Grand Raid 2014 : François d'Haene fait le bilan de la Diagonale des Fous (1ère partie)

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Le Grand Raid 2014 s'est déroulé du 23 au 26 octobre sur l'île de La Réunion. Après une victoire en 2013, François d'Haene a réédité son exploit cette année. Le Français est revenu sur son aventure vécue là-bas. À découvrir sur meltyXtrem (1ère partie).

C'est un véritable exploit qu'il a réalisé. En s'imposant sur la Diagonale des Fous du Grand Raid 2014, François d'Haene a clôt une saison trail hors du commun. Auteur de plusieurs victoires cette année (Ice Trail Tarentaise, Ultra-Trail du Mont Fuji, Ultra-Trail du Mont-Blanc, Diagonale des Fous), le Français s'est également emparé du classement général de l'Ultra-Trail World Tour 2014, un circuit mondial d'ultra-trails aussi exigeant physiquement que mentalement. À 28 ans, François d'Haene n'est pas seulement un coureur chevronné. Quand il n'est pas aux quatre coins du monde pour s'adonner à sa passion, le tricolore est viticulteur dans le Beaujolais. Sur sa page Facebook, le traileur de renom est revenu sur son aventure tout au long de la Diagonale des Fous à travers un récit complet et détaillé. Découvrez la 1ère partie (de Saint-Pierre Ravine Blanche à Mafate) ci-dessous.

Grand Raid 2014 : François d'Haene fait le bilan de la Diagonale des Fous (1ère partie)

'' Après un peu de récup' nous voici donc parti pour vous faire revivre ce grand raid comme je l'ai vécu de l'intérieur en cinq étapes ! Après une arrivée sur l'île le lundi et une mise dans le bain médiatique dès l'aéroport les premiers jours sont consacrés à essayer de se reposer et préparer les affaires entre les interviews, les visites aux partenaires et les séances de dédicaces. Bref la vie de star !!!! La journée du jeudi est plus calme et nous voici donc sur la ligne de départ à St Pierre. C’est parti pour cette Diagonale des Fous encore plus folle que les autres années !!! Plus longue et plus dure même avant de savoir que les conditions climatiques seraient éprouvantes. 5-4-3-2-1 C’est parti je me laisse porter aux avants postes par le public venu en nombre qui nous acclame durant les 3 kms du front de mer. Plus de 30 000 personnes venues pour assister au départ !!! Je profite bien de cette partie roulante qui nous mène rapidement dans les champs de canne à sucre où nous nous retrouvons dans un petit groupe de 10 coureurs. Nous avançons tranquillement, l’ambiance est bonne. Nous atteignons assez vite le premier ravitaillement et commençons la partie plus montante et technique. Iker mène le train durant un moment… puis nous le relayons et le groupe s’écrème un peu. Nous sommes moins nombreux au ravitaillement de notre dame de la paix. Didier et Freddy, les deux Réunionnais ne s’arrêtent presque pas et je repars donc juste derrière eux. Nous faisons un bon bout de chemin à trois. Derrière, les autres ne sont pas loin, nous apercevons les frontales, ils reviennent en douceur… Je prends parfois un peu d’avance mais je contrôle cela car je ne veux vraiment pas courir seul devant. D’autant que les conditions climatiques sont en train de franchement se gâter….. Aurélien Collet nous reprend dans la montée de piton textor et je me retrouve seul avec lui. Derrière les écarts semblent un peu plus importants maintenant. Le temps devient vraiment maussade à l’arrivée au sommet du Piton… brouillard, vent, pluie. Nous ne nous attardons pas au ravitaillement et nous nous lançons dans la descente sur Maraboue. L’an dernier j’étais tout seul sur cette portion… Cette année c’est bien agréable d’être deux, de pouvoir discuter et aussi être plus attentif sur le parcours. Passage en forêt « humide », champs détrempés puis route glissante en plein vent… les conditions sont franchement top ! Mais nous rejoignons assez rapidement Maraboue complètement trempés…. Pas de nouvelles de derrière, nous en parlons brièvement… Il fait trop froid pour attendre de toute façon nous continuons donc vers le coteau guervéguen par une longue montée assez technique et bien humide. Nous nous relayons, mes sensations sont bonnes mais nous n’avons pas encore passé les 7h de courses. Je continue d’essayer de m’économiser au maximum. Le jour se lève enfin avant de rejoindre le sommet. Cette année pas de levé de soleil mais cela fait toujours plaisir de voir la première nuit se terminer en tête de course.

Du sommet du coteau Kerveguen, nous nous lançons donc dans la descente vers le cirque et la ville de Cilaos. Aurélien me suit puis prend quelques hectomètres de retard, et je file donc à l’avant dans l’espoir de pouvoir prendre mon temps au ravitaillement. À Cilaos je me change rapidement et repars avec une grosse minute d’avance. Il me rejoint dans la montée du bloc et nous faisons à nouveau course ensemble. Dans la fin de l’ascension, Aurélien cède à nouveau du terrain. Je sais le ravitaillement suivant pas très loin et je continue donc à mon allure. Le temps est à nouveau très mauvais : vent, pluie, froid, brouillard… Au ravitaillement je n’aperçois pas Aurélien, je repars toujours dans l’optique qu’il me rattrapera rapidement avec la même idée au fond moi de m’économiser au moins jusqu’au moment d’entrée dans Mafate et de franchir le col des Fourches. Finalement, c’est à partir de ce point que je serais seul en tête de course… La redescente sur Hell bourg et le cirque de Salasie est beaucoup plus dure et technique que je ne l’aurais imaginé : une première partie dans les rochers très techniques puis une seconde partie beaucoup plus humide à zigzaguer dans la boue entre les échelles, les ponts et les branches de la forêt de Bélouve. Je mets donc pas mal de temps pour rejoindre le gîte de Bélouve et HellBourg. Là, je prends le temps de me ravitailler, je sais qu’une longue montée de 15 kms nous attend et nous avons passé les 10h de course… J’essaye de savoir si les autres coureurs sont loin, si je vais faire la montée seul ou si certains peuvent me rejoindre mais c’est le flou dans les écarts. Je repars donc vers la prochaine étape. Une descente pénible et raide sur la route nous amène en quelques kms jusqu’à une passerelle ou nous entamons la montée sur une route forestière. J’essaye de rester fidèle à mes plans et de ne pas me mettre en surrégime. La montée est assez longue, nous alternons des passages plus ou moins roulant entrecoupés par des petites redescentes. Malgré ma volonté de me préserver je sens déjà bien la fatigue dans mon corps. Je suis bien content quand enfin j’arrive au ravitaillement de la plaine des Merles. On m’annonce environ 15 min d’avance sur Iker karrera Aranburu qui a repris Aurélien Collet. Derrière eux je n’ai pas plus d’infos ! Je prends le temps de boire une soupe chaude puis repars pour finir la courte et fin d’ascension du col des fourches. MAFATE nous voici !

Ça y est, enfin col de Fourche. Depuis le début de la course je m’étais fixé ce point comme le point jusqu’auquel je voulais m’économiser ou du moins essayer de le faire. Malgré cela et malgré le fait que Raymond Fontaine, qui me suit en commentant la radio, me dit que j’ai bonne allure et l’air frais, je sais que ne je ne suis plus tout à fait frais et la course m’a déjà bien entamé. Je me fixe alors le maïdo comme prochain objectif et j’essaye de relancer l’allure dès le début de la descente. Finalement, cette année la partie dans Mafate n’était pas la plus dure, bien au contraire. Plaine des tamarins, Marla, trois roches le sentier est sec, plus roulant et assez descendant. J’essaye de conserver une bonne allure. A trois roches nous sommes au point le plus bas dans Mafate, il fait assez chaud en ce milieu de journée et je me trempe dans la rivière avant de prendre la direction de Roche Plate. Le sentier est en plein soleil et les trois petites remontées sont assez éprouvantes. Je rejoins cependant assez vite par rapport aux souvenirs que j’ai de 2009 le petit hameau de roche plate. On me tient au courant des horaires : Iker à environ 25 minutes, j’ai donc repris un peu de terrain puis Aurélien et Ludovic Pommeret pas loin derrière. Bref, les écarts ne sont pas non plus énormes quand on est au pied du Maïdo et cette longue longue remontée… Je m’alimente autant que je peux et pars donc vers la brèche. Les jambes sont plutôt mieux que tout à l’heure, j’essaye de bien gérer ma montée je me dis qu’il faut au moins que je parvienne à conserver ces écarts jusqu’au sommet. A ce stade de la course les marches paraissent toujours hautes et le sentier très raide. Les mètres de dénivelé défilent et j’aperçois loin là haut la sortie du Maïdo. Les spectateurs nombreux m’accompagnent sur quelques mètres et j’entends malgré les hélicos les clameurs du public au sommet. Quelques relances et nous voilà sorti au sommet. Une bonne chose de faite, je n’ai pas eu de coup de moins bien dans cette montée que je redoutais un peu…. Je profite des encouragements puis suis la crète jusqu’au point d’assistance où je devrais avoir un peu de nouvelles de la course… MAFATE c’est fini ! '' À lire également : Grand Raid 2014, photos best of de la Diagonale des Fous à La Réunion.

Source : François d'Haene