Christophe Dumarest, alpiniste, raconte les 18 jours passés dans le massif chinois du Siguniang Shan

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Maris Rozenblats, vainqueur d’une sélection organisée par Gore-Tex a passé 18 jours d’alpinisme de haut niveau dans le massif du Siguniang Shan en Chine en compagnie de Christophe Dumarest et d’alpinistes chinois. Récit.

18 jours d’alpinisme de haut niveau dans le massif du Siguniang Shan (Chine), en compagnie d’alpinistes chinois et français dont Christophe Dumarest, du Team Gore-Tex : tel était leprogramme proposé à Maris Rozenblats, originaire de Lettonie, le gagnant de la sélection organisée par la marque au travers de la plateforme www.experience-tour.com. L’aventure dans les régions montagneuses de la Chine (décidément à la mode avec à le Chinois Da Wei qui s’arrachait récemment sur la montagne blanche de Yangshuo) vient de s’achever. Christophe Dumarest livre ses premières impressions :

« Chamoniards d’adoption, Mauriennais, Chablaisien, Gapençais,Annecien et… Letton (Maris, le gagnant du concours Gore-Tex )… Telles sont les équipes qui ont commencé ce voyage par la découverte d’un étonnant site d’escalade traditionnelle de grès dans la région du Yunnan, non loin de la ville de Lijiang ; l’occasion pour nous tous de faire connaissance et surtout d’éprouver nos cordées au détour des belles fissures de grès qui caractérisent l’escalade à cet endroit. Pour ce voyage nous avons la chance d’être accompagnés de quatre grimpeuses, Fanny, Mélanie, Chloé et Marion (les fameuses« Panik » à Baffin). »

Christophe Dumarest, alpiniste, raconte les 18 jours passés dans le massif chinois du Siguniang Shan

« Après quatre jours passés à Laojun accrochés aux tours de grès, nous avons poursuivi le voyage à bord de deux4X4 pour un parcours de près de 1200 km à la découverte des hauts plateaux tibétains. Un voyage dans le voyage àla rencontre de paysages étonnants et de locaux toujours très accueillants.Arrivés à Rilong depuis une semaine, Damien Tomasi et Jérôme Para ne nous avaient pas attendu pour ouvrir le bal. Nous découvrons le tracé de leur nouvelle ascension sur le Daogou, un sommet de 5466 m. Une stimulation supplémentaire pour accéder le plus vite possible à nos différents objectifs. »

« Nous attaquons l’acclimatation deux jours après notre arrivée en mixant nos cordées avec nos amis chinois. La communication n’est pas toujours facile, même avec ceux qui parlent anglais. La motivation semble traverser les frontières et nos nouveaux compagnons sont aussi enthousiastes que nous à l’approche des sommets. Leur présence nous facilite grandement les échanges avec les locaux et autres muletiers pour l’accès aux parois.Les groupes sont disséminés dans deux vallées différentes, nous remontons les pentes au pied du Siguniang pour établir notre camp debase. Le lendemain nous choisissons une belle arête aérienne pour faire connaissance avec Konrua, notre partenaire chinois. Nous le laissons grimper devant, même si la progression est un peu plus lente que pour nous dans les passages mixtes, les techniques de « dry-tooling » semblent lui faire un peu défaut, mais l’enthousiasme est bien présent. Pour des questions de calendrier, Maris, le vainqueur du concours Gore-Tex est dans l’autre vallée avec Christian Trommsdorff et Marion Poitevin. »

« Dès le lendemain, avec Thomas Vialletet nous réussissons à ouvrir unetrès belle ligne sur un sommet probablement vierge à 5600 m avecl’ascension d’une goulotte évidente dans une zone de faiblesse versant Nord. Partis avec un seul sac à dos, nous choisissons l’option « fast andlight » et malgré le froid bien présent, tout se passe bien.Avec la descente du Jet Stream (un fort vent d’altitude) et l’approche de l’hiver sur les montagnes du Siguniang, les températures chutent et le vent rend problématique les tentatives d’altitude.C’est notamment pour cette raison que malgré une grosse motivation et un ciel dégagé, aucune des équipes présentes lors de notre tentative du Siguniang par la face Sud n’a puatteindre le sommet les jours suivants. Jérôme et Damien levés tôt et partis depuis leur bivouac situé à 5400m ont réussi à rejoindre l’arête terminale 200 m au-dessus de nous.

Christophe Dumarest, alpiniste, raconte les 18 jours passés dans le massif chinois du Siguniang Shan

De notre côté, après un bivouac glacial, les fesses sur une vire de neige à 5800 m, nous n’avons pas osé forcer les pentes plaquées et les corniches vertigineuses de l’arête Est. Malgré la fatigue, le froid et l’absence de sommet, toute l’équipe s’est retrouvée à Rilong pour clôturer l’expédition par une fête franco-chinoise mémorable. Seul absent, Maris, parti plus tôt pour des raisonsprofessionnelles, avec qui il faudra combler cette lacune, certainement dans un des endroits animés deChamonix… »

« Ce voyage dans la partie occidentale de la Chine a tenu toutes sespromesses. Nous avons découvert un pays en pleine mutation et d’un dynamisme étonnant. Si, d’après certains chinois, de gros bouleversements sont à prévoir d’ici deux ou trois ans, la Chine reste une destination alpine de choix. Dans les vallées qui bordent le Siguniang (6200m), tout reste à faire et au-delà des contraintes du permis, de la barrière de la langue, le Sichuan se révèle être une destination exceptionnelle. De ce périple en Chine je conserverai l’image de la diversité des paysages rencontrés à travers notre « RoadTrip », la présence réconfortante et parfois étouffante du riz présent à chaque repas, mais surtout des sensations de grandes libertés lors de nos ascensions et approches, au coeur de ces vallées sauvages. Encerclées à la fois par un capitalisme sauvage vorace et par une riche culture multimillénaire, les montagnesdu Sichuan réservent encore de grands moments d’alpinisme. »

Christophe Dumarest, alpiniste, raconte les 18 jours passés dans le massif chinois du Siguniang Shan