Jokke Sommer : "La mort fait partie intégrante du base jump et du wingsuit" (interview exclu)

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D’abord passé par le FMX, le rider norvégien de 24 ans Jokke Sommer est devenu en moins de dix ans l’un des meilleurs base jumpeurs et wingsuiteurs du monde. De passage à Paris, il s’est confié à meltyXtrem sur la dangerosité de ces sports, sa préparation, et sa passion pour le vol.

Jokke Sommer est ce qu’on appelle un sportif de l’extrême. Né avec un guidon de motocross dans les mains, le rider de 24 ans a toujours rêvé de voler. C’est désormais chose faite puisque l’athlète norvégien Red Bull est devenu base jumpeur et wingsuiteur professionnel. Il fait partie des douze athlètes de l'extrême qui participent au programme NRK Assignments Sognefjord, où les participants traversent le monde entier et testent leurs limites. Très connu grâce à ses vidéos "The Perfect Flight", Jokke Sommer voyage toute l'année pour trouver les meilleurs spots. Dans cette interview, il raconte notamment sa passion pour le wingsuit et le base jump, sa préparation et ses projets pour le futur. A lire aussi : Jokke Sommer : Base jump depuis l'Olympiaturm à Munich (vidéo).

Tu as d’abord commencé par le FMX, en 2008. Comment as-tu basculé vers le base jump et le wingsuit ?

J’ai commencé le FMX, à 13 ans. C’était un hobby pour moi, j’en ai fait pendant sept ans. Je n’avais pas envie de faire de compétition. J’avais déjà dans la tête de faire du parachute mais personne n’avait envie d’en pratiquer avec moi au départ. Un jour, je devais m’entraîner avec le pilote FMX Andre Villa. Il m’a proposé de participer à des compétitions mais j’ai refusé et j’ai préféré partir faire du parachutisme avec mon ami Jørgen Eriksen. J’ai immédiatement apprécié le fait de me sentir libre. Mon plus gros rêve était de voler et donc de pratiquer le base jump puis le wingsuit. Je me suis beaucoup entraîné pendant deux mois aux Etats-Unis, en 2008, puis en Norvège pour un stage de base jump. C’est à ce moment-là que je me suis entièrement consacré à ces sports extrêmes.

Comment prépares-tu tes vols ?

Ce n’est pas vraiment le nombre de vols qui comptent. C'est plus la façon dont tu appréhendes tes sauts. Je m’entraîne beaucoup plus maintenant que les cinq premières années. C’est une véritable préparation pour connaître exactement le terrain, les conditions climatiques pour chaque saut. C’est la seule manière d’apprendre plus vite et de sauter de façon plus sûr. Pour bien savoir voler, il faut être patient et pratiquer les disciplines les unes après les autres, le parachute puis le base jump puis le wingsuit. Il ne faut pas sauter les étapes.

Où se passent les entraînements ?

Principalement à Dubai. La ville dispose des meilleures infrastructures et de la meilleure organisation pour sauter en toute sécurité. J’aime beaucoup cette ville parce qu’aucune autre ville dans le monde ne propose autant de moyens pour pratiquer le wingsuit et le base jump. C’est un vrai plaisir d’y aller. Il y a aussi de très bons spots en Norvège, d’où je viens. J’ai un entraîneur Petter Jhonson qui m’aide à bien me préparer et à bien appréhender tous mes sauts.

Comment analyses-tu les risques ?

Je me pose beaucoup de questions, en analysant le vent, le temps, le terrain où je saute. Je n’ai pas besoin d’ordinateurs ou d’objets électroniques. C’est quelque chose que je ressens.

Jokke Sommer : "La mort fait partie intégrante du base jump et du wingsuit" (interview exclu)

La mort de Ludovic Woerth a-t-elle changé ta façon de considérer ta discipline ? As-tu eu besoin de temps pour voler à nouveau ?

On savait avec Ludovic que le wingsuit est dangereux et que ça pourrait arriver à n’importe qui. J’y pense tous les jours, à chaque fois que je saute. Tu dois penser différemment lorsque tu es base jumpeur. J’ai perdu cinq amis par an depuis que je pratique ce sport. La mort fait partie intégrante de nos disciplines. La seule chose qui m’embête, c’est que Ludovic ne devait pas faire ce saut à la base. Cependant, il faut accepter ça. J’ai passé de très bons moments avec lui et je me souviendrai toujours de ces temps partagés avec mon ami Ludovic Woerth.

Que réponds-tu quand tu entends que le base jump et le wingsuit sont des sports pour les fous ?

C'est vrai que ces disciplines ont cette réputation. Mais il ne faut surtout pas oublier que ce sont des pratiques où tu n’as pas le droit à l’erreur. C’est très mental. Il y a des gens fous qui pensent être capables de faire ça. Mais faute d’entraînement et de pratique, ils meurent. Ce genre de personne ne survit pas plus de deux ans. Il faut bien prendre ça en compte. Il faut sans cesse faire de la prévention pour ne pas que cela se répète.

Il n’existe pas de fédération pour le wingsuit et le base jump. Serais-tu d’accord pour qu’un organisme se mette en place ?

Ce n’est pas facile parce que les pratiquants ne sont pas très nombreux. Après, je trouve qu’il serait bon de mettre en place plus de règles. Aujourd’hui, tu achètes du matériel et tu peux sauter. Il faut comprendre que c’est une pratique dangereuse qui nécessite beaucoup de travail en amont. Je pense que ce serait une bonne idée de créer une fédération.

Jokke Sommer : "La mort fait partie intégrante du base jump et du wingsuit" (interview exclu)

Peux-tu nous en dire plus sur une des tes plus belles performances, à l’Aiguille du Midi, à Chamonix ? Comment as-tu préparé cette performance ?

Mon vol en wingsuit depuis l'Aiguille du Midi, à Chamonix, reste un de mes sauts préférés, et en même temps une des performances les plus effrayantes de ma carrière. Mon vol en winsuit depuis l’Aiguille du Midi, à Chamonix, fait partie de mon top 3 de mes spots préférés. C’était incroyable. J’ai beaucoup aimé faire cette vidéo parce que c’est un des endroits les plus sensationnels pour un professionnel. Il faut vraiment être très bon pour sauter de là-bas. Avec l’altitude et la manque d’oxygène, il faut être bien préparé.

Comment vois-tu le wingsuit et le base jump dans dix ans ?

Je pense qu’il y aura encore plus de compétitions, comme le développement de la World Wingsuit League. C’est une épreuve de vitesse en wingsuit. Pour le moment, c’est basé principalement en Chine et au Brésil. De plus en plus de gens s’intéressent à cette compétition et je suis certain qu’on peut encore voir plus loin. Il y aura moins d’accidents je pense en mettant en place des règles plus stricts.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je vais travailler pour deux projets pour la télévision américaine. Je prépare de prochains "The Perfect Flight" sur Internet et également un documentaire. J’ai trouvé un spot pour le projet #JokkeJump. Les internautes ont voté pour que jesaute en base jump du parc national de Torres del Paine, au Chili. On est en train d’attendre les permis pour construire les infrastructures. Si cela ne fonctionne pas, j’ai d’autres idées d’emplacements, à Hawaii et en Afrique du Sud. Tout devrait être prêt pour l’hiver prochain, fin 2015 ou début 2016.