L’interview première fois d’Alexis Pinturault

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Au-delà d’une saison terminée en boulet de canon, Alexis Pinturault dévoile ici l’autre facette du champion de ski qu’il est devenu : sa première médaille, sa première à Kitzbühel, son premier sponsor…

" Non, le ski n’est pas encore terminé, je vais rechausser jusqu’à la fin avril et profiter des bonnes conditions que l’on a en ce moment. " La saison de coupe du monde s’est achevée le 20 mars dernier pour Alexis Pinturault, mais le Français, qui a égalé cette saison Jean-Claude Killy au nombre de victoires, est encore loin d’avoir raccroché les skis. Champion de France de slalom et de géant aux Ménuires il y a dix jours (un géant avec quatre Français dans les sept meilleurs mondiaux de la spécialité), le skieur de Courchevel a ensuite fait un petit détour par Paris la semaine suivante avant de repartir dans les Alpes pour plusieurs séances de test avec son équipementier. " C’est une époque à laquelle on teste du matos pour la saison d’après, explique-t-il. Les vacances, ce sera pour le mois de mai. " En attendant, c’était donc la tournée des médias à un rythme effréné pour le skieur de Courchevel qui vient de fêter ses 25 ans le 20 mars dernier. Et histoire de lui éviter de raconter une nouvelle fois son épopée de fin de saison, on lui a concocté une interview "première fois"… A lire aussi : Coupe du monde de ski alpin 2016 : Classements généraux des globes de cristal.

Première victoire en ski ?

J’étais en microbe je crois (il réfléchit)… Oui, c’est ça, et ce n’était même pas en ski alpin. A l’époque, dans les petites catégories, quand on entrait en club, on découvrait dès l’âge de six ans et pendant deux ou trois saisons plusieurs sports d’hiver dont le saut à ski, le ski de fond et le ski alpin. On alternait entre ces trois là. Paradoxalement donc, ma première victoire était en saut à ski.

Où est la première médaille que tu as remportée ?

Probablement dans mon appartement de Courchevel. On y a installé les coupes que l’on a gagnées avec ma sœur, mon frère et moi.

Première chose que tu fais quand tu arrives à Courchevel ?

Je vais à l’hôtel de mon père (qui est directeur de l’hôtel cinq étoiles Annapurna) d’autant qu’il est tout près de là où j’habite. Je vais dire bonjour à tout le monde. Et évidemment, je vais voir les amis que j’ai pour la plupart connus à travers le ski, sauf un qui est mon ami d’enfance.

Première objet que tu mets dans ta valise avant de partir en compétition ?

Mes chaussures de ski. Contrairement au reste de l’équipement, ce sont les skieurs qui les ont avec eux. C’est l’objet à ne pas perdre, d’autant que l’on garde la même paire toute la saison. Elles sont personnalisées, adaptées à nos pieds et on ne peut pas en faire un modèle identique aussi rapidement que ça. Si on casse une paire de ski ou que l’on en perd une, c’est moins un soucis.

Première rencontre avec Marcel Hirscher ?

Sur une compétition, aux championnats du monde junior en 2009 à Garmisch. J’avais gagné le géant et lui avait terminé troisième ce jour-là. Sachant qu’à cette époque, Marcel était déjà un excellent skieur, qui faisait partie des 15 meilleurs skieurs en coupe du monde. Il avait déjà signé quelques podiums et tout le monde le voyait arriver très haut.

Justement, première fois que tu as été découragé par rapport à Hirscher pour aller chercher le général de la coupe du monde (que l’Autrichien a remporté cinq fois de suite, dont la dernière cette saison).

Ça ne m’a jamais découragé. Mais tous les ans, on se rend compte à quel point il est très fort. Je sais qu’il y a encore un cap à franchir pour aller le chercher. Dès l’année prochaine ? Trop tôt pour le dire mais l’objectif est de continuer à progresser et de jouer ce gros globe jusqu''au bout.

Première fois que le regard des concurrents a changé sur toi ?

Probablement lors de mon deuxième podium en coupe du monde en 2011. Sur le premier à Kranjska Gora (Slovénie) qui était l’avant-dernière épreuve de la saison 2010/2011, je termine deuxième à deux centièmes de la victoire (derrière le Suisse Carlo Janka). Mais j’étais encore loin d’être dans les meilleurs du général à l’époque. Je devais être au-delà de la trentième place, pas du tout connu. J’étais donc attendu sur la dernière course de la saison pour confirmer, mais elle avait été annulée. Ensuite, l’hiver d’après, tout le monde m’avait un peu oublié et là, dès la première épreuve, je fais deuxième (derrière Ted Ligety à Sölden). C’est à ce moment-là que les autres se sont dit que mon podium de la saison précédente n’était pas un coup de chance. Je confirmais.

La première fois que tu t’es dit que tu allais devenir skieur pro ?

Je ne me suis jamais réellement dit ça. Je savais que je voulais percer dans le sport, car j’en ai toujours beaucoup fait et j’adorais ça. Mais il a fallu attendre assez tard pour que je me dise concrètement que je pourrais faire carrière dans le ski. C’est justement intervenu aux championnats du monde junior en 2009 où je termine devant Hirscher notamment. Je prends conscience que j'ai la possibilité de battre un type de ce niveau et que je peux moi-aussi jouer une belle carte chez les grands. L’encadrement me disait déjà que j’avais du potentiel et que j’étais fort techniquement, mais j’en avais moins conscience quand j’étais jeune. J’avais du mal à les croire (rires).

La première grosse chute en coupe du monde ?

Cette année à Beaver Creek en début de saison (chute sur laquelle il tape fort le sol avec la tête, cassant même la sangle de sécurité de son casque sur le coup). J’étais déjà tombé avant, mais sans gravité, alors que celle-là a eu des conséquences.

Première folie avec une prime de victoire ?

Ce n’est pas mon genre. Déjà, les primes tombent en plein hiver pendant la saison, et on n’a pas vraiment le temps d’en profiter dans l’immédiat. Et comme je ne suis pas un flambeur et que je reste assez discret, je ne dépense pas sans compter (cette saison le Français a remporté 308 000 euros de prime contre 538 000 euros à Marcel Hirscher, skieur le mieux payé cette saison).

Première personne qui t’ait donné envie de devenir skieur pro ?

Personne en particulier car je regardais peu le sport à la télé, y compris le ski. J’étais peut-être même plus branché foot à l’époque. La première compétition de ski alpin que j’ai regardé à la télé, c’était les Jeux Olympiques de Turin en 2006. J’avais 15 ans. L’envie de devenir professionnel s’est réalisée petit à petit.

Première fois que le regard des filles a changé avec ton statut de skieur pro ?

En France, mon statut a peu d’influence là-dessus, mais en Autriche, c’est plus le cas. Je suis davantage connu là-bas, donc tout simplement, les filles me reconnaissent plus. Mais je n’ai pas eu besoin de ça, j’ai rencontré ma compagne assez jeune quand on terminait le lycée.

Première sport que tu pratiques quand tu ne skies pas ?

Pour le plaisir, c’est enduro (moto), golf et wakeboard.

Premier job que tu aurais voulu faire si tu n’avais pas été skieur ?

Probablement entrepreneur. Dans quoi, je ne sais pas. Pour la suite, oui, ça pourrait être une idée de reprendre l’hôtel de mon père. Mais j’ai aussi l’ambition de faire mon truc perso, qui ne sera d'ailleurs pas forcément en lien avec le monde du ski.

Première interview de ta carrière ?

C’était une catastrophe (rires) ! Une interview Tv, encore aux championnats du monde junior en 2009. C’était en français, mais c’est clair que j’avais un peu galéré. Je répétais toujours "c’est bien, c’est bien…". Bref, à oublier (rires).

Première fois à Kitzbühel ?

En slalom, peut-être ma deuxième ou troisième coupe du monde. Je partais loin et comme d’habitude sur mes premières coupes du monde, j’étais rapidement sorti… (rires)

Première grosse bêtise quand tu étais gosse ?

J’en ai fait, mais rien de dramatique non plus. Bon, j’avoue que je tapais parfois fort sur mon frère qui a neuf ans de moins que moi. Je n’ai pas toujours été tendre avec lui (rires). Je lui ai déjà ouvert le front, je lui ai éclaté l’œil en lui lançant une boule de neige... Aujourd’hui, il a commencé son cursus chez les jeunes en ski alpin et si tout se passe bien, il devrait arriver d’ici deux ou trois ans à la fédération.

Premier sponsor ?

Ma première marque de ski Dynastar (il a ensuite signé chez Salomon pour passer chez Head depuis 2014) et la ville de Courchevel. Une fois le contrat terminé avec ma station, je suis passé chez Red Bull en 2014. Ils m'avaient déjà contacté deux ans auparavant. Je traite directement avec la structure autrichienne de la marque qui m’aide beaucoup au niveau logistique.

Première chose que tu te dis après ta quatrième victoire consécutive cette saison pour garder la tête sur les épaules ?

Je cherche à rester calme, je sais qu’il reste d'autres courses à faire d'ici la fin de saison. Que plusieurs victoires au général sont à jouer. Je veux remettre le couvert, continuer à chaîner. Et même si je termine sur deux deuxièmes places ensuite, je reste focus, je ne m’emballe pas.

Première chose que tu te dis quand tu touches le globe de cristal du combiné ?

Je suis fier mais je ne me dis pas que c’est un aboutissement. C’est un beau trophée mais ça ne me suffit pas. Je veux en avoir d’autres.