European Freestyle Expression 2014 : Julien Mas "écoeuré de terminer quatrième" (interview exclu)

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Julien Mas est l’un des windsurfeurs français engagés sur l’European Freestyle Expression 2014. Quatrième du tow-in, le rider ne cachait pas sa rancœur. meltyXtrem était sur place pour une interview exclu.

Julien Mas est un homme en colère. Ce windsurfeur de 25 ans participait du 30 octobre au 2 novembre, à Six-Fours-les-Plages (Var), à l’European Freestyle Expression 2014. La finale du circuit European Freestyle Pro Tour (EFPT) n’a pas souri aux compétiteurs, faute de vent suffisant. Julien Mas fut également malchanceux dans l’épreuve de windsurf tracté, mise en place pour les nombreux spectateurs mais qui provoqua quelques grosses tensions. En particulier du côté de Julien Mas, furieux d’avoir été éjecté in extremis du podium tow-in, samedi. Deuxième à l’entame du dernier run, le 23e mondial se retrouva en effet quatrième, derrière Adrien Bosson, Amado Vrieswijk et Mattia Fabrizi. meltyXtrem a recueilli sur place son interview exclu. A lire également : European Freestyle Expression 2014 : Adrien Bosson "vise la victoire" (interview exclu)

Julien, es-tu déçu de ton classement final sur ce contest tow in ?

En fait je suis déçu de la notation, du jugement. Les juges pensent que certains moves sont plus difficiles à réaliser, alors qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce que représente une triple manœuvre ou n’importe quel autre trick. Ils ne tiennent pas forcément compte de l’amplitude, du style de la manœuvre. J’étais vraiment dégoûté de terminer quatrième, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui n’ont pas compris aujourd'hui (samedi) pourquoi je ne suis pas sur le podium. Je suis également déçu car le Russe (Vladimir Yakovlev, troisième après deux runs et finalement 6e, ndlr) méritait amplement d’être sur le podium avec Adrien et moi. Il aurait dû garder sa place car il a fait une dernière manœuvre stylée, propre, en lâchant une main.

On te sent remonté…

Oui cela m’énerve, j’avais déjà décidé d’arrêter l’EFPT depuis la compétition en Autriche (Podersdorf, 25-30 avril 2014, ndlr). Nous avions dû courir dans 8 à 15 nœuds maximum dans les rafales, c’était vraiment une compétition ridicule. Ce jour-là, j’ai annoncé que j’arrêtais le circuit européen. Je suis alors parti au Brésil et Fred (Frédéric Bosson, organisateur de l’évènement de Six-Fours-les-Plages, ndlr) m’a appelé pour me demander de participer à l’European Freestyle Expression. Cela m’a paru normal de faire le déplacement, mon club du Six Fours Windsurf Organisation paie mes compétitions. Après, c’est vrai que cela m’énerve de venir pour une épreuve EFPT.

European Freestyle Expression 2014 : Julien Mas "écoeuré de terminer quatrième" (interview exclu)

Il n’y a pas de critères de notation définis sur l’EFPT ?

Les notations ne se font pas "à la gueule du client" mais aujourd’hui, ils ont décidé d’attribuer à une manœuvre un maximum de points techniques, alors que ce n’est pas forcément un move très technique. Sur le WindMeet, on se base sur d’autres critères. On se fixe vraiment sur le style de la manœuvre, l’amplitude, la fluidité et non pas sur la "figure du moment".

As-tu des propositions à faire pour le freestyle ?

Honnêtement, il faudrait soit l’organisation d’une Coupe du Monde, mais cela coûte énormément d’argent, soit je propose que le Windmeet remplace l’EFPT et passe en Tour Européen. Avec un ami, j’ai monté un système de live scoring et cela marche plutôt bien. Je veux mettre en place cela sur le Windmeet, et tester le prototype au Mondial du Vent 2015. Je pense que cela relancerait le suivi des compétitions par le public et les internautes, ils pourraient immédiatement connaître les points attribués et l’évolution du classement. Normalement, on devrait avoir cette année un live score en PWA freestyle. En vagues, ils ont un live scoring qui fonctionne très bien, je pense que cela va donner un bon coup de boost.

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On te définit comme un spécialiste du tow-in…

Les gens ont toujours cru que je m’entraînais beaucoup pour le tow-in, mais je n'en fais pas énormément. J’ai commencé avec Adrien Bosson sur le Bonifacio Windsurf Freestyle Project, fin mai 2011. Nous avions découvert cela en avril à la PWA de Podersdorf, mais nous n’avions pas pu en faire car nous n’étions pas dans le Top mondial. Cela nous a donné envie d’essayer et cela a marché tout de suite. J’ai réussi à faire une figure dès mon premier passage, Adrien n’a pas eu de problèmes non plus. J’ai ensuite gagné une compétition de tow-in en Sardaigne (l’EFPT Sardinia Freestyle GP 2011, ndlr), devant Steven Van Broeckhoven, l’année où il fut champion du monde PWA.

Faire du tow-in te sert-il pour le windsurf freestyle ?

Je pense que le tow-in m’a un peu servi dans le freestyle au niveau technique, pour prendre plus d’amplitude. Le tow-in ne m’a en fait jamais posé de problèmes, je trouve ça marrant. Il y a des sensations de vitesse, différentes du windsurf freestyle et c’est sympa pour le public.

As-tu des spots de prédilection pour le freestyle ?

J’aime le vrai freestyle sur eau plate, où tu peux vraiment t’exprimer et arriver au taquet… J’aime avoir de la vitesse, pouvoir faire des manœuvres avec de l’amplitude et « rebondir », enchaîner plusieurs moves. Au niveau des compétitions, je galère un peu car il y a toujours de gros clapots, le plan d’eau n’est pas plat. Ce n’est pas ma spécialité, j’ai du mal. C’est comme ça, il faut savoir s’adapter aux conditions.

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Quel bilan fais-tu de ta saison 2014 ?

J’ai vécu une saison difficile, je ne me suis pas bien adapté à mon nouveau matériel, sans bien sûr que les sponsors soient en cause. Il faut savoir que nous n’avons eu que trois étapes PWA cette année. À mes yeux, c’est un peu un scandale de désigner un champion du monde après seulement trois épreuves. J’ai fait une place de 14e à Bonaire, ce n’est pas super mais cela reste potable pour une Coupe du monde, il y a un niveau très élevé là-bas. Par contre, je finis dernier à Fuerteventura et avec trois étapes au calendrier, tu ne peux pas remonter ça. La PWA devrait faire une Coupe du monde en six étapes, quitte à la mettre sur deux ans…

En tant qu’organisateur du Windmeet, comment analyses-tu là encore 2014 ?

Nous avons achevé notre troisième saison, mais en 2014 nous n’avons pas été très chanceux. Le Mondial du Vent a sauvé l’année, c’est génial d’avoir un partenariat avec eux. Pascal Maka, l’organisateur du Mondial, a poussé pour le retour du windsurf freestyle à Leucate. En 2014 nous étions 25 riders, en single élimination, avec trois manches disputées. Pour 2015, nous devrions repartir sur un autre format, avec probablement une manche en single ou double, selon le nombre de jours de vent. En alternance avec le freestyle, nous aimerions également remettre en place le boardercross, car ce concept est très fun. Cela permettra de montrer d’autres choses au public. S’il y a moins de vent, nous aimerions proposer du WindSUP, c’est-à-dire de la planche à voile sur un paddle. Le but est de redonner envie aux gens de s’intéresser au windsurf.

Depuis le premier Windmeet, le niveau du freestyle a- t-il explosé ?

À l’origine, le concept de Windmeet était d’organiser un rassemblement des riders français sur un Tour. Désormais, l’objectif est de faire un circuit pro. En trois ans, le niveau est de plus en plus élevé en France par rapport à d’autres pays, car les gens se motivent entre eux pour s’entraîner. Les meilleurs freestyleurs tels que Adrien Bosson, Nico Akgazciyan ou Antony Ruenes viennent pour montrer aux amateurs qu’ils peuvent eux aussi y arriver. On pousse également à la mise en place d’un Tour Jeunes, nous avons eu des jeunes au Mondial du Vent et ils sont hyper motivés. Sam Estève a par exemple un très bon niveau, s'il continue à bien s'entraîner il devrait bientôt briller. Actuellement, nous avançons sur notre affiliation à la Fédération Française de Voile, cela nous permettra de décerner un vrai titre de champion de France en 2015. Nous souhaiterions que la Fédération pousse tous les clubs français à donner envie aux jeunes de se remettre au freestyle, au travers de ce Tour Jeunes.

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Qu’en est-il du windsurf freestyle féminin ?

Il y n’a pas énormément de filles qui pratiquent cette discipline en France. Chez Windmeet, on ne veut pas les pousser absolument à la compétition. Les filles se sont réunies entre elles lors du Mondial du Vent, elles aimeraient plutôt faire des free sessions. Le niveau n’est pas encore assez élevé, concernant les moves, pour faire de vraies compétitions. Mais nous voulons qu'elles soient associées au Windmeet, pour les mettre en avant. Il faut avoir des filles en freestyle, c’est important que notre sport ne soit pas uniquement masculin.

Tes prochains objectifs ?

Le Windmeet devrait être présent au prochain FISE, sous la forme d’un show ou d’une compétition. Si des partenaires sont intéressés pour soutenir le Windmeet au FISE, ils peuvent me contacter sur julienmas.f7@gmail.com. Selon le budget dont nous disposerons grâce à eux, nous pourrons mettre en place une compétition internationale avec les meilleurs freestyleurs internationaux. Personnellement, j’aimerais revenir dans le Top 10 mondial PWA l’an prochain.

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