Jean-Frédéric Chapuis : "Je sors d'une saison usante" (exclu)

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Vainqueur de la coupe du monde de ski cross 2016, Jean-Frédéric Chapuis est revenu pour meltyXtrem sur un exercice usant physiquement et mentalement.

Côté résultats, il y a la satisfaction d'avoir glané un deuxième globe de cristal consécutif à l'issue de la coupe du monde de ski cross 2016. Mais après ce nouvel exercice, Jean-Frédéric Chapuis (27 ans) avoue une certaine usure "physique et mentale" après une saison longue et rythmée par de nombreux déplacements. Une situation qui explique peut-être sa contre-performance aux X Games d'Aspen (États-Unis), où il n'avait pas réussi à atteindre la finale. Mais le douanier de Val Thorens ne cache pourtant pas son plaisir d'avoir maintenu sa mainmise sur la discipline. Surtout, il garde la motivation pour aller chercher d'autres récompenses et souhaite continuer sa progression dans un sport qu'il défend. Sans aller trop vite malgré l'horizon 2018 qui approche avec les Jeux Olympiques d'hiver à Pyeongchang (Corée du Sud), il entend d'abord bien se régénérer. Il a expliqué tout cela à meltyXtrem dans un entretien exclusif. À lire aussi : X Games Aspen 2016 : Vidéos highlights de l'événement freestyle aux États-Unis.

Le bilan de la saison

"J'avais deux objectifs en début de saison : garder mon globe de cristal et faire une médaille aux X Games. À Aspen malheureusement, cela n'a pas bien marché du tout (9e), il y avait un peu de fatigue, j'ai accusé le coup avec le décalage horaire puis après je n'ai pas pris de bons départs et j'ai eu quelques soucis de glisse avec les skis. Je suis bien sûr vraiment content d'avoir pu garder ce globe de cristal de la discipline, cela a été assez intense car il y avait douze courses en trois mois, avec pas mal de déplacements. C'était une belle bataille avec les Canadiens Brady Leman et Christopher Delbosco. J'ai réussi à les battre quand il fallait, je remporte quatre étapes au final et je pense que j'aurais pu faire encore mieux, notamment à Arosa (Suisse) ou en Corée du Sud. Mais le globe était déjà assuré (sourire)."

Tu as déjà tout gagné dans ton sport…

"Ce n'est pas parce qu'on a déjà remporté une fois une compétition qu'on n'a plus envie de la gagner à nouveau donc je suis toujours aussi motivé sur des championnats du monde ou en coupe du monde. Cela fait toujours rêver et les deux prochaines années vont être excitantes avec les Mondiaux en 2017 et les Jeux Olympiques en 2018. Tant que je prends autant de plaisir qu'aujourd'hui à pratiquer mon sport, j'aurai toujours l'objectif de m'imposer dans ces compétitions."

La suite du programme

"Il y a toujours des tests à réaliser sur les skis pour avancer sur le matériel en vue de la saison prochaine. Cette saison m'a usé physiquement et mentalement car j'ai dû gérer pas mal de pression et il me reste quelques petits bobos donc j'ai besoin de bien me reposer avant d'enchaîner avec un nouveau cycle cet été."

La série Fight Ski Club

"L'objectif était de montrer le ski cross sous un autre angle, de voir ce qui se passe en dehors des courses. J'avais envie de partager ma vision et ma pratique de ce sport en apportant de la bonne humeur et de l'autodérision et on s'est inspiré du film Fight Club. On a aussi voulu utiliser le ski cross de Val Thorens pour permettre aux gens de s'essayer et de comparer leur temps au mien. Ce projet m'a pris pas mal de temps mais je pouvais compter sur une bonne équipe pour l'ajouter à mon programme. La station a pu profiter de cette exposition et pour ma part, il s'agissait de dévoiler un peu plus ma personnalité et me faire connaître autrement que sur mes skis. Il y aura à nouveau trois épisodes la saison prochaine, on est en train de les travailler, on a bien envie de poursuivre cette aventure."

Le ski cross, un sport rentable ?

"C'est toujours difficile de trouver des partenaires financiers, beaucoup moins en ce qui concerne les partenaires matériels. La fédération française de ski (FFS) me permet de financer mes déplacements et mes entraîneurs mais la stabilité financière est encore difficile à trouver. Il faudrait que le ski cross soit davantage télévisé, c'est un sport qui plaît et facile à comprendre, c'est impressionnant et spectaculaire, mais il faut passer un cap pour augmenter notre qualité de vie, à nous les athlètes. L'arrivée des JO en 2018 va sûrement nous permettre d'être visible mais il faudrait accentuer la visibilité sur les coupes du monde."

"Il y a eu une amélioration de mes revenus depuis 2010, c'est lié à mes résultats évidemment. Quand je gagne, je m'en sors bien mais quand je ne gagne pas, c'est plus délicat. C'est intéressant de gagner sa vie avec son sport mais je ne le fais pas pour gagner de l'argent, sinon je changerais de sport (rires) !"

Horizon Jeux Olympiques 2018

"En arrivant en Corée du Sud, j'ai été assez déçu du parcours car il y avait pas mal de parties plates. Et puis, au fur et à mesure des jours, cela allait mieux. C'est une piste assez intéressante même si ce n'est pas celle que je préfère. Mais il faudra faire avec dans tous les cas, j'ai pu prendre des repères et l'objectif est d'être le meilleur là-bas dans deux ans. Bien sûr j'ai envie de gagner à nouveau ce titre mais c'est un format assez inhabituel avec des courses d'un jour, c'est vite éliminatoire…"

"Je fonctionne vraiment saison par saison, il n'y a que quatre places disponibles en équipe de France sur les grands rendez-vous comme les championnats du monde ou les JO. On est à chaque fois huit riders donc il faut déjà arriver à se qualifier. Je ne me projette pas dans plusieurs saisons et je n'ai pas de plan de carrière donc on verra avec le temps. Je pourrais peut-être devenir entraîneur pour transmettre ce que le sport m'a appris mais j'aime bien aussi le monde de l'architecture ou encore l'automobile donc ce sont des voies possibles. Mais pour le moment, mon esprit est complètement orienté sur le ski cross."

Une double nationalité

"J'ai attaqué ma carrière de skieur par de l'alpin, j'ai suivi un cursus normal et j'ai buté aux portes de l'équipe de France dans cette discipline. J'ai demandé à changer de nationalité lors de ma dernière année en courant pour la Suisse. Mais il m'a encore manqué quelque chose pour intégrer l'équipe nationale… Mon problème était que j'étais bon dans toutes les disciplines mais il n'y en avait pas une dans laquelle j'étais le meilleur. En 2010, le ski cross a été ajouté au programme des JO et la discipline était plus en accord avec mes capacités. J'ai eu l'occasion de pouvoir m'entraîner avec l'équipe de France donc je suis revenu en Bleu (sourire)."