Kilian Jornet "aime partager ses aventures", interview exclu de Vivian Bruchez

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Vivian Bruchez accompagne Kilian Jornet dans ses exploits sportifs en tant qu'assistant en images additionnelles, aux côtés de Sébastien Montaz. meltyXtrem l'a rencontré pour une interview exclusive.

meltyXtrem vous avait déjà parlé de Vivian Bruchez à l'occasion du film "T'es pas bien là" , présenté en 2013 lors de Montagne en Scène. Nous avons retrouvé le skieur et guide de haute montagne pour l'édition 2014 de ce festival du film de la montagne dans les couloirs du Zenith de Paris, théâtre de la projection de tous les edits. Dont "Déjame vivir", le dernier épisode de la saga "Summits of my life", un projet porté par Kilian Jornet dans sa quête des plus sommets du monde. En tant qu'assistant en images additionnelles, Vivian Bruchez vit au plus près les exploits du Catalan, même s'il avoue ne pas réussir à le suivre à tous les coups… Il est revenu sur sa rencontre et sa relation avec le meilleur traileur actuel, son rôle dans le tournage des films ainsi que son parcours personnel. Qui le mène aujourd'hui vers les sommets. À lire aussi : Sébastien Montaz : "Kilian Jornet a choisi de se tourner vers les sommets" (interview exclu).

Vivian Bruchez, comment vous définiriez-vous aujourd'hui ?

J'ai pas mal de profils différents mais je me qualifierais avant tout comme un professionnel de la montagne car je suis guide à Chamonix. La compagnie des guides y est une véritable institution. Je suis également entraîneur de ski alpin, c'est comme cela que je me définirais le mieux aujourd'hui. Après, j'ai une vraie passion pour le ski, le skicross, le freeride… Et puis, c'est devenu la pente raide.

Comment devient-on l'assistant de Sébastien Montaz sur des films de haute montagne ?

J'avais fait le tour des compétitions et je n'étais plus forcément motivé pour prendre des départs, surtout en alpin. Pas parce que je n'avais plus le niveau mais j'avais vraiment envie de passer le métier de guide, j'avais 17-18 ans. C'est l'appel des montagnes qui m'a fait arrêter la compétition. Je suis engagé sur le projet "Déjame Vivir" depuis le début et c'est lié au fait que je connais Sébastien Montaz depuis cinq ans. C'est lui qui m'a introduit dans les aventures de Kilian Jornet de par mon activité de guide. D'abord comme assistant de sécurité, puis maintenant en tant qu'assistant en images additionnelles.

Kilian Jornet "aime partager ses aventures", interview exclu de Vivian Bruchez

Comment votre passé de sportif vous aide-t-il dans ce métier ?

En fait, c'est super formateur d'avoir connu la compétition car quand tu passes ensuite à la montagne et que tu te retrouves dans des conditions délicates, l'esprit que tu as développé en compétition t'aide à repousser tes limites, à aller plus loin, à te dépasser. Je garde aussi une forme de préparation. Tout est calculé en montagne, ne serait-ce que sur les itinéraires à emprunter. On ne se balance jamais dans une pente au hasard. On définit un plan A, un plan B, un plan C. Après, il y a toujours une part d'aventure et heureusement car c'est ce qu'on recherche.

Parlez-nous du projet "Déjame Vivir"…

Ce qui est bien dans ce film, c'est qu'il y a à la fois la réussite des ascensions du Mont-Blanc et du Cervin, et l'échec au mont Elbrouz. Mais on était tout aussi heureux d'être là-bas même si Kilian n'a pas pu aller jusqu'au sommet. Cela montre que ce n'est pas une science exacte, c'est la montagne ! Kilian Jornet ne peut pas toujours tout réussir du premier coup.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez en montagne ?

Filmer en montagne, c'est particulier parce que l'environnement n'est pas très sécurisé. La grosse difficulté c'est que tu n'as pas le droit à l'erreur parce qu'avec Kilian, tout va très vite. Tu n'as pas le temps de refaire une prise. Mais c'est ça qui fait le film ! Il y a des images où tu trembles, forcément, mais tu fais ressentir le froid. Et c'est quelque chose d'important pour celui qui découvre le film, il a l'impression d'y être. Après, il y a l'aspect matériel bien sûr. En montagne, ton ennemi c'est le poids, donc il faut prendre uniquement ce dont tu as besoin. Tu te limites à un boitier avec un objectif, ou même uniquement des caméras embarquées.

Dans les projets sur le long terme que l'on prépare, il faut être bon au bon moment. Quand tu repères une ligne depuis plusieurs années, tu n'as pas plusieurs occasions de te retrouver face à la pente. Donc il faut que le jour J, tu sois prêt l'affronter. Il faut également que tout soit réuni pour que ton projet aboutisse : la météo, ton compagnon, ton mental. Mais si toi tu n'es pas bon à ce moment-là, tu ne vas rien faire.

Comment s'articule l'équipe autour de Kilian Jornet ?

L'équipe est très petite. En gros, il y a Sébastien Montaz et moi qui l'accompagnons, Mathéo Jacquemoud et Emelie Forsberg (sa petite amie, ndlr). Je me souviens de l'ascension sur le mont McKinley, on a croisé des alpinistes qui savaient que Kilian était là. Ils nous racontaient qu'ils s'attendaient à voir une équipe énorme autour de lui. Alors qu'on était ultra léger en fait !

En ce qui me concerne, vis-à-vis de Seb' (Montaz), je dois tout mettre en place pour qu'il aille plus vite. Ça peut être des choses toutes bêtes comme le fait de changer des objectifs, lui porter son sac sur 100 mètres, faire une trace pour l'équipe. Parfois, ce sont des actions qui n'ont rien à voir avec le tournage du film, mais cela fait avancer l'équipe. Il faut savoir être polyvalent, travailler vite et… une part de talent quand même. Tout cela donne une bonne énergie !

Kilian Jornet "aime partager ses aventures", interview exclu de Vivian Bruchez
Kilian Jornet "aime partager ses aventures", interview exclu de Vivian Bruchez

Comment s'est déroulée ta rencontre avec Kilian Jornet ?

La première fois, je courais derrière lui et Sébastien Montaz et j'étais tombé dans la forêt. Je n'étais pas capable de le suivre mais ce n'est pas pour ça qu'il m'a jugé. Maintenant, avec de l'entraînement, je peux mieux le suivre (sourire). Mais lui n'était jamais entré dans ma pratique de la pente raide, ce que je lui ai fait découvrir par la suite.

On imagine que les liens doivent être forts entre vous désormais…

Quand tu passes seize jours en communauté avec une personne, seize nuits dans une tente, en totale autonomie, tu dois gérer ta nourriture, faire ton eau… Par la force des choses, tu es obligé de te rapprocher des personnes avec lesquelles tu vis l'aventure. Mais avant ça, il y a forcément une question de feeling, tu ne peux pas vivre cela avec n'importe qui. Nous, on s'entend bien au départ, et on vit en plus des émotions fortes ensemble. J'ai le souvenir de la descente du Cervin avec Kilian, tu es content d'être à ses côtés à ce moment-là et lui est content que tu fasses partie de l'aventure. C'est un partage !