignée d’athlètes qui peuvent se le permettre. Personnellement, je ne suis que semi-pro et je bénéficie notamment de l’appui d’une marque comme Quechua. Mais il faut se battre pour avoir suffisamment de sponsors, et surtout il faut faire sans le statut d’athlète de haut niveau, donc sans le soutien d’une fédération qui pour l’instant n’existe pas, ou en tout cas, n’encadre pas suffisamment le trail. Les primes de course, ça récompense une performance. Ça se fait dans tous les sports, donc pourquoi ne pas le faire dans le trail. Toute l’année, quand on essaye de vivre de ça, on s’entraine des heures et des heures, on ne voit pas notre famille, au niveau physiologique, on prend plus de risques que celui qui fait ça en loisir. Donc ça me parait logique. Et je ne pense pas que cela change forcément la mentalité d’origine du trail.

Ces dernières années, le trail féminin nous a offert de belles performances, notamment pas s’y éloignées de celles des hommes. Comment l’expliques-tu ?

Sur les longs formats, l’écart se réduit entre les hommes et les femmes. Ca s’était déjà vu sur les trail court. Ce n’est pas étonnant, le plateau féminin se densifie. Le fait qu’il y ait de plus en plus de pratiquantes favorise aussi la performance car de nouvelles traileuses plus fortes apparaissent chaque année.

Y’a-t-il des sentiers que tu rêves encore d’emprunter ?

Evidemment, il y a plein d’endroits où je rêve de courir. La terre est belle. J’ai par exemple découvert Rodrigues, qui est une petite île de l’Océan Indien en novembre dernier. On se demande comment une bout de terre aussi sauvage que ça et qui ne souffre pas du tourisme de masse ou de la modernité peut exister de nos jours. Or, je sais que là-bas, on peut pratiquer le trail, donc ce serait vraiment pas mal d’y aller. Moi, c’est ce genre d’endroit sauvage sur lequel je peux profiter des grands espaces qui me comble de bonheur. J’aimerais aussi bien aller aux Etats Unis faire la Hardrock et pourquoi pas aller courir en Nouvelle Zélande, qui a l’air d’être un pays magique. Concernant l'Himalaya, je suis aussi allé au Népal début 2012 et c’est évidemment une chaîne de montagnes qui fait rêver.

Emilie Lecomte : Interview exclu de la traileuse Quechua - photo
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