Fanny Gibert : "Je me considère encore comme une outsideuse" (exclu)

Ecrit par

Fanny Gibert est une grimpeuse de bloc, membre de l’équipe de France à seulement 22 ans et actuellement meilleure Tricolore dans le top 10 mondial. meltyXtrem l’a rencontrée.

Elle nous l’avait annoncé et elle l’a fait. Fanny Gibert a remporté la finale de l’open international de bloc des Natural Games 2015 à Millau, dans l’Aveyron. Elle avait gagné deux jours avant la finale de bloc de vitesse, un nouveau contest créé spécialement par le festival des sports extrêmes. Élancée, la grimpeuse âgée seulement de 22 ans, a impressionné par son niveau technique. Membre de l’équipe de France, du team Scarpa, et classée dans le top 10 mondial, elle est la meilleure grimpeuse française du moment. C’est toute enjouée par l’ambiance électrique du festival qu’elle répond à nos questions, évoquant sa rapide évolution dans le monde de l’escalade et du bloc. À voir également : Nicolas Quéré : "J’aime bien faire scandale sur mon vélo" (exclu).

Étais-tu déjà venue aux Natural Games ? À Millau ?

J’étais venue il y a deux ans pour les NG et ça m’avait déjà bien plu. Je n’étais pas très en forme pour la compétition d’escalade mais c’était bien sympa. Sinon, je suis déjà venue grimper à Lodève et je suis venue à Millau pour le championnat de France qui a été organisé ici ainsi qu’une étape de coupe du monde.

Fanny Gibert : "Je me considère encore comme une outsideuse" (exclu)

Qu’est-ce que tu penses des blocs de ces Natural Games ?

Ils sont top. J’ai réussi à faire des blocs pas faciles donc je suis plutôt contente. Le niveau est dur, on a bien dû se donner. On n’a plus beaucoup de peau mais c’était cool. C’est super sympa de faire ce format de compétition où c’est en mode contest et on grimpe tous ensemble. Ça change des coupes du monde.

Qu’as-tu pensé de la compétition de bloc de vitesse organisée par les NG et que tu as remportée ?

C’est un format hors-norme inventé pour introduire l’escalade. C’est une bonne idée pour le public. Bon après, ce n’est pas très représentatif de l’escalade mais c’était bien marrant.

Comment as-tu senti le public ?

Il est impressionnant ! C’est génial d’avoir un public comme ça.

Comment as-tu connu le festival ?

De bouche à oreille. Ça fait un moment que je le connais. Je trouve ça génial de rapprocher plusieurs sports. Je pense que les sports outdoor rapprochent les gens qui ont le goût de l’extérieur et du sport. Ce sont des choses qui créent des liens facilement et des sports où les gens sont ouverts d’esprit. Découvrir d’autres disciplines, je trouve ça génial. J’adore le sport d’une manière générale donc je m’intéresse à un peu tout.

Qu’est-ce que tu penses du festival ? Es-tu allée voir d’autres sports ? Assister aux concerts ?

Je suis allée voir les qualifications de dirt. Quand je suis arrivée, j’étais dans le même mobile home que les gens du dirt donc j’ai un peu discuté avec eux. Ils m’ont vu faire la vitesse donc je leur ai dit que j’irai les encourager. C’est vachement sympa et c’est impressionnant de voir ce que les gens sont capables de faire. Pour les concerts, on a écouté Charlie Winston avant les finales de vitesse et puis après un peu les DJ. C’était pas mal, ça donnait envie de rester. Je suis quand même allée dormir un peu, j’en avais besoin. Mais venir aux NG pour le sport c’est déjà dément alors avec les concerts gratuits, c’est génial.

Ça fait quoi d’être sélectionnée en équipe de France à seulement 22 ans ?

C’est cool de pouvoir participer à des compétitions internationales si jeune. Il y a plein de gens qui s’entraînent comme des fous et qui n’arrivent pas forcément à être sélectionnés donc franchement c’est une chance. En plus, c’est génial d’aller faire le tour du monde pour grimper et rencontrer de nouvelles personnes.

Comment as-tu vécu ta victoire aux championnats de France de bloc senior le 29 mars ? Et ta deuxième place en finale de la coupe du monde ?

L’année dernière, j’étais deuxième aux championnats de France donc c’était une belle performance. Cette année, j’étais un peu attendue en tant que favorite. Du coup, c'était beaucoup de pression mais j’ai bien géré car ce n’était pas facile. J’ai vraiment bien grimpé donc c’était super cool. Se fixer un objectif comme ça de gagner alors que c’est l’événement de l’année ce n’est pas facile parce que tout le monde est en canne mais dès que ça marche, c’est dément.

Comment s’est déroulée la compétition pour toi ?

J’ai été première des qualifs, première des demi-finales et je n’ai rien lâché en finale que j’ai remportée mais c’était serré. J’ai réussi à passer devant en faisant un bloc dynamique où c’était un jeté. Ce n’est pas forcément le truc où je suis la meilleure mais je suis vraiment contente d’y être arrivée.

Fanny Gibert : "Je me considère encore comme une outsideuse" (exclu)

Comment se sont passées les premières étapes de coupe du monde à Toronto (Canada) où tu finis huitième ? Et à Vail (États-Unis) où tu finis onzième ?.

L’année dernière aux États-Unis, j’ai fait deuxième. C’était un peu le tournant de ma carrière. Je n’avais jamais fait un résultat aussi incroyable. A 22 ans, première finale, premier podium. C’était le top du top, j’étais sur un autre monde. Là, retour sur les coupes du monde, c’est un peu moins bien mais c’est toujours de supers bons résultats. J’ai fait pas mal d’erreurs, je suis encore pas mal jeune. Je fais des erreurs techniques un peu bêtes de jeunes qui n’ont pas trop l’habitude encore. Il me manque un petit peu de physique. Je n’ai pas beaucoup de marge mais c’est encourageant pour la suite. Après, je rate mes sélections pour la Chine. Il fallait être dans le top 8 j'étais neuvième, à un point de la huitième… Du coup je suis aux Natural Games ! Et il y a bien pire ! (rires) C’est une belle compétition de consolation même si cela aurait été cool d’aller en Chine.

Tu finis septième des championnats d’Europe de bloc à Innsbruck (Autriche) le 16 mai dernier et tu loupes la finale mais tu es en même temps le meilleur classement français. Comment as-tu vécu cette finale ?

J’ai réussi à aller en finale. C’était mon objectif parce qu’aux championnats d’Europe il y avait un super niveau. Je suis la seule française à faire des finales, c’est top. Après en finale, je n’étais pas très contente de ma grimpe parce que je n’ai pas réussi à faire ce que je voulais. C’était déjà super bien d’arriver à rentrer dans les finales.

Maintenant on te considère encore comme une outsideuse ou comme quelqu’un à surveiller ?

Plutôt quelqu’un à surveiller (rires) ! Je me considère encore comme une outsideuse mais je pense qu’on ne me voit plus trop comme ça.

Fanny Gibert : "Je me considère encore comme une outsideuse" (exclu)

Quelle est ta préparation avant une compétition de ce genre ?

On prépare les compétitions toutes ensemble. On commence par faire du volume. J'ai plutôt un petit physique du coup j’ai pas mal de préparation à ce niveau-là. Après, on passe sur de la préparation physique orientée escalade et ensuite du spécifique. On fait des simulations de compétitions pour augmenter sa connaissance en mouvement de grimpe, en gestuelle. C’est un sport où chaque compétition a ses blocs différents. On les découvre à chaque fois, il faut avoir un certain nombre de mouvements qu’on connaît, une palette de gestuelle assez grande pour réussir à être performant dans un peu tout. Il faut aussi gérer l’aspect psychologique, on a un préparateur mental parce que c’est beaucoup de pression. C’est une discipline où le mental joue beaucoup parce qu’on intègre beaucoup d’informations, on sait où en sont les autres, où on en est et il ne faut pas se laisser abattre, penser qu’on est devant et se relâcher. Il y a beaucoup de trucs à gérer et je trouve ça vraiment très intéressant.

Où est-ce que tu aimes grimper ?

Sans hésiter à Fontainebleau. C’est vraiment un endroit génial pour le bloc en extérieur. Il y a un grain de folie et c’est magnifique. La forêt est déjà super belle, on peut passer de paysages lunaires avec que du sable à la forêt boisée. C’est super beau rien que pour l’ambiance. Après il y a des millions de blocs ! Dans une seule vie on ne pourrait pas faire tous les blocs de Fontainebleau.

C’est quoi les différences entre le bloc et la falaise ?

L’aspect mental de la compétition est assez différent. Je trouve qu’en bloc il y a un aspect mental à gérer parce qu’il y a des temps où on grimpe et de temps où on se repose et on doit regrimper après. On a des moments un peu calmes où on doit réfléchir. Là, c’est important de savoir quoi faire et canaliser son état d’esprit. Avec une voie, il y a un petit peu de difficulté avant et après tu grimpes donc tu as un peu débranché le cerveau. La difficulté, c’est que l’effort est long. La gestion de l’effort, on la trouve aussi en bloc mais vraiment différemment. Au niveau de la gestuelle, le bloc, c’est vraiment intense et court. Les mouvements sont poussés à l’extrême de la difficulté. C’est ça qui est génial, ça donne des sensations de fous pour faire des jetés où tu arrives à trois doigts. Tu as l’impression que tu es déjà tombée, que tu es sur le tapis et finalement tu te retiens, c’est de la folie !

Fanny Gibert : "Je me considère encore comme une outsideuse" (exclu)

Justement, pourquoi avoir choisi le bloc ?

C’était difficile comme décision. Quand j’étais à la fin de mes années "jeunes", je suis passée en catégorie senior, mes entraineurs m’ont demandée de choisir une des deux disciplines pour m’investir vraiment à fond. J’ai choisi le bloc parce que je pense que les sensations sont encore meilleures. Le bloc est plus convivial à l’entraînement car on grimpe tous ensemble.

Tu es dans une grande école d’ingénieurs, n'est-ce pas trop dur d’allier compétitions et études ?

Je suis ingénieur à l’INSA de Lyon en département GMD (Génie Mécanique et Développement). Ce n’est pas facile tous les jours. Par exemple, quand j’étais aux États-Unis et au Canada, le reste de la promo passait les partiels. Moi, je suis rentrée après. Au lieu de faire cinq ans d’études, je vais en faire huit mais au final c’est huit ans où j’aurais fait des trucs de fous en escalade donc c’est génial et ça me va très bien comme ça. C’est super que je puisse avoir l’opportunité de faire un sport-étude de cette qualité grâce à cette école.

As-tu d’autres projets ? Où vas-tu grimper prochainement ? Quels sont tes prochains objectifs ?

Je vais partir en Angleterre faire mon stage pour mon école d’ingénieur. Je grimperai là-bas en extérieur. J’espère y découvrir de beaux spots. J’ai des potes du Canada qui m’ont déjà fait une liste des blocs incontournables à aller voir (rires). Après, je reviendrai en France pour le Tout A Bloc, un open international dans les Alpes. Je vais aller en Pologne début août pour les championnats d’Europe universitaire et si je fais dans les trois premières au Tout A Bloc, j’irais à Munich pour la dernière étape de coupe du monde. Je ne vais pas m’ennuyer mais je n’aime pas ça de toute façon.