Laurent Delorme : "La différence se fait sur la façon d’utiliser les vélos"

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Si Loïc Bruni est aujourd’hui champion du monde et candidat régulier aux victoires sur la coupe du monde de VTT descente, c’est aussi grâce au travail de son team manager chez Specialized Gravity.

Après le pilote (retrouvez notre interview de Loïc Bruni réalisée ce jeudi), c'est au tour du boss ! Laurent Delorme dirige le Specialized Gravity via PureAgency (la structure avec laquelle Bruni, Loris et Finn, les pilotes du team, sont en contrat). Le Français a engagé un changement de taille cette saison en signant avec Specialized (et avec l’aval des riders qui ont testé plusieurs vélos avant de valider le Demo). L'équipe tricolore avait le choix, d’autant qu’elle débarquaient avec le maillot de champion du monde de Loïc, remporté en Andorre l’année dernière. Finalement, Laurent et ses athlètes ont opté pour le top constructeur américain. Alors que le paddock est encore calme ce jeudi, que la piste est vierge de tout passage de pilotes (retrouvez notre récit des entraînement de vendredi) et que les mécaniciens s’affèrent sur les bike des trois hommes de Laurent, ce dernier explique en quoi ce transfert a changé les choses au sein du team et aborde plus généralement cette nouvelle saison où les objectifs sont différents en fonction de chacun.

Laurent Delorme : "La différence se fait sur la façon d’utiliser les vélos"

Loïc

D’une façon générale, Loic se sent très bien en ce moment. Il m’a d’ailleurs récemment dit "j’aime ma vie". Il voyage, fait des études de très haut niveau, il est professionnel… Evidemment, par rapport à d’autres pilotes qui sont toujours sur le bike, Loic doit passer aussi du temps sur les études, et donc en dehors du vélo. Mais c’est comme ça qu’il trouve son équilibre. Lui et Jack (son mécanicien) sortent de deux mois aux Etats-Unis pour une bonne préparation. En Californie, Loic a profité de faire son stage chez 100% (marque de casque et masque du team) pour également bosser son physique et un peu en vélo. Ils sont ensuite allés trois semaines en Nouvelle-Zélande pour s’entraîner sur des pistes plus rapides avant de terminer sur celle de Rotorua qu’il à remportée. Cette victoire était un bon indicateur. Ça nous prouvait qu’on était dans le bon wagon malgré le changement de vélo. Dans l’équipe, son rôle a évolué après le départ de Sam (Blenkinsop) fin 2014. C’est un peu lui aujourd’hui le grand frère même s’il n’a que 21 ans.

La nouvelle structure

Notre structure reste la même au niveau des hommes (mécaniciens, pilotes, encadrement), mais on travaille désormais avec un interlocuteur de dimension mondiale. Specialized, c’est vraiment le top, c’est un constructeur très important du marché, avec une grosse hiérarchie à l’intérieur qu’il faut savoir respecter. Chez Lapierre, on était en contact direct avec le bureau d’étude. Chez Spé, la structure est plus grosse, on passe par plusieurs personnes. Au niveau technique, c’est ce qu’il y a de mieux avec la soufflerie, les moules en carbone, les bornes de test, les protos en bois ou en fibre… En gros, on a plus d’outils pour bien travailler. Le bénéfice a été immédiat sur plusieurs points. C’était la première fois que les garçons se testaient en soufflerie, là, ils ont pu tout de suite constater certains points à améliorer. Ensuite, il y aura des bénéfices à plus long terme, notamment dans nos échanges avec les ingénieurs Specialized.

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Objectif de la saison

On ne se dit pas « il faut absolument remporter le général » ou « il faut garder le maillot de champion du monde » même si c’est un souhait. On chercher à rester avant tout parmi les cinq ou huit premiers, ce qui nous permet donc de jouer la victoire sur chaque manche. Mais la DH est un sport aléatoire car mécanique. On ne peut jamais tout maîtriser.

Un marché des pilotes agité

Les meilleurs pilotes ont changé d’équipe, mais comme ils sont allés dans des marques qui sont elles-aussi de très haut niveau, on devrait retrouver les mêmes devant. Aujourd’hui, il y a peu de mauvaises machines sur le paddock. La différence se fait plus sur la façon d’utiliser les vélos avec les mécaniciens, les ingénieurs, les pilotes.

Loris

Dans son fonctionnement, il est un peu comme Loïc. Il poursuit ses études tout en voulant rester très performant sur le vélo. La saison dernière, il a montré qu’il était capable de rouler dans les huit ou dix premiers avec un podium en point d'orgue. Cette année, ce serait bien de prouver qu’il est capable de stabiliser tout ça et de faire régulièrement des bonnes places. Il en est largement capable.

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Finn

Finn prend le même chemin que les deux autres chez les juniors. Il fait des semestres complets pendant lesquels il réalise son bloc d’étude, et après il bascule sur le vélo pour l’autre moitié de la saison. Face au chrono, il a déjà été performant sur des compétitions sur le continent nord-américain notamment. On sait que c’est un bon descendeur. Cette année, je veux qu’il apprenne son "process" de course. On ne va pas lui demander de gagner toutes les épreuves dès sa première année junior. Il n’a d’ailleurs pas d’objectif ciblé de ce type. Le principe, c’est de mettre en place des valeurs fortes, de travail, d’échange avec son mécano. Il faut qu’il apprenne à gérer son week-end de course. Pour moi, c’est ça le plus important afin qu’il soit en forme aux championnats du monde l’année prochaine.