Jehan-Roland Guillot : "La tour de glace de Champagny est unique sur le circuit de coupe du monde" (interview exclu)

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Sélectionneur et entraîneur de l’équipe de France de cascade de glace, Jehan-Roland Guillot était à Champagny-en-Vanoise (La Plagne) pour l’unique étape française de la coupe du monde. meltyXtrem l'a rencontré à cette occasion.

Ancien athlète de l’équipe de France de cascade de glace, Jehan-Roland Guillot est aujourd’hui guide de haute montagne, sélectionneur et entraîneur du team France d’escalade sur glace depuis 2012. Originaire de Savoie, l’univers alpin coule dans ses veines depuis toujours. Véritable passionné de montagne et d’alpinisme, il accompagne les jeunes grimpeurs vers les sommets et fait parler son expérience et son savoir-faire sur les compétitions internationales. Jehan-Roland Guillot était aux cotés des espoirs français sur toutes les étapes de la coupe du monde de cascade de glace, meltyXtrem l’a rencontré à l’occasion de l’avant-dernière halte de leur tournée mondiale à Champagny-en-Vanoise (La Plagne).

Comment devient-on sélectionneur de l’équipe de France de cascade de glace ?

Il y a des obligations légales pour être sélectionneur et entraîneur de l’équipe de France. Il faut être guide de haute montagne d’une part et être un ancien international de cette discipline d’autre part. J’ai évolué pendant un certain temps dans la sélection France de cascade de glace et je suis guide de haute montagne depuis une dizaine d’années, aujourd’hui, entraîner la nouvelle génération est un véritable plaisir. La discipline évolue, le format des compétitions aussi, c’est excitant de faire partie de cette aventure aux cotés de ces jeunes athlètes talentueux et surmotivés !

Comment se concrétise ton rôle au sein de l’équipe de France au quotidien ?

Mes actions avec le team France sont d’ordre ponctuel mais répétées, ce n’est pas une activité au quotidien mais plutôt sur les week-ends. Les athlètes ont eux aussi une vie professionnelle, sociale et familiale. Si la discipline se professionnalise et évolue, ni le calendrier, ni l’économie de la cascade de glace ne permettent une pratique professionnelle à temps plein en France. Nous travaillons donc sur des week-ends et souvent sur des longs week-ends d’entraînement. On alterne différents types de préparation, aussi bien stratégique, physique, logistique et surtout beaucoup de préparation mentale.

Jehan-Roland Guillot : "La tour de glace de Champagny est unique sur le circuit de coupe du monde" (interview exclu)

A l’approche de la dernière étape en Russie, quel est ton bilan sur cette saison en coupe du monde ?

Cela fait une bonne dizaine d’années que l’on n’a pas eu des résultats aussi prometteurs et encourageants ! Principalement avec Coralie Jary chez les filles, qualifiée sur quasiment la totalité des demi-finales et des finales du circuit de la coupe du monde. Chez les hommes, la relève est là ! Les grimpeurs de l’équipe de France sont très jeunes, j’ai beaucoup d’espoir pour leur avenir en coupe du monde. Ils ont fait leurs preuves sur les compétitions juniors et aujourd’hui, ils font leurs armes dans l’élite ! Antonin Cecchini et Pierrick Fine étaient depuis trois ans en équipe de France espoir, Antonin vient tout juste de changer de catégorie et Pierrick vient d’être sacré vice-champion du monde junior à Saas Fee, en Suisse (ndlr : au lendemain de l'interview, Pierrick Fine a décroché la sixième place de la coupe du monde à Champagny). Yann Gérôme, doyen de la sélection, quant à lui, fait preuve d'une vraie polyvalence et peut aussi bien scorer en vitesse qu’en difficulté. Il est plein d’expérience, il la partage allègrement avec l’ensemble de l’équipe.

Jehan-Roland Guillot : "La tour de glace de Champagny est unique sur le circuit de coupe du monde" (interview exclu)

On a pu suivre le parcours du team France sur l’ensemble des étapes de la coupe du monde à Champagny-enVanoise, on découvre de nouveaux visages de l’escalade sur glace française, qui sont ces jeunes grimpeurs ?

Le règlement nous impose de ne présenter que huit athlètes par catégorie. Mais, quand on est le pays hôte, on a le droit à un triple quota, donc l’équipe A et l’équipe B sont présentes sur cette étape. On est content d’être ensemble, on a l‘habitude de grimper ensemble, d’aller en montagne ensemble, la tour de Champagny est un peu notre maison, c’est une belle fête et un honneur pour nous d’afficher l’escalade sur glace française à l’échelle mondiale.

Quels sont les avantages de concourir à la maison ?

Très simplement, on a fait la route hier et en une heure, une heure et demi et tout le monde était là ! À contrario, le week-end dernier, nous étions sur l’épreuve italienne de la coupe du monde à Rabenstein, les athlètes ont fait neuf heures de route sous une météo exécrable, ils sont arrivés déjà fatigués, ce qui s’est ressenti sur le classement. Nous faisons quelques entraînements sur la tour de Champagny-en-Vanoise. La sélection France s’est faite ici. Cette année, les conditions de glace étaient très délicates, le froid a mis très longtemps à s’installer, nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de nous entraîner dans les vraies conditions. Mais de connaître la glace de Champagny et l’architecture de la tour est un avantage indéniable.

Pourquoi la tour de Champagny-en-Vanoise est-elle considérée comme unique au monde ?

L’étape de coupe du monde est la seule étape qui se rapproche vraiment de l’idée traditionnelle d’escalade sur glace grâce à cette tour. Il y a beaucoup plus de glace ici que sur les autres structures du circuit, où le dry est souvent majoritaire. Typiquement sur l’étape américaine de Bozeman, il n’y a pas un centimètre de glace, en Suisse, la structure de glace est alimentée grâce à des poubelles de glace suspendues... Ici, il y a des vrais piliers de glace, merveilleusement bien entretenus par les équipes de Champagny-en-Vanoise. On a donc la possibilité de faire de la vraie escalade sur glace, il n’y a pas que des prises en résine ou en granit, c’est une vraie consistance, plus proche de la nature.

Jehan-Roland Guillot : "La tour de glace de Champagny est unique sur le circuit de coupe du monde" (interview exclu)

Pour finir, il est question que la cascade de glace devienne une discipline olympique, quel est ton avis sur le sujet ?

Les prochains Jeux Olympiques auront lieu en Corée du Sud, l’escalade sur glace est une discipline ancestrale là-bas. Je pense que la cascade de glace aurait tout à fait sa place dans le panel des sports à PyeongChang en 2018. Le comité international olympique réfléchit sur un format, l’attraction médiatique restant la priorité aux JO. Je pense que la vitesse pourrait vraiment avoir ses chances, c’est très impressionnant, ça va vite, à l’image du sprint en athlétisme, on est sur un format au chronomètre, simple à comprendre. La vitesse pourrait être un bon tremplin pour que l’escalade sur glace devienne une discipline à part entière aux Jeux.