Free to run : L’épopée fantastique de la course à pied

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Le documentaire "Free to run" retrace magnifiquement la naissance et la transformation de la course à pied. 50 ans de running, d’une vie tourmentée de New York aux Alpes suisses, épousant les transformations de la société, de la conquête féministe au sport de masse. En salle ce 13 avril.

Pas besoin d’être un mordu de la course, un trailer invétéré ou un finisher d'innombrables marathons pour aller voir "Free to run". Ce documentaire de l’historien et journaliste Pierre Morath, qui sortira en salle ce mercredi 13 avril, est une pépite historique, retraçant l’épopée formidable de la course à pied car c’est comme ça qu’il faut l’appeler. Au début des années 60, la pratique populaire n’existe pas. Il est inconcevable de courir seul, pour son propre plaisir. Le marathon est alors une discipline de l’athlétisme, courue quasi exclusivement en compétition et aux Jeux Olympiques. Il faudra des pionniers pour voir des hommes et des femmes enfiler leur chaussure (où l'on redécouvre la naissance de Nike) et courir sans raison apparente dans les rues des villes américaines et européennes. " Ce ne sont pas de grands coureurs, explique cependant Pierre Morath, à part peut-être Steve Prefontaine (photo ci-dessous), mais des gens qui ont changé l’histoire. Fred Lebow, Noël Tamini ou Kathrine Switzer et Steve Prefontaine ont révolutionné ce sport, la manière de le voir, de le pratiquer et d’être vu quand on le pratique. La plupart du temps, les coureurs d’aujourd’hui n’ont aucune idée des combats qu’il a fallu mener pour accéder à cette liberté de courir. Je voulais que chacun se reconnaisse dans ces personnages. "

Free to run : L’épopée fantastique de la course à pied

On découvre alors l’histoire du Suisse Noël Tamini, fondateur du journal Spiridon qui quinze années durant, répand à travers le monde l’esprit nouveau de la course de fond et monte aux barricades pour défendre les grandes causes anti-réactionnaires : la libre pratique pour tous et en particulier pour les femmes, l’émancipation vis-à-vis des systèmes sportifs fédéraux et la liberté d’organiser des courses hors stade. L'histoire également de Kathrine Switzer, première femme à avoir couru le marathon de Boston sur inscription officielle et qui sera poursuivie par les organisateurs dont son directeur Jock Semple voulant lui arracher son dossard en pleine course. C’est le début de la révolte féministe et du droit des femmes à courir alors qu’on imagine encore que la pratique peut les empêcher d’enfanter. " Il y a 40 ans, elles n’avaient pas le droit de courir plus de 1 500 mètres..., précise Pierre Morath. Il n’y avait aucune recherche (sur la pratique de la course à pieds par les femmes dans la course), seulement des idées préconçues. Elle s’est vraiment développée dans les années 80 quand le sport est devenu un business. On s’est alors rendu compte que les femmes avaient un métabolisme d’oxydation des graisses beaucoup plus performant que celui des hommes. Elles ont plus de masses graisseuses donc plus de réserves que les hommes. Elles sont plus endurantes. Pendant des années, on avait pensé l’inverse ! "

Free to run : L’épopée fantastique de la course à pied

Autre personnage clé du film, Fred Lebow, qui crée en 1970 le marathon de New York. Une première édition organisée dans Central Park et à laquelle participeront 127 coureurs… 55 franchiront la ligne d’arrivée. 45 ans plus tard, ils seront 49 484 à faire de même sur le marathon le plus populaire au monde devant Paris (41 708 finishers sur l'édition 2016). C’est ce bon de géant en moins de 50 ans que s’attelle à raconter "Free to run". Une transformation de la pratique qui accompagnera celle de la société jusqu’à embrasser totalement l’aspect économique de cette dernière, passant d’un mouvement libertaire au libéralisme assumé : " C’est la métaphore du film, confirme Pierre Morath. Toutes les révolutions naissent à partir de pionniers courageux pour lutter contre les conservatismes, les positions et les points de vue établis. Quand la révolution s’impose ou commence à avoir du succès, les combattants s’effacent au profit de ceux qui récupèrent le succès pour l’utiliser et en faire un business. C’est pour cela que les États-Unis jouent un rôle central dans le film. Les Américains incarnent mieux que quiconque l’ultralibéralisme décomplexé qui consiste à exploiter commercialement des choses belles et pures. Cela fait partie de leur ADN ! La récupération de l’évolution du running est éloquente dans une course comme le marathon de New York : les Américains ont tout inventé, de la Pasta Party à l’expo, tout le dispositif rapporte de l’argent. "

FREE TO RUN – Teaser FR from Outside the Box on Vimeo.

"Free to run" révèle cette transformation, emmène avec lui le spectateur dans les excès qu’elle engendrera ensuite, du marathon de New York en 2012, annulé deux jours avant le départ sur fond de polémique en raison des dégâts provoqués par l’ouragan Sandy, jusqu’à la mainmise des marques et des plus grandes villes du monde sur ce formidable outils marketing que sera devenu au fil des ans le marathon et plus généralement la course à pied. Alors qu'ils ont encore été plusieurs dizaines de milliers à prendre le départ du marathon de Paris le 3 avril dernier pour célébrer comme chaque année la discipline, "Free to run" nous invite à en découvrir les origines. Un retour dans le passé passionnant et insoupçonné.. En salle à partir du 13 avril prochain. A lire aussi : Marathon : Calendrier des courses en France en 2016.

Free to run : L’épopée fantastique de la course à pied