Justine Dupont : "Le surf de gros me fait vraiment vibrer" (interview exclu)

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Surfeuse professionnelle, Justine Dupont fait le tour de la planète pour vivre pleinement sa passion de l’océan. À l’approche du Swatch Girls Pro France 2014, elle s’est confiée à meltyXtrem dans une interview exclusive.

À 22 ans, Justine Dupont est une épicurienne du surf. Elle pratique trois disciplines (le shortboard, le longboard et le surf de grosses vagues) et s’épanouit dans cette polyvalence. Ses résultats parlent pour elle : troisième des mondiaux de longboard en 2009, 2010 et 2013, Justine fut vice-championne du monde junior 2011 de shortboard. Dans cette discipline, elle fut aussi, en 2012 à Estoril, la première surfeuse européenne vainqueure d’un WQS 6 étoiles. Un statut de pionnière qui accompagne également la Canaulaise en surf de gros : le 28 octobre 2013, Justine domptait la vague géante de Belharra (Pays Basque), haute de quinze mètres. Soit la plus grosse vague jamais surfée par une femme en Europe. Car Justine Dupont a le cœur bien accroché, et celui-ci palpite désormais pour le surf de gros. La rideuse demeure cependant très attachée à la compétition : elle sera sur le Swatch Girls Pro France le 20 août prochain à Hossegor. Un rendez-vous WQS 6 étoiles qui s’annonce particulier pour la nouvelle recrue du Team Swatch, d'autant que le Girls Pro offrira une wild-card qualificative pour le Swatch Women's Pro Trestles, épreuve WCT organisée des 9 au 20 septembre prochains. En vraie amoureuse de la glisse, Justine Dupont s’est confiée à meltyXtrem sur sa vie de surfeuse pro !

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Justine, vous évoluerez encore à domicile sur le Swatch Girls Pro France, à Hossegor. Comment vous-sentez-vous à moins d'un mois de l’événement (20-24 août) ?

J’aime beaucoup cette compète, je me sens prête, mais il reste encore du temps. Mon mois de juillet est consacré à l’entraînement, puis j’ai trois compétitions qui s’enchaînent en août, dont le Swatch. Pour le moment, je me prépare à ces trois événements (le SuperGirl Pro aura lieu du 8 au 10 août, le Swatch Girls Pro France du 20 au 24 août et le Pantin Classic Galicia Pro se disputera entre 26 et le 31 août, ndlr). Je n’ai pas de préparation particulière pour le Girls Pro par rapport aux autres rendez-vous. Cela dépendra aussi de mes résultats dans la compétition qui précède.

Vous qui surfez ces vagues régulièrement, comment définiriez-vous ce spot d'Hossegor ?

J’aime beaucoup ce spot, c’est un beach break donc c’est un spot qui change beaucoup. Il faut toujours savoir s’adapter, c’est la particularité du surf que j’aime. De plus, je préfère les vagues de sable comme celles des Landes, je les connais plus que les vagues de reef ou autres. J’ai de la chance car sur le Swatch, il y a des vagues de sable. Et puis, en général, en compétition, on arrive souvent une petite semaine avant sur le spot, mais là j’habite juste en face donc c’est parfait (rires) !

Vous pourrez également compter sur le soutien de vos fans. Cela apporte-t-il un surplus d'énergie ?

Oui, c’est agréable car avant la série, et surtout après, tout le monde vient nous rencontrer. Il y a deux ans, sur le Swatch, et même l’année dernière, il y a eu quelques sessions où les vagues étaient très près du bord. On pouvait vraiment entendre les spectateurs, les voir. Quand j’avais perdu ma série en 2013, j’étais contente que les gens viennent m’encourager et demander des autographes. Tous avaient le sourire et, forcément, cela redonne le moral, cela fait du bien de se sentir soutenue. Ces deux dernières années, j’étais même un peu étonnée de voir ces gens qui me reconnaissaient et qui venaient en partie pour me voir. Cela fait plaisir, je le prends vraiment de manière positive, plus que comme une pression. Ces encouragements m’aident à performer et me poussent vers le haut. Le public est vraiment cool, ils ne vont pas me dire que je suis tombée (rires) ! Je suis vraiment contente quand les gens me soutiennent.

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Vous allez participer à un événement sponsorisé par un partenaire personnel (Swatch), cela représente-t-il un rendez-vous particulier ?

J’ai fait toutes les compétitions Swatch en surf, il me semble. Cette année, je suis encore plus heureuse de représenter la France et l’Europe et de faire également partie du team Swatch, c’est un petit bonus.

Courtney Conlogue a remporté deux fois le Swatch Girls Pro France. Est-elle votre principale rivale ?

Ma principale rivale est avant tout moi-même ! C’est une compétition, donc il faut donner le meilleur de soi. Après, il va falloir que je batte Courtney pour ne pas que l'expression "Jamais deux sans trois" se reproduise (rires) ! Les surfeuses étrangères aiment beaucoup cette épreuve. Toutes les compètes Swatch sont quand même réputées pour avoir une super organisation et proposer un beau spectacle. Comme chaque année, beaucoup de surfeuses internationales seront donc présentes. Toute compétitrice est une rivale, cela se jouera sur l’eau ! Il reste encore un peu de temps pour les dernières inscriptions, mais il y aura les filles que je retrouve toute l’année en compétition. Cela sera la revanche à domicile face aux étrangères. En général, je vais surfer chez elles. Ça fait plaisir que ce soit le contraire, nous avons de la chance d’avoir une compète en France !

Vous êtes alignée dans trois disciplines (surf, shortboard, longboard), comment gérez-vous la fatigue ?

J’ai la chance que le calendrier me permette de jongler entre ces disciplines, c’est donc un gros avantage. Au final, il s’agit à chaque fois de surf et de glisse. Je prends autant de plaisir en shortboard qu’en longboard. Au niveau des manœuvres, des planches, ces disciplines sont très complémentaires et enrichissent ma pratique. Le surf de grosses vagues, c’est vraiment quelque chose qui est en moi, qui me fait vraiment vibrer. Dès que les conditions sont là, je ne me pose pas de questions et j’y vais !

Justine Dupont : "Le surf de gros me fait vraiment vibrer" (interview exclu)

Quelle analyse faites-vous de votre début de saison sur le circuit WQS ?

Pour le moment, ce n’est pas mon meilleur début de saison, mais il reste encore trois compétitions, tout reste vraiment à faire. J’ai également changé ma façon de m’entraîner et d’aborder les épreuves. Il n’y a pas encore de répercussion mais vu le temps que je passe dans l’océan et mon implication, cela va finir par payer ! Normalement il n’y a pas de soucis, je peux encore tout rattraper… C’est aussi un défi (sourire) !

De quelles surfeuses du Tour vous sentez-vous la plus proche ? Les Françaises ou les autres ?

(Sans hésiter) Les Françaises ! On s’entend bien, cela fait un moment que l’on participe à des compétitions en France et en Europe. Désormais, en se retrouvant sur le Tour mondial, on est un peu moins en concurrence car nous avons un peu moins de séries l’une contre l’autre. C’est d’autant plus sympa de partager des moments avec elles, j’adore repartir à chaque fois en voyage car je sais que je vais les retrouver (sourire). Elles sont mes copines, on passe de bons moments ensemble ! J’en ai connu certaines au lycée, d’autres sur les Pro Juniors en Europe et sur les podiums (rires). L’équipe de France soude également. Mais je m’entends bien aussi avec les autres filles du circuit !

Comment se passe votre préparation avant un heat ?

Je me focalise sur ma série à suivre, sur le placement et les notations des vagues. Je ne vais ensuite pas comparer avec les autres filles, ça ne sert à rien, c’est ma série et mon surf. Entre les heats, à Hossegor, j’ai la chance d’habiter vraiment derrière la dune à pied, donc je peux repartir chez moi pour me poser et ne pas griller mon énergie. Une heure avant la série, je prends du recul et je vais sur la dune pour observer le spot. J’ai besoin d’avoir mon petit moment à l’écart, pour me retrouver.

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Vous avez surfé Belharra à trois reprises, dont la dernière en janvier 2014. Les sensations sont-elles toujours aussi fortes ?

Oui, les sessions de grosses vagues sont toutes différentes. Il y a deux ans j’étais en Irlande, pour ma première session de gros avec des surfeurs du team Billabong Adventure. Cela s’était bien passé. Puis, en octobre 2013, j’ai vécu ma première session de gros à Belharra. C’était l’inconnu, je ne savais pas si j’en étais capable ou non. La seconde fois, en décembre dernier, les vagues étaient plus grosses donc je me demandais : "Est-ce que je vais réussir à surfer une vague de cette taille-là ?" François Liets me tractait jusqu’à présent en jet ski mais, la troisième fois, j’ai essayé de prendre les vagues à la rame. C’est mon prochain objectif. J’espère multiplier les sessions, être à l’aise dans l’océan, ramer et prendre le plus de vagues possible… dont les grosses !

Depuis que vous pratiquez le surf de gros, avez-vous pu rencontrer les surfeurs du Big Wave World Tour ?

À Belharra, la troisième fois (7 janvier 2014, ndlr), il y avait Shane Dorian, Benjamin Sanchis, Jamie Mitchell et Grant Baker. J’ai eu la chance d’avoir directement les conseils des plus grands. Ce sont mes débuts dans la discipline donc je les écoute, ils connaissent mon niveau. François Liets me parle également beaucoup, entre nous cela marche souvent au défi ! Les amis motivés qui veulent me suivre sur ce genre de sessions m’aident aussi vraiment, même si c'est au départ une motivation personnelle. Pour l’instant, j’ai une grosse envie de surfer les grosses vagues. Il n’y a pas de secret, il faut prendre sa planche et y aller ! Le surf de gros, c’est une ambiance, des moments de partage sur l’eau en plus de l’adrénaline. Il y a de belles valeurs et un respect mutuel.

Comment jugez-vous la place du surf féminin dans la pratique de ce sport ?

Je pense qu’il y a une vraie progression à ce niveau, notre Tour féminin en témoigne. L’annonce de la compète à Trestles était une surprise (c'est la première fois que Trestles accueillera une étape féminine sur le circuit WCT, ndlr), cela sera encore une belle opportunité pour les filles. Cela fait plaisir aux surfeuses et il y a beaucoup plus de spectacle. Le surf féminin a un côté sexy, mais on associe désormais notre sport à une nana qui sait glisser sur de vraies et belles vagues. De manière générale, il faut gagner ses vagues comme les garçons, nous n’avons pas de traitement de faveur sur l’eau. C’est bien aussi (sourire) !

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Avez-vous repéré quelques filles qui pourraient représenter la relève du surf français ?

Non, pas vraiment. Mais à mes yeux, le mental est bien plus important que la technique. À 14 ans par exemple, il n’y a qu’un seul mot qui compte pour des jeunes surfeuses : la motivation. Il n’y a pas photo, le niveau technique n’est pas essentiel à cet âge-là. Évidemment, au bout d’un moment il faut savoir faire une manœuvre sur une vague pour avoir les points ! Il faut être passionné en surf, aimer ça mais il n’y a pas de raison de ne pas aimer (rires).

Comment vous définiriez-vous en tant que surfeuse ?

Je suis une polyvalente ! Je suis une surfeuse passionnée de l’océan, avec la vague du jour et la planche du jour, celle qui m’apporte le plus de plaisir. Mon essence est le plaisir, la passion, c’est ce qui me fait avancer. Pour l’instant je continue la compétition parce que j’aime ça. Le surf de gros, lui, m’attire de plus en plus… Je ne fais que les choses que j’aime, j’ai surtout la chance d’avoir des partenaires qui me suivent pour continuer de surfer ! Aujourd’hui, je fais plus de la compétition shortboard mais j’aimerais également gagner un jour le titre mondial en longboard, je pense pouvoir y prétendre. J’ai vraiment envie de me préparer pour faire une carrière de surfeuse de gros par la suite. Mais le surf de compétition est pour le moment ma priorité. Les compétitions ajoutées au calendrier me donnent une nouvelle motivation. Avant toute chose, je dois évoluer techniquement en shortboard, dans l’entraînement et en compétition. Cela m’apportera forcément un plus pour le surf de grosses vagues.

Comment estimez-vous votre marge de progression ?

J'ai une marge de progression dans la tête (sourire). Je travaille actuellement sur mon mental de compétition, c’est la première fois que je fais cela, on verra sur la prochaine épreuve ce que cela donne. Cela va également m’apporter des choses au niveau personnel et dans mon surf de gros. Ce sont des petits réglages à effectuer. J’aime le surf pour la liberté mais, en compétition, il y a un temps imparti, des juges, des notes, des règles et plus de pression avec ce monde qui nous regarde prendre des vagues.

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Vous faites partie du projet "Cap ô pas Cap", qui a pour objectif de rejoindre l'Antarctique depuis le Cap Horn en paddleboard. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai rencontré Alexandra Lux et Stéphanie Geyer-Barneix lors d’un raid sportif, qui avait pour thème la protection de l’eau. Cela me tenait à cœur de participer car je suis tous les jours dans l’océan. Je venais de me blesser, je suis restée deux mois à retravailler mon bras alors que j’étais arrivée au sommet de mon surf de compétition. C’était tellement frustrant… J’ai toujours aimé ouvrir mon esprit à de nouveaux horizons. Je me suis bien entendue avec ces deux nanas, je leur ai posé des questions sur leur ancien défi (la traversée, en 2009, de l’Atlantique Nord en paddleboard, ndlr) et ça m’a complètement parlé. Je n’avais pas encore surfé Belharra mais je commençais à aimer de plus en plus les challenges. Il y a vraiment des points communs entre ce qu’elles ont vécu et le surf de gros.

L' entraînement auquel vous avez participé en juin reliant la Corse à Monaco était-il conforme à vos attentes ?

Complètement, cela ressemble vraiment au surf de gros dans l’aspect défi, adrénaline, force mentale, implication personnelle. Nous avons fait les premiers tests pour des petits réglages sur les planches. Nous aurons un autre test en octobre en Bretagne. Cet entraînement nous a permis de partager des moments forts et des moments plus durs, en nocturne. C’est ça que je retrouve dans le surf de gros : pouvoir partager les bons moments avec François lorsque je prends une vague, mais également le côté adrénaline. La vague est là et tout dépend de toi. Soit tu vas tomber au premier clapot, soit tu vas réussir à faire toute la vague et t’éclater dessus… Pour ce projet Cap ô pas Cap, j’ai pris conscience du côté défi (1 500 km à la force des bras dans une eau à 3°C, ndlr) et cela me plaît de pouvoir repousser mes limites. Je suis fière de participer, cela me permettra peut-être de prendre ensuite une vague encore plus grosse à la rame, à Belharra ou ailleurs. C’est vraiment une belle aventure et je prends conscience de l’ampleur du challenge, on en reparlera quand je l’aurai fini (rires).

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