Laëtitia Roux : "On sous-estime parfois le ski alpinisme" (interview exclu)

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Multiple championne de France, d'Europe et du monde de ski alpinisme, Laëtitia Roux est la référence absolue de la discipline sur le circuit féminin. Elle s'est confiée à meltyXtrem sur sa carrière et l'évolution de son sport dans une interview exclusive.

À 29 ans, Laëtitia Roux a déjà tout remporté en ski alpinisme. Quinze titres de championne de France, deux sur la scène continentale et cinq à l'échelle mondiale, elle rafle tout sur son passage. Et elle ne paraît pas rassasiée de sa réussite puisqu'elle se situe actuellement en tête de tous les classements de la coupe du monde (individuel, sprint, vertical race et général). Depuis le 6 février, c'est à Verbier (Suisse) qu'elle continue sa moisson à l'occasion des championnats du monde de ski alpinisme. Vainqueur du sprint et de l'individuel, elle a toutefois été battue par l'Espagnole Laura Orgué Vila sur la vertical race, se contentant de la médaille d'argent. Alors qu'elle doit encore disputer la course par équipe le 11 février et le relais le 12 février, elle a déjà atteint son "objectif majeur de la saison" en remportant la course en individuel (parce que "le ski alpinisme, c'est la course en individuel, pas la vertical race, ni le sprint"). Et la Gapençaise garde en tête quelques dates importantes cette saison, comme la 30e Pierra Menta (11-14 mars) et le trophée Mezzalama (25 avril). Des sources de motivations comme d'autres, qu'elle explique dans une interview exclusive. À lire aussi : Championnats du monde de ski alpinisme 2015 : Laëtitia Roux médaille d'or en sprint à Verbier (vidéos).

Après avoir tout remporté dans votre carrière, où trouvez-vous la motivation pour continuer ?

En fait, ce qui est motivant, c'est d'arriver à sentir une évolution au cours d'une carrière. Bien sûr, au début, on a envie de cocher les courses, de les remporter pour l'avoir fait, ce sont des objectifs assez précis. Mais après, c'est moins le titre que l'on recherche, même si chaque course est différente à mon sens. Quand j'arrive sur une compétition, je ne me dis pas : "Ah c'est encore un championnat du monde". C'est toujours aussi motivant de le gagner. Les conditions changent, l'état d'esprit évolue, les concurrentes ne sont pas les mêmes.

Laëtitia Roux : "On sous-estime parfois le ski alpinisme" (interview exclu)

Quelles différences faites-vous entre votre début de carrière et aujourd'hui ?

Au début d'une carrière, on est vachement concentré sur la recherche de performance sportive. Quand les années passent et qu'on a réussi à gagner de nombreuses courses, comme dans mon cas, on pense davantage à prendre du plaisir à partager son sport avec les gens qui nous suivent. C'est une chose à laquelle je ne pensais pas auparavant car j'étais trop concentrée pour être réceptive à cette notion. Aujourd'hui, c'est motivant de voir que des personnes prennent du plaisir à travers ma carrière, en me suivant. Il y en a de plus en plus. Je sens qu'ils rêvent grâce à ce que je réalise, il y en a qui s'en inspirent, il y a des mères de famille qui viennent me voir en me disant : "Je me suis mise au ski alpinisme car c'est génial ce que tu fais."

Quel regard portez-vous sur la concurrence ?

Je pense qu'il y a encore un peu de marge actuellement, surtout sur l'individuel, mais je pense à Axelle (Mollaret) qui pousse bien, elle progresse et garde son gros potentiel. Après, le niveau peut s'équilibrer sur des courses moins techniques et plus courtes, comme le sprint ou la vertical race. L'effort est plus court et cela n'a rien à voir avec ce qu'on réalise sur une course individuelle. En fait, cela fait appel à d'autres capacités et on ne peut pas être performant de partout. La Canadienne Mélanie Bernier, Valentine Fabre sont performantes en sprint car elles ont les qualités pour ce type d'exercice. Sur une vertical race, ce n'est pas technique donc il faut faire jouer le rapport poids/puissance. La Suissesse Victoria Kreuzer y est très performante.

Mais vous, vous êtes performante de partout…

C'est comme dans tous les sports, c'est difficile d'être très rapide et endurant à la fois. Mais heureusement, il y a d'autres atouts que la rapidité que je peux faire valoir sur le sprint, ce qui me permet de bien performer dans cet exercice. Il y a quand même une part de technique, des passages en descente. Ce que je retiens c'est que j'étais encore seule en équipe de France il y a peu donc c'est sympa de voir qu'on peut compter sur un groupe plus élargi aujourd'hui (ndlr : avec notamment Axelle Mollaret, Valentine Fabre, Marion Maneglia ou Lorna Bonnel en senior), ça motive les filles de voir que c'est possible de percer.

Laëtitia Roux : "On sous-estime parfois le ski alpinisme" (interview exclu)

Comment expliquez-vous la faible médiatisation de ce sport ?

Depuis le début de ma carrière, je me bats pour faire valoir le ski alpinisme, pour que la discipline gagne en crédibilité. Parfois, on sous-estime ce sport et on a l'impression qu'il peut y avoir un certain manque de reconnaissance et de respect par rapport à nos performances. C'est vrai que le ski alpinisme n'est pas accessible à tous, à la base, cela se pratique en montagne, en haute montagne, dans des endroits pas forcément sécurisés. Et cela peut faire peur aux gens. Et puis, il y a le ski de randonnée en dilettante et le ski alpinisme de compétition (sourire).

La discipline pourrait faire son apparition au programme des Jeux Olympiques en 2022, cela vous inspire quoi ?

On en parle depuis de nombreuses années donc il faut faire attention aux effets d'annonce. Mais je pense que cela serait positif pour la discipline. Maintenant, il faut voir le format qui serait choisi. Si c'est pour présenter une course de sprint, ce serait dommage car ce n'est pas ça le ski alpinisme. Après bien sûr, pour tout sport, apparaître aux Jeux Olympiques, il n'y a rien de mieux en termes de visibilité car tout le monde regarde !