Guillaume Néry : "Je pensais au pire sur chaque plongée" (interview exclu)

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Victime d'une syncope en raison d'une erreur des organisateurs lors d'une tentative de record du monde de profondeur en apnée, Guillaume Néry est revenu sur cet épisode pour meltyXtrem.

La scène se déroule le jeudi 10 septembre dernier, peu avant l'ouverture des championnats du monde d'apnée disputés sur l'île de Chypre. Alors qu'il tente de battre le record du monde de profondeur en apnée à -129m, Guillaume Néry est en fait descendu à -139m. Dix mètres de plus ajoutés par erreur par les organisateurs au câble qui sert de repère au sportif. Conséquence, il est victime d'une syncope lors de sa remontée et les secouristes le prennent en charge à… dix mètres de la surface. Après cet accident aussi rare que stupéfiant, le Niçois de 33 ans a décidé de mettre un terme à sa carrière d'apnéiste, une décision qui trottait déjà dans sa tête depuis un certain temps. Quelques jours après cet épisode, il a répondu aux questions de meltyXtrem l'air détendu et visiblement remis de sa péripétie ("Je vais bien, j'ai traversé Paris en Vélib' pour venir donc ça veut dire que tout va bien"). Une interview exclusive à découvrir sans attendre ! À lire aussi : Guillaume Néry : Vidéo de son accident de plongée aux championnats du monde d'apnée.

Guillaume Néry : "Je pensais au pire sur chaque plongée" (interview exclu)

Son accident à Chypre

J'ai vécu cet épisode de différentes façons selon les moments. Il y a d'abord eu beaucoup de colère et d'injustice parce que j'ai eu le sentiment de m'être fait voler, qu'on avait pris un risque avec ma vie. Et puis j'ai eu peur quand je suis revenu à moi et que j'ai réalisé ce qui s'était passé. Pendant l'action, je me souviens de la descente, d'avoir récupéré la plaquette en bas et du début de la remontée. Après c'est le trou noir ! Je n'ai pas eu le temps d'avoir peur pendant la plongée. Par contre, au réveil, quand je me suis rendu compte de la gravité de l'erreur, je suis passé par la phase de soulagement, d'acceptation aussi. Et puis j'ai pardonné aux organisateurs. L'erreur est humaine et c'est tombé sur moi… Je pense que cela n'arrivera plus jamais car l'événement a suscité un tel émoi dans la discipline que cela me semble impossible de commettre la même faute.

Dix mètres de plus c'est quoi ?

Dix mètres de plus, cela représente une performance supérieure de 7 à 8%. Il faudrait imaginer un alpiniste voulant grimper l'Everest à qui on demanderait de monter à 10 000 mètres d'altitude, ou à Renaud Lavillenie de passer 7,45m à la perche alors que le record du monde est à 6,16m. Ce n'est pas possible… Cela aurait été une plongée à 70m durant laquelle je serais descendu à 80m, il n'y aurait eu aucun incident car c'est largement dans mes capacités. Mais là, je m'attaquais à un record du monde, à une profondeur où personne n'est encore jamais allé. Ces dix mètres de plus, à ce niveau-là, c'est colossal ! Au final, il ne me manquait pas grand-chose car je fais une syncope à dix mètres de la surface. Cela montre à quel point j'étais préparé quelque part. Je me dis que si cela était arrivé à un quelqu'un d'autre, il aurait sûrement succombé. Dix mètres supplémentaires, pour moi, c'est cinq ans de préparation !

Pas de record homologué

Ce n'est pas un coup dur… Je me dis que j'avais sûrement le niveau pour atteindre cette profondeur avec de la préparation. Bien sûr, cela n'a pas été prouvé devant les juges mais ce n'était pas une obsession pour moi et je ne suis plus prêt à prendre ce risque.

Guillaume Néry : "Je pensais au pire sur chaque plongée" (interview exclu)

L'arrêt de sa carrière sportive

Quand je décide de ne pas participer aux championnats du monde après l'accident, ce n'est pas une décision prise à la légère. J'avais quelques craintes ces derniers temps et la sensation d'avoir fait le tour de la discipline. Je me disais que les profondeurs que j'atteignais n'étaient pas anodines et qu'il fallait que je fasse attention. Je voulais arrêter après la tentative de record et finir sur une médaille aux championnats du monde. Même si ce n'était pas sûr à 100%, c'était la grosse tendance dans ma tête. Déjà l'année dernière, j'avais fait un break… Et quand je me suis remis à l'eau, j'ai très vite ressenti des appréhensions. Je me suis posé des questions… C'est peut-être lié à mon âge (33 ans), au fait que j'ai une petite fille, à la mort de Loïc Leferme (en 2007 à l'entraînement)… Il y également eu la disparition cet été de Natalia Molchanova, un peu la mascotte de notre sport. Tout ça faisait que je partais avec beaucoup moins d'innocence et en pensant au pire à chaque fois.

Guillaume Néry : "Je pensais au pire sur chaque plongée" (interview exclu)

Vers de nouveaux projets ?

J'ai pas mal de projets sur l'audiovisuel, je prépare en ce moment un long-métrage sur le monde sous-marin. J'ai envie de mettre en lumière et en valeur cette planète bleue qui est à protéger. La mer ne doit pas être un lieu de peur même si elle a longtemps cristallisé les angoisses des humains. C'est un lieu de magie.