Lætitia Roux : "Cette victoire sur la Pierra Menta, c’est grâce à la cohésion d’équipe avec Mireia"

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Lætitia Roux est définitivement la reine du ski alpinisme. Victorieuse ce samedi de la Pierra Menta 2015 avec sa coéquipière espagnole Mireia Miró Varela, la Française est revenue pour meltyXtrem sur ces quatre jours de course marqués par le duel avec Emelie Forsberg et Axelle Mollaret et des conditions de ski de rêve.

Ce samedi, Lætitia Roux et Mireia Miró Varela ont remporté la Pierra Menta 2015 après un beau duel avec Emelie Forsberg et Axelle Mollaret. Le sourire aux lèvres (comme toujours), Lætitia pouvait se satisfaire d’une performance qui était pourtant loin d’être évidente il y a quelques mois quand sa coéquipière espagnole Mireia Miró Varela lui avait signifié son envie de revenir à la compétition sur cette course. Mais les deux femmes sont rapidement parvenues à retrouver leurs automatismes et ont su construire leur victoire sur les étapes de jeudi et vendredi. Deuxième ce samedi dans celle du Grand Mont, elles pouvaient laisser la victoire du jour à leurs rivales Emelie Forsberg et Axelle Mollaret pour monter ensuite sur le podium final de cette Pierra Menta 2015. Passée quelques heures après en salle de presse, on a pu recueillir les impressions de celle qui n’est jamais rassasiée par son plaisir du sport… et des victoires. Direction Courchevel pour elle dès mercredi pour la prochaine course (une nocturne). A lire aussi : Pierra Menta 2015 : Résultats et classements étape 4, victoire finale d'Eydallin et Lenzi !

Lætitia, tu viens d’ajouter une ligne de plus à ton palmarès. Quels sentiments dominent après cette victoire ?

Je suis ravie évidemment ! Comme lors de chaque Pierra Menta, ça a été beaucoup d’émotions, mais peut-être encore plus cette année car on n’était pas dans la même configuration que sur les autres éditions avec Mireia (sa coéquipière sur cette course). Pendant un an, elle n’avait pas fait de sport, et elle m’a appelée fin novembre 2014 pour me demander si je souhaitais qu’on s’aligne sur cette course pour la 30e édition. C'était un beau symbole d'autant que j’ai également 30 ans cette année. Mais c’était aussi une surprise pour moi car je ne pensais pas qu’elle me demanderait ça. Le point d’interrogation concernait sa condition physique car je voulais quand même jouer au moins le podium voir la victoire.

Tu as été impressionnée par sa performance finalement ?

Oui, même si j’avais confiance en elle, car je savais qu’à partir du moment où elle se lançait ce challenge, elle allait mettre ce qu’il fallait derrière. Elle se connait bien et elle était motivée pour revenir au haut niveau. Et ce n’est pas n’importe quelle compétitrice non plus. Au début de l’hiver, on s’est recontacté pour voir comment elle se sentait. Mi-février, elle a fait une bonne course sur la coupe du monde qui a validé sa préparation. Finalement, on était sur la même longueur d’onde sur cette Pierra Menta et c’est vraiment cette cohésion d’équipe qui nous a fait gagner.

Lætitia Roux : "Cette victoire sur la Pierra Menta, c’est grâce à la cohésion d’équipe avec Mireia"

Le premier jour de cette Pierra Menta, vous vous faites pourtant devancer par Emelie et Axelle.

Déjà, sur ce premier jour, on a dû remettre en place quelques automatismes avec Mireia. Heureusement, le feeling est venu rapidement et c’était nécessaire car on avait une équipe forte derrière nous (Emelie Forsberg et Axelle Mollaret). Le fait aussi de partir en première position dans ce contre la montre ne nous a pas avantagé. Les autres filles nous avaient en ligne de mire et pouvaient donc se caler sur nous. Mais on n’a pas paniqué. On a de l’expérience et on sait que la Pierra Menta est longue. Sur les jours qui ont suivi, on a vraiment fait notre course sans nous préoccuper des autres. On avait de bonnes sensations et notre propre rythme, donc l’écart s’est creusé automatiquement.

Concernant cette dernière étape avec le Grand Mont notamment, vous laissez là-aussi la victoire à vos concurrentes.

Ma coéquipière a moins d’heures d’entrainement qu’avant et c’est peut-être aujourd’hui qu’elle l’a senti le plus. Je ne m’inquiétais pas trop pour elle sur la longueur de l’étape, mais ca faisait quand même quatre jours qu’on était sur les skis. La fatigue, elle l’encaissait moins bien que quand elle était entraînée à 100 %. Avec 10 minutes d’avance ce matin, on savait qu’on pouvait gérer et qu’on n’avait pas besoin de se mettre dans le rouge pour remporter le général. On avait toujours Emelie et Axelle toujours en vue. Et on avait aussi en tête que cette étape a toujours été traditionnellement compliquée au début car on ne peut pas doubler. D'ailleurs ce matin, la trace n'était pas bonne, les gars se marchaient dessus (elles partent avec les hommes) et nous, on était au milieu de tout ça. L’idéal, c’est d’être devant tout ce cirque pour pouvoir prendre ton rythme. Mais comme on a décidé de ne pas être à bloc sur la première montée car on sentait que la fatigue commençait à s’accumuler pour Mireia, c’était plus intelligent de la jouer sur la longueur de la course d’autant qu’on avait de la marge au général. Et c’est donc en partant un peu "soft" qu’on a perdu du temps sur Emelie et Axelle. Une fois que le groupe s’est étiré, on a pu prendre notre rythme et même rattraper un peu notre retard sur les deux de devant.

Lætitia Roux : "Cette victoire sur la Pierra Menta, c’est grâce à la cohésion d’équipe avec Mireia"

Sur les quatre étapes, le parcours était-il un peu "chaud" comme certains concurrents l’ont souligné ?

C’était surtout le cas hier notamment dans la dernière descente où je me suis dit que certains allaient y rester. Entre les troncs d’arbre et les rochers, en arrivant à trois équipes là-dedans, c’est sûr que ça pouvait vite être le carnage. Mais sur l’ensemble, j’ai trouvé le parcours vraiment sympa et la neige bonne. Et évoluer sous ces conditions (quatre jours de beau temps), c’était quand même le top.

Voilà une ligne de plus à ton palmarès, que vas-tu encore chercher après tout ça, alors que tu as déjà tout gagné ?

J’y retourne surtout parce que le sport c’est l'essence de ma vie. Au niveau copain et famille pour le moment, c’est plutôt calme donc ma vie est totalement centrée sur le ski alpinisme et le sport en général. Je me fais plaisir à m’entraîner, à courir, à me mettre des contraintes qui peuvent paraître pas facile à gérer quand on les regarde de l'extérieur. Evidemment, on a des hauts et des bas, mais c’est avant tout un style de vie que j’ai choisi. Sur le palmarès, je sais que j’ai déjà tout gagné, que j’ai coché toutes les cases que j’avais notées au début de ma carrière. Ce qui me motive aussi pour continuer, c’est de voir tous ces gens qui affluent sur le ski alpinisme. Je pense qu’il y en a de plus en plus qui me suivent, qui s’intéressent à ce sport. Ça, c’est une grosse motivation, car j’ai encore l’impression d’apporter quelque chose à la discipline. Le jour où j’aurai l’impression de ne plus servir cette cause, j’arrêterai.

Lætitia Roux : "Cette victoire sur la Pierra Menta, c’est grâce à la cohésion d’équipe avec Mireia"

Le fait de transmettre t’intéresse-t-il aussi ?

Pour le moment, c’est un peu compliqué de tout faire et même si certains disent que j’ai de la marge et que je pourrais lâcher du lest, c’est justement parce que je me mets la pression comme ça que j’arrive à avoir le niveau que j’ai actuellement. Les autre poussent derrière et c’est donc difficile de se relâcher et de se consacrer par exemple à cette notion de transmission justement. Reste que pour la suite, ça me plairait d’encadrer des groupes de jeunes et en particulier de filles. Je me suis toujours plus investie pour ramener des filles sur cette discipline.

Le prochain objectif pour toi ?

La finale de la coupe du monde qui sera la dernière grosse date de la saison.