François D'Haene : "L'ultra trail est une histoire d'aventure, pas de compétition" (exclu)

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Vainqueur de la première manche de l'Ultra Trail World Tour 2016 à Hong Kong, François D'Haene revient au plus haut niveau après une saison 2015 compliquée. meltyXtrem l'a rencontré.

Retour au sommet ! Alors qu'il a connu une saison 2015 compliquée, marquée notamment par des soucis physiques qui ne lui ont pas permis de performer comme il le souhaitait sur les différentes courses sur lesquelles il était aligné, François D'Haene a réussi un retour fracassant sur le Honk Kong 100 en remportant le samedi 23 janvier la première étape de l'Ultra Trail World Tour 2016. Pour le Français, qui s'était fixé "une petite course pour janvier afin de bien commencer l'année", la saison démarre donc idéalement, ce qui valide un retour annoncé sur le circuit des ultra trails. Mais à 30 ans, celui qui est kinésithérapeute et viticulteur dans le Beaujolais à la ville aspire à une autre forme de pratique de sa discipline, après s'être construit un palmarès conséquent : deux fois vainqueur de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc (2012 et 2014), deux fois vainqueur du Grand Raid La Réunion (2013 et 2014), vainqueur de l'Ultra Trail du Mont Fuji (2014) et vainqueur de l'Ultra Trail World Tour (2014). Le Lillois s'en est expliqué à meltyXtrem. À lire aussi : Ultra Trail World Tour 2016 : Calendrier des courses de la saison.

  • Une saison 2015 blanche

"J'ai repris le cours de mes entraînements au mois d'août dernier car je voulais ensuite réaliser mon projet de voyage en Équateur (en novembre) pour me déconnecter avec le monde de la compétition. À la base, je voulais que ma saison 2015 soit différente même s'il y a eu des événements inattendus. J'ai connu des soucis gastriques et cela a rendu mes courses difficiles, notamment en Australie (Ultra Trail Australia) et aux États-Unis (Western States). Mais à partir du moment où j'ai pu mettre une explication sur mes performances, cela a été constructif et j'ai vécu de superbes expériences, rencontré des personnes formidables sur mes parcours. Je suis quand même allé au bout des courses et j'ai juste vécu l'expérience différemment."

"J'avais participé à la Wings For Life pour préparer la Western States car je m'attendais à une course très roulante. Au final, je ne l'ai pas trouvée si rapide que ça et je pense que si je devais la refaire, je la préparerais comme un ultra trail classique. Le Red Bull Elements, c'est un événement sympa, à côté de la maison (à Talloires), sur lequel je retrouve plein de copains, donc c'est toujours un moment plaisant. Cela m'a plutôt amusé d'y aller."

François D'Haene : "L'ultra trail est une histoire d'aventure, pas de compétition" (exclu)
  • Des performances sportives délicates

"Je crois qu'il a fallu apprendre de ce qui m'arrivait, ce sont des aléas qui arrivent au cours d'une carrière de sportif de haut niveau. Cela n'a pas été évident tous les jours mais je me suis adapté. Je me suis dit que les courses que je ne pouvais pas faire en 2015 seraient encore là en 2016 donc il fallait accepter de reporter mon énergie sur d'autres choses. Il faut apprendre à se connaître, maintenant c'est derrière moi et je retiens que je peux mettre des mots sur les sensations que j'ai connues. Dans ces moments-là, on a tendance à se poser beaucoup de questions... Personnellement, j'ai eu un deuxième enfant, j'ai connu une saison longue, mais j'avais le sentiment de bien récupérer quand même. Je suis d'autant plus content d'avoir repris du poil de la bête."

"Ma déception porte surtout sur la tentative de record sur le GR 20 en Corse que je n'ai pas pu réaliser. Bon, après coup, je me dis que j'ai peut-être reculé pour mieux sauter car Guillaume Peretti (détenteur du record et qui l'aidait dans sa préparation) s'était blessé. C'est un de mes objectifs pour cette saison, le projet est juste au placard mais il peut être ressorti à tout moment."

François D'Haene : "L'ultra trail est une histoire d'aventure, pas de compétition" (exclu)
  • Une autre façon d'aborder l'ultra trail

"Je serai très probablement sur la Diagonale des Fous à La Réunion en octobre prochain. Pour le reste, je ne sais pas encore précisément. Courir que trois ultra trails en une année m'a fait vivre une saison exceptionnelle l'an dernier, c'est le format que j'aime bien car il me permet d'avoir la sensation de partir à l'aventure. Il y a une vraie symbiose avec les participants et la nature, c'est ce que je recherche. La finalité de ce sport, c'est de se retrouver au départ d'une course et d'être persuadé que l'on va vivre une aventure motivante, quand bien même on ne serait pas sûr d'arriver au bout du parcours. C'est un peu l'idée que je souhaite véhiculer."

"Aujourd'hui, j'ai la chance de pouvoir partager ma passion avec les gens qui me suivent et j'ai envie de faire comprendre que l'ultra trail n’existe pas qu'à travers la compétition, mais avant tout si on le considère comme un voyage. Beaucoup de personnes sont déçues quand elles n'arrivent pas à obtenir un dossard par exemple, mais il y a d'autres façons de profiter de ces cadres, en allant à la découverte de population. Quand on se déplace au bout du monde pour faire sa course et ne rien voir du pays, je trouve que c'est un peu dommage... Mais c'est le jeu qui veut ça ! J'en ai un peu profité et je vais essayer d'agir différemment dans les années qui arrivent."

François D'Haene : "L'ultra trail est une histoire d'aventure, pas de compétition" (exclu)
  • Le format de l'Ultra Trail World Tour

"C'est un calendrier complexe, avec des courses qui ne présentent pas toutes la même intensité mais je crois que les coureurs ont été écoutés. Il faudrait peut-être essayer de courir que trois ultra rails dans l'année, je pense que c'est suffisant et raisonnable. Bien sûr, chaque sportif est différent mais c'est déjà bien de n'en retenir que trois pour établir le classement général. Il y a une jeune génération de plus en plus intéressée par l'ultra trail, je pense que c'est logique car il y a une volonté de dépasser ses limites tout en revenant vers la nature. Je trouve ça formidable et cela doit rester accessible à tous. Maintenant, il y a certaines consignes à respecter pour écouter son corps. Je suis bien placé pour en parler (sourire)."