Jean-Frédéric Chapuis : "J'ai connu quatre mois de galère" (interview exclu)

Jean-Frédéric Chapuis, champion olympique 2014 de ski cross, a vécu une intersaison difficile, en raison d'une blessure au genou. meltyXtrem vous propose son interview exclu !

Jean-Frédéric Chapuis est l'enfant prodige du pays Val Thorens. Le Savoyard a commencé le ski alpin au Ski Club local, partagé les bancs de l'école avec Chloé Trespeuch (médaillée de bronze à Sochi en snowboardcross) avant de bifurquer vers le ski cross, en 2008. Un bon choix puisque le rider collectionne depuis les récompenses. Jean-Frédéric Chapuis, champion olympique à Sochi 2014 remporta ainsi, à 24 ans, une course historique. Celle du triplé français, puisqu'il franchit la ligne d'arrivée devant Arnaud Bovolenta et Jonathan Midol. «Jean-Fred », champion du monde 2013 devint ensuite, en mars 2014, vainqueur de la finale de la coupe du monde, à la Plagne. Désormais, c'est à Val Thorens, chez lui, que le ski crosseur veut briller. Les 12 et 13 décembre prochains, la station savoyarde accueillera ainsi deux étapes de la coupe du monde du ski cross, le second rendez-vous de la saison après Nakiska (Canada, 5-6 décembre). Jean-Frédéric Chapuis prendra le départ des courses avec quelques incertitudes, suite à une vilaine blessure. A l'occasion de la présentation de ces étapes de coupe du monde à Val Thorens, meltyXtrem a rencontré le jeune champion ! A lire également : Championnats du monde de ski freestyle : Jean-Frédéric Chapuis champion du monde de ski cross

Jean-Frédéric, comment as-tu occupé ton intersaison ?

Ma saison s'est achevée fin mars 2014, avec la finale de la coupe du monde à la Plagne. Du fait des Jeux Olympiques, j'ai eu de nombreuses sollicitations jusqu'à mi-mai, puis j'ai coupé deux semaines. Fin mai, j'ai repris l'entraînement, à l'occasion d'un stage en Corse avec l'équipe de France de ski cross. J'ai attaqué un peu trop vite et trop fort, et j'ai eu des pépins au genou.

De quoi as-tu souffert exactement ?

Il s'agissait d'inflammations du cartilage, qui ont causé un syndrome rotulien. La rotule bougeait un peu, il fallait remuscler le vaste interne... les termes sont un peu techniques (rires). J'aurais dû redémarrer plus progressivement d'autant que depuis quatre ans, je m'entraînais comme un fou pour les Jeux. Mon corps m'a demandé de me calmer un peu !

Quel a été l'impact de cette blessure sur ton entraînement ?

Cela a mis du temps à guérir, j'ai traîné cette blessure tout l'été. J'ai dû aller deux semaines en rééducation, début septembre à Lyon, pour résoudre ce petit problème. J'ai repris le ski mi/ fin septembre. Je ne me suis donc pas entraîné comme je le voulais, sauf lors des derniers stages. Il est clair que cette blessure a perturbé ma préparation. Marcher ou monter les escaliers me faisait mal au genou... J'ai réellement connu quatre mois de galère.

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Comment as-tu géré mentalement cette période ?

Mentalement, cette blessure fut forcément difficile à accepter. J'ai une grosse motivation, j'ai envie de réussir sur le plan sportif et j'ai été obligé de rester chez moi, de ne rien faire. C'était pénible, mais il faut accepter ça. Finalement, c'est peut-être un mal pour un bien, cela m'a forcé à me reposer. D'ici les Jeux 2018, j'aurai sans doute besoin de cette fraîcheur physique. Avoir fait une pause forcée me sera peut-être bénéfique pour les prochaines saisons.

Cette blessure remet-elle en cause tes objectifs sportifs ?

Pour cette saison, je visais le podium du classement général de la coupe du monde (Jean-Frédéric Chapuis a terminé 4e en 2014, ndlr) et une nouvelle médaille aux Championnats du monde (ils se dérouleront en janvier 2015 à Kreischberg, Autriche). Mes blessures rendent les choses plus délicates, j'ai mis un peu de côté ces objectifs même si j'espère toujours briller aux mondiaux. Je vais me concentrer sur mon ski, afin de revenir en forme et retrouver mon niveau. Je saurai où j'en suis après les premières courses.

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Quelles sont actuellement tes sensations sur les skis ?

Je ne suis pas encore à 100% de mes capacités, même si cela va nettement mieux qu'auparavant (rires). J'ai encore, certains jours, des douleurs dans les genoux. Les sensations sont plutôt bonnes sur les skis, il me faut encore un peu de temps.

Ton récent palmarès renforce t-il ta confiance en dépit de cette préparation tronquée ?

Il ne me donne pas forcément plus de confiance, cela serait exagéré (rires), mais j'ai évidemment de bons acquis avec mes résultats des saisons passées. Je préfère ne pas m'appuyer là-dessus car les adversaires évoluent tous les ans et, en été, chacun se trouve à un stade différent de sa préparation. Je n'ai pas cherché à me renseigner sur leurs performances. Les premières courses permettront donc de jauger le niveau général. Mais il faut être honnête, après deux titres, les adversaires ne te regardent plus de la même façon, ils savent ce dont tu es capable et t'observent automatiquement.

Comment s'est déroulé ton récent stage de préparation en Suède avec l'équipe de France ?

Nous sommes partis deux semaines vers Tarnaby, pour le dernier stage avant la reprise des compétitions et les ultimes réglages... Bon, les gros réglages pour moi (rires). Il y avait pas mal de neige, je suis satisfait de mon stage. Nous avons la chance d'avoir une équipe de France forte, très dense. Cela répartit la pression entre Jonathan, Arnaud et moi. Dans cette équipe de France, nous nous serrons les coudes, on se tire tous vers le haut. Cependant, je serai peut-être plus sollicité à Val Tho', avec mon titre olympique et le fait que je sois à domicile.

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Comment abordes-tu justement ces Coupes du monde de Val Thorens ?

Chaque année, cela va de mieux en mieux pour moi là-haut (rires). Val Tho accueille pour la troisième fois la compétition. En 2012, j'avais terminé septième, puis troisième en 2013. Cette course me tient à cœur, je suis toujours heureux de skier à la maison, j'y ai mes repères. Même si Val Tho' n'est pas mon principal objectif de la saison, j'évoluerai devant tous les gens qui me soutiennent. Cette compétition me coûte plus d'énergie qu'une autre coupe du monde, il y a davantage de sollicitations médiatiques du fait qu'elle se déroule en France. Nous autres athlètes avons également envie que le ski cross continue sur sa lancée des Jeux Olympiques, et s'impose comme une discipline phare des sports d'hiver. Cela demande beaucoup de temps et d'implication. Quoiqu'il en soit, je donnerai évidemment le maximum pour réaliser le meilleur résultat.

Ces médailles mondiales et olympiques ont-elles changé quelque chose à ta vie ?

Au niveau personnel, je suis resté le même (rires), j'ai toujours les mêmes copains, je sors quand je le souhaite. Je dirais que ces médailles m'ont apporté un peu plus de reconnaissance, au niveau de ma station de Val Thorens et vis-à-vis du public. Les gens me voient désormais comme un sportif qui a réussi. Concernant les sponsors, il y a eu forcément un impact mais je m'attendais à de plus grandes retombées. Cela reste encore difficile de trouver de nouveaux partenaires du fait de la crise. Mais globalement, ce n'est que du positif.

Jean-Frédéric Chapuis : "J'ai connu quatre mois de galère" (interview exclu)
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Le skicross a t-il profité de la médiatisation de votre triplé olympique ?

Oui, il est sûr que ce triplé a aidé. Depuis 2010 et l'entrée du ski cross aux Jeux Olympiques de Vancouver, on sent que l'engouement augmente autour de la discipline. Désormais, nous aimerions voir le ski cross sur des chaînes en clair, avec des retransmissions live ou des rediffusions, pour toucher un plus grand nombre de personnes. Notre sport s'est professionnalisé au niveau du matériel, de la préparation physique. Le staff de l'équipe de France est aujourd'hui composé de deux techniciens, trois entraîneurs, un kiné et un médecin. Notre groupe riders compte, lui, sept garçons et trois filles. Il y a vraiment une grosse structure, qui nous permet d'être performants.

Quels sont pour toi les points forts du ski cross ?

Le côté show avec les sauts, la confrontation directe entre riders, l'affrontement de quatre gladiateurs qui se défient sur la piste et se tirent la bourre. Cet "esprit Mario Kart" fait la force et le charme du skicross ! La discipline est très télégénique et très accessible pour les spectateurs, on comprend rapidement ce qu'il se passe, à la différence du ski alpin où on peut se perdre dans les chronos intermédiaires. De plus, la pression monte progressivement jusqu'à la finale, tout peut se passer en huitièmes, quarts et demies. Il y a également une belle polyvalence dans le tracé, avec des courbes de descente, de slalom et une partie freestyle grâce aux bosses. Les nouvelles disciplines freestyle comme le ski cross, le snowboardcross, le halfpipe et le slopestyle ont d'ailleurs cartonné aux Jeux Olympiques, elles ont réalisé les plus grosses audiences.

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Le stade de ski cross de Val Thorens portera désormais ton nom...

Tout à fait, nous allons inaugurer le 11 décembre, juste avant la coupe du monde, la piste Jean-Fréd Chapuis. Durant l'été, nous avons développé un nouveau concept qui va révolutionner le ski cross en station, en France et dans le monde. La piste de ski cross sera adaptée au plus grand nombre, avec de petites bosses, le tracé sera très sécurisé. Trois caméras seront installées et le chrono se déclenchera au départ du skieur. La personne pourra donc récupérer son temps, la vidéo de son passage et des vidéos du parcours. J'établirai le temps de base, les gens pourront ainsi se confronter à mon chrono ! Cela va donner une dimension supplémentaire au ski cross. Les amateurs disposeront d'un très bel outil pour s'amuser, seuls ou à plusieurs.

Tu es désormais ambassadeur de Val Thorens ?

Depuis les championnats du monde 2013, je travaille effectivement étroitement avec ma station. Le ski cross correspond vraiment à l'image jeune et dynamique de Val Tho, il y a un bel engouement pour la discipline. Il faut savoir que depuis deux ans, l'école du ski français de Val Thorens propose des stages compétitions axés sur le ski cross, et des cours particuliers avec des moniteurs. Mes résultats doivent avoir une certaine influence. Val Thorens fait partie de moi comme je fais partie de Val Thorens !

Source : AFP/FFS/Keystone