Erwan Le Lann : "On va approcher des territoires accessibles uniquement par la mer" (interview)

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Partir pour un tour du monde de quatre ans, 66 000 km sur les mers, 14 pays, 16 athlètes croisés sur le chemin et au moins huit aventures distinctes entre alpinisme, voile et apnée demande une grosse préparation. Erwann Le Lann qui a largué les amarres au début du mois nous a expliqué son projet Maewan.

Oui, l’aventure existe encore aujourd’hui et l’homme est loin d’avoir épuisé ce ressort qui le pousse à aller voir toujours plus loin. Fin janvier, meltyXtrem revenait sur la traversée en paddleboard entre le Cap Horn et l'Antarctique d’Alexandra Lux, Stéphanie Barneix et ItziarAbascal pour Cap ô pas Cap. Dans le même genre, le projet d’Erwan Le Lann vaut le détour… Ce dernier est parti le 8 février pour un tour du monde de quatre ans à bord de son bateau Maewan. Ce guide de haute montagne est responsable événement et sponsoring chez Petzl. Nous l’avons rencontré à l’occasion du Trophée Mer Montagne organisé au Corbier fin janvier. Il nous a expliqué en détail les raisons de cette volonté de s’élancer pour 60 000 km à travers les mers du globe. Quatre ans pendant lesquels il sera accompagné de 16 athlètes de classe mondiale qui le rejoindront sur différents points de la planète pour tenter des ascensions en alpinisme ou escalade, de l’apnée, du surf ou encore du parapente. A lire aussi : Slackline entre deux bateaux à 27 mètres de hauteur avec MichKemeter (vidéo).

Erwan Le Lann : "On va approcher des territoires accessibles uniquement par la mer" (interview)

A l’origine du projet

Ce qui m’a donné l’idée de faire ce voyage, c’est un déclic venu d’un de mes voyages en bateau entre Ushuaia et l’Antarctique. C’est un peu le bout du monde là-bas. Après le Cap Horn, on part plus au sud, les animaux changent, on commence à voir des icebergs, des baleines, et enfin, on voit le premières terres. Mais le problème, c’est que je suis revenu en avion et ça m’a fait un choc. Je me suis dit : "c’est pas possible de partir comme ça sans voir le voyage en lui-même". Le but n’est pas d’être là-bas, mais la façon dont on y est arrivé et dont on va repartir. Ça m’a donné envie de refaire un projet dans lequel le chemin serait le plus important.

Un bateau comme plateforme

Le principe du Maewan est d’avoir un bateau comme plateforme qui va accueillir tout au long du périple pendant quatre ans (il partira cependant six mois à l’année, travaillant le reste du temps pour Petzl) autour du monde des experts dans leur domaine qui viendront nous accompagner. On veut approcher des territoires difficilement accessibles par la terre. On va donc le faire par la mer.

Le tracé

On a créé un parcours qui commencera par l’Islande, pour aller ensuite sur la côte ouest du Groenland. On passera en terre de Baffin au nord du Canada. Là, on attendra l’hiver et on continuera encore plus au nord du Canada pour prendre le passage du nord-ouest et atterrir dans le Pacifique le long de l’Alaska. Ensuite, on traversera jusqu’en Asie du sud-est pour descendre en Tasmanie au sud de l’Australie. On aura alors rendez-vous en Polynésie et on redescendra la côte chilienne sur l’Amérique du Sud. Le Cap Horn nous ouvrira les portes de l’Antarctique. Enfin, avant de remonter l’Océan Atlantique, on s’arrêtera en Géorgie du Sud qui est une île montagneuse incroyable.

Erwan Le Lann : "On va approcher des territoires accessibles uniquement par la mer" (interview)

Son parcours avant Maewan

Je suis montagnard mais mon père est Breton, je suis donc aussi allé fréquemment sur la côte. J’ai cette spécificité des deux milieux. Mais ce n’est pas pour autant que je pratique moi-même ces sports d’eau, même s’il y aura au programme du surf en Asie du sud-est, du kite, du parapente, de la plongée, du ski, du skate sur glace, de l’escalade et de l’alpinisme.

En mode écolo ?

Il n’y a pas forcément une démarche environnementale derrière ça. C’est un projet qui l’est par nature quand on voit les endroits où l’on passe. Et si ça peut sensibiliser à la fragilité de la nature avec les images que l’on transmettra, tant mieux.

L’aventure

Au niveau de l’aventure et de l’exploration au sens large, je pense qu’il y a encore plein de choses à faire sur les sommets. L’approche de l’aventure comme le fait par exemple Lionel Daudet (que l’on interviewait pour son tour de France des frontières de l’Hexagone et qui sera de la partie sur ce projet Maewan) est intéressante. On n’est pas obligé d’avoir toujours toutes les informations possibles sur les lieux sur lesquels on se rend. Il faut garder l’effet de surprise.

Le choix des sportifs

Ça fait 20 ans que je fais de l’alpinisme donc ça aide pour choisir l'équipage qui va venir avec moi sur ce projet. Le Trophée Mer Montagne m’a aussi ouvert un réseau sur les marins que je n’avais pas forcément à la base. Et mon travail chez Petzl (il s’occupe du sponsoring et des événements à l’international) m’a évidemment aussi bien aidé (parmi les athlètes qui sont déjà confirmés sur le projet, on retrouve notamment le skieur freeride Aurélien Ducros, les alpinistes Mathieu Maynadier, Aymeric Clouet, Lionel Daudet, Guillaume Vallot, Pierre Muller, Sam Beaugey et Ueli Steck, les grimpeurs Charlotte Barré, Gérôme Pouvreau, Florence Pinet et Sean Villanueva O’Driscoll, les navigateurs EricLoizeau, Jeanne Grégoire et Tanguy De Lamotte et l’apnéiste Aurore Asso).

La com’ du projet

On enverra des photos et des informations depuis le bateau, mais la connexion étant évidemment difficile, la communication autour du projet se fera surtout depuis la terre avec une équipe dédiée (suivez le projet Maewan sur le site internet de l’expédition ou sur la page Facebook).

Le financement

C’est un gros projet au niveau financement, mais ce n’est pas non plus déraisonnable. 460 000 euros sur quatre ans avec des partenaires qui nous suivent.