Jean-Baptiste Chandelier : " Voler était un rêve de gamin " (interview exclu)

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Pilote de parapente acrobatique depuis 2004, Jean-Baptiste Chandelier s'est distingué en inventant le "vol de proximité", discipline consistant à frôler le relief. Il nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il nous en dit plus sur sa discipline et nous parle de son dernier film "Dream of Flight", présenté au festival Montagne en Scène.

Reconnu pour être l'un des meilleurs parapentistes acrobatiques mondiaux, Jean-Baptiste Chandelier est un véritable passionné de son sport. À la fois parapentiste professionnel depuis un an, concepteur de voile, pilote d'essai pour Dudek et réalisateur de ses propres vidéos, le Savoyard a l'unique volonté de faire partager son plaisir de voler à travers ses vidéos, lui qui a décidé de déserter les compétitions. La carrière de Jean-Baptiste Chandelier a pris un tournant lors de la sortie de sa vidéo " Touch " (900 000 vues) dans laquelle il fait une démonstration de la discipline qu'il a créée : le vol de proximité. Dans ce film d'une rare élégance, il n'hésite pas à se rapprocher du sol pour tutoyer les éléments. La rédac' de meltyXtrem s'est entretenue avec lui pour la sortie de son nouveau film " Dream of Flight ", présenté lors du festival Montagne en Scène.

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En plus d'être parapentiste professionnel, vous êtes concepteur de voile, pilote d'essai pour Dudek, et réalisateur de vos vidéos, comment êtes-vous devenu si passionné de votre discipline ?

Je réalise simplement un rêve de gamin qui était de voler comme Peter Pan ! Mes parents étaient assez réticents pour que je pratique le parapente quand j'étais enfant donc c'est qu'à partir de mes 18 ans que j'ai pu m'investir à fond dans ce sport. Je me suis donc inscrit dans une école de parapente à côté de chez moi et je suis tombé complètement amoureux de cette discipline qui me permet de me sentir libre. Je voulais m'éloigner de la compétition qui régnait dans le ski alpin que j'ai pratiqué jusqu'à ma majorité. J'ai trouvé dans le parapente l'équilibre que je cherchais. J'ai ensuite passé tous mes diplômes pour devenir pilote et moniteur, histoire de passer le témoin !

Comment êtes-vous venu au parapente acrobatique ?

Lorsqu'on s'inscrit dans une école de parapente, on a le choix entre le cross-country (vol de distance) et la voltige. Je me suis donc lancé dans la voltige. Mais après quelques années de pratique, j'avais presque oublié mon rêve d'enfant qui était de voler près des éléments, près des gens. J'ai alors beaucoup travaillé pour me rapprocher le plus possible de mon rêve.

Jean-Baptiste Chandelier : " Voler était un rêve de gamin " (interview exclu)

Vous avez donc inventé le vol de proximité?

Pas totalement car tous les parapentistes en font en quelque sorte lors du décollage et de l'atterrissage. Ce qui m'intéressait plus particulièrement était la liaison qu'on pouvait avoir entre le sol et l'air. Je voulais arriver à être proche du sol sans forcément le toucher. Ce moment où l'on voit les pieds décoller transmet à lui seul la magie du vol. Je m’amuse plus à voler bas qu’à 3000 m de haut dans une vallée. Quand mes pieds touchent une maison, un phare ou une barrière, j’ai l’impression de sautiller comme Peter Pan. Dès que j'ai eu les capacités techniques en parapente pour voler près du sol, je m'en suis fait une spécialité pour faire découvrir aux gens une alternative au cross-country et à la voltige. Et quand je vois des jeunes parapentistes qui s'inspirent de mon style, en s'appuyant sur des routes ou des panneaux, c'est plutôt cool !

Malgré votre talent, vous ne faites pas de compétitions, pourquoi ?

Car je ne suis vraiment pas un compétiteur dans l'âme ! J'ai fait une seule compétition de distance pour valider mon monitorat de parapente mais j'ai vraiment horreur de la compétition. J'en avais fait un petit peu en ski et ça m'avait écœuré. Je fais du parapente pour assouvir une passion, réaliser un rêve et non pour me mesurer aux autres. Aujourd'hui, mon idée est de partager mon rêve à travers mes vidéos.

Jean-Baptiste Chandelier : " Voler était un rêve de gamin " (interview exclu)

Vous avez réalisé il y a 3 mois la vidéo "Touch" dans laquelle on vous voit exercer dans des spots bien différents, en avez-vous un de prédilection ?

Il y a vraiment plein de spots différents que j'apprécie. Il y en a qui m'ont marqué pour la beauté de leurs paysages comme à Chamonix où j'ai volé entre les rochers et les falaises, ce qui était vraiment impressionnant. Mais s'il fallait en choisir qu'un ce serait un spot au Chili, le Palo Buque. C'est un gigantesque désert de sable face à la mer avec des dunes de mille mètres de haut et ça vole quasiment tous les jours de l'année. C'est le bac à sable des parapentistes, le paradis sur terre !

Qu’est-ce que vous recherchez dans un vol ? La beauté du paysage, la technicité de vos vols, l’adrénaline ?

Honnêtement, je n'ai pas l'âme d'un contemplatif. Je profite juste du paysage deux ou trois secondes pendant mon vol, et ça me suffit. La technicité et la sensation physique est ce qui m'importe le plus. Avant chaque session, je me demande ce que vais vouloir montrer, l'idée de base. Mon équipe et moi ne choisissons donc jamais un spot au hasard, c'est pour y montrer quelque chose de bien spécifique. Une fois qu'on sait ce qu'on veut faire, on choisit le meilleur endroit pour réaliser la meilleure vidéo, je remercie donc Google Earth qui m'aide beaucoup pour ça ! Mais je fais aussi en sorte que celui qui regarde la vidéo puisse se projeter en moi, qu'il partage la sensation de vol au même titre que moi. Je veux juste montrer aux gens, surtout aux non-parapentistes, ce qu’il est possible de faire en parapente. Leur prouver qu'on peut voler quand on en rêve ! C'est l'unique but de mes vidéos.

Jean-Baptiste Chandelier : " Voler était un rêve de gamin " (interview exclu)

En plus de Google Earth donc, comment préparez-vous vos sorties en parapente ?

La première chose que je fais est regarder la météo. C'est la météo qui nous dira ce qu'il est possible de faire ou pas. En fonction de la météo, on ira sur des sites qui sont le plus adéquates. Mais je ne me prépare pas mentalement ou physiquement avant une session car le parapente n'est pas un sport aussi exigent que l'on pourrait croire. Je dirai même que c'est un sport de fainéant car on reste le tranquillement assis sur son fauteuil et l'effort n'est pas très intense !

Quelles sont les conditions parfaites pour faire du parapente de proximité?

L'élément indispensable est le soleil, car il va chauffer le sol et créer des thermiques (ascendants) et des bulles d'air chaud qui me porteront durant le vol. Sinon il faut aussi un vent doux, lisse, régulier, de 15 à 20 km/h qui me permettra de voler assez près du sol sans pour autant tomber. On est au top quand il fait chaud, beau et s'il y a un petit peu de vent !

Light Line

Peux-tu nous parler du film que tu présentes au festival la Montagne en Scène, "Dream of Flight"?

Ce film reprend certains extraits de "Touch" et de "Light Line" qu'on a tourné au Danemark, en Grèce, au Chili et en France (Chamonix et sur le col de Galibier). Ce film compile toutes sortes de disciplines dérivées du parapente. On me retrouve au début dans des sessions de voltige et des sessions à deux pour ensuite se rapprocher de ma discipline de prédilection, le vol de proximité. Il y quelque chose de très enfantin dans mes vidéos. J'explique dans ce film comment je réalise mon rêve et comment j'en suis arrivé à réaliser ce type de vols et ce type de vidéos. Contrairement aux vidéos que je poste sur internet, ce n'est pas moi qui ai réalisé ce film de 25 minutes. Celui-ci a été produit par une boîte de production qui travaille avec Adidas et il est réservé exclusivement à la télévision. On y retrouve des interviews, les coulisses de mes sessions de parapente et bien sûr beaucoup d'action !

Quels sont vos projets pour 2014 ?

Je présente actuellement mes idées à mes partenaires (Adidas et Dudek). En fonction des moyens qui me seront mis à disposition, on décidera de la destination et ce que je pourrai faire ou pas. Après je ne peux pas tout dire car j'aime bien garder une part de mystère qui permet de créer la surprise comme je l'ai fait avec "Touch". Tout ce que je peux vous dire c'est que mes prochaines vidéos seront plus sur le thème du partage. J'ai des projets qui pourraient se faire avec des amis parapentistes pour surprendre une nouvelle fois le public. J'ai un projet avec un autre ami qui tournera autour de la danse et un dernier projet qui doit rester secret car il risque de faire beaucoup de bruit !

Vous n’avez commencé le parapente qu’à 18 ans, peut-on commencer plus tôt et comment faut-il faire ?

Le mieux est évidemment de s'inscrire dans une école de parapente. On en trouve partout en France, même à Paris. J'ai moi-même appris en école. Je conseille donc les jeunes d'apprendre en école car même si la discipline en elle-même n'est pas trop difficile, il faut apprendre tout ce qui se réfère à la météorologie et à l'aérologie. On a eu une formation pratique très complète en école où l'on apprend à courir sur une pente, à gonfler son parapente, à se poser et à décoller. Cette formation pratique se complète avec une formation théorique où les élèves apprennent le fonctionnement du vent et les dangers liés à ce sport. On peut commencer le parapente dès l'âge de 14 ans, et même à 12 ans avec une dérogation. Les jeunes ont aujourd’hui le feeling que les "vieux" n'ont pas et ils n'ont vraiment pas froid aux yeux !

Jean-Baptiste Chandelier : " Voler était un rêve de gamin " (interview exclu)
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