Leo Slemett : "Cette année, c’est objectif Verbier !"

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En lice sur le Freeride World Tour 2016 qui débutera la semaine prochaine en Andorre, Leo Slemett attaquera sa troisième saison sur le grand circuit. Objectif cette année, skier le Bec des Rosses à Verbier en intégrant le top 12. Interview exclu avec le rider de Chamonix.

Quatorzième du Freeride World Tour en 2015, Leo Slemett a assuré l’essentiel l’année dernière, à savoir se qualifier à nouveau pour le grand circuit en 2016. Le skieur de Chamonix sera donc bien au départ de la première étape du FWT en Andorre le 23 janvier prochain. De passage sur Paris mi-décembre, le Français est revenu pour nous sur sa saison 2015, ses objectifs pour cette nouvelle année, et ses participations au projet Maewan et à un épisode de Cham’Lines avec Aurélien Ducroz. Entretien avec Leo Slemett, reparti juste après dans les Alpes, s’entraîner entre Chamonix, Courmayeur et la Suisse. " Il y a pire comme trilogie ", confirme-t-il en riant.

Sa saison 2015

"Début 2015, je me disais qu’il fallait que j’y aille avec un peu plus de retenue pour vraiment sécuriser ma place pour l’année suivante, ce que je n’étais pas parvenu à faire en 2013 (lors de son premier passage sur le Freeride World Tour, ndlr). Ça m’avait obligé à repasser par le Qualifiers (tour qualificatif pour le FWT) en 2014 où j’avais pris pas mal de risques et lâché les chevaux pour les neuf étapes auxquelles j’avait participées (et lors desquelles il avait signé uniquement des top 10 dont cinq podiums pour une victoire finale au général). L’année dernière, c’était donc objectif qualif’ pour 2016. Je voulais avant tout rester sur le World Tour ce que je suis parvenu à faire en terminant quatorzième. Avec ce système de trois étapes et un cut, tu n’as pas vraiment droit à l’erreur et j’ai su faire le job."

Le regret de Verbier

En 2015, même si je sécurise ma place pour 2016, je regrette tout de même de ne pas avoir ridé à Verbier. On fêtait les 20 ans de cette face et je n’ai jamais skié le Bec (Bec des Rosses). Je suis quatorzième, et ils prenaient les douze premiers du classement général… Mon erreur vient probablement de l’Alaska (vidéo de son run ci-dessous). Comme d’habitude là-bas, je n’avais pas regardé les runs des autres skieurs. Je m’élance et je plaque un gros backflip dès le départ. C’est pourtant justement sur cette figure que j’avais le plus de pression. Et derrière, le mouv’ de trop sur lequel je n’avais pas forcément besoin d’en faire autant. Le 360 n’est pas passé. Si je le replaque, il est possible que ça change l’année. En tout cas, je serais probablement allé à Verbier.

Objectif Verbier en 2016

En 2016, c’est justement mon objectif principal de me qualifier pour Verbier. J’ai acquis plus de sérénité sur les skis. Et plus d’expérience également avec tous les départs que j’ai pris en World Tour et sur le Qualifiers ces dernières années.

L’entraînement

Mon entraînement ne passe pas uniquement par Chamonix (son camp de base). Il faut aller tester d’autres faces. Ne pas rester dans sa zone de confort. Il faut se mettre en difficulté pour progresser. J’ai une image en tête du skieur que j’aimerais être et je tends vers cet objectif. Pour progresser, j’utilise aussi beaucoup la vidéo. Ça permet de prendre du recul. Je m'en sers à l’entrainement à Chamonix. Mon entraîneur me filme, on regarde en bas du run ce que j’ai fait, et on remonte pour corriger. En tant que rider, ça te permet de mieux visualiser ce que ton entraîneur te demande.

Leo Slemett : "Cette année, c’est objectif Verbier !"

Les notes des juges

Vis-à-vis des juges, je suis plus dans la démarche de faire mon propre ski et voir ensuite la façon dont ils vont l’apprécier. D’autres skieurs vont peut-être davantage modifier leur ski pour correspondre à ce qu’attendent les juges. C’est moins mon délire. Parfois, on a du mal à comprendre les notes, mais on sait que ça reste un sport de jugement, donc que l’on est quelque fois susceptible de ne pas être d’accord sur les notations. L’année dernière en Andorre, le Français Jordan Bricheux se blesse en milieu de run, et derrière, les jugements ont complètement changé après cette chute. Résultat, on a eu un classement qui a surpris beaucoup de monde. On peut imaginer que les juges ont été pris par l’émotion de l’accident, et c’est normal. Il y a donc beaucoup de paramètres qui rentrent en compte dans la notation.

Rider à la maison

A Chamonix, je termine septième l’année dernière (son run ci-dessous en vidéo), mais ce n’est pas parce que j’étais à domicile que ça voulait forcément dire que j’allais faire mon meilleur résultat là-bas (ce qui est pourtant le cas). En 2015, les deux faces que j’ai pris à Cham’, je ne les avais jamais ridées de ma vie car le prorata temps de monté / temps de descente, n’est pas du tout intéressant sur celles-là. Mais c’est évident que lorsque l’entourage et les amis sont là, c’est un plus indéniable au moment de s’élancer.

Les spécificités de l’Alaska (nouvelle face au calendrier l’année dernière)

C’est une face longue donc on doit mémoriser plus de passages. On doit skier 40 secondes de plus que sur une face classique. C’est aussi davantage physique et cardio. Mais comme ce sont des dénivelés que l’on peut aussi retrouver dans les Alpes, on n’y a pas été spécialement mis en difficulté. C’est d’avantage l’enneigement très fort qui était compliqué à gérer. En plus, il n’y avait pas beaucoup d’arbres. Et mine de rien, la neige est quand même différente en Amérique du Nord.

Des faces plus longues

Le fait que la face utilisée sur l’étape en Alaska soit longue, ça donne surtout envie d’en voir d’avantage de ce type sur les autres étapes. Ça permettrait aussi aux skieurs de se démarquer. Quand c’est plus exigeant, les meilleurs ressortent forcément du lot. Si à la fin de la face en Alaska, tu arrives encore à sauter une barre de 10 mètres, tu prouves aux juges que tu en as encore dans les jambes. C’est plus compliqué de faire la différence sur des faces comme celles que l’on nous propose en Europe qui font 300 mètres. L’Alaska, c’est une vraie face de freeride.

Un clan français sur le World Tour ?

J’ai mes deux potes de Chamonix qui étaient là l’année dernière, Jordan Bricheux et Camille Armand. Jordan n’est plus sur le Tour cette année, Camille si. On reste pas mal ensemble, mais ça ne nous empêche pas d’échanger avec tout le monde. On voyage tous ensemble, donc en s’entend en général tous bien.

Leo Slemett : "Cette année, c’est objectif Verbier !"

Le Graal suprême

Oui, l’objectif final est de remporter le World Tour. Pourquoi pas cette année. Quand on voit George Rodney qui chute à Chamonix l'année dernière et qui prend tout le monde de revers en enchaînant les étapes et en remportant le World Tour, ça donne envie, c’est clair. Je pense avoir mis toutes les chances de mon côté dans ma carrière. Je suis assez buté. J’ai encore des choses à donner donc je vais insister. Et comme je m’éclate en skiant, il n’ya pas de raison de se prendre la tête pour le moment.

L’épisode de Cham’Lines avec Aurélien Ducroz au Bec Rouge (voir ci-dessous).

C’était le top avec Aurélien. Le Bec Rouge, c’est une ligne qui n’est pas si difficile d’accès que ça par rapport à d’autres plus compliquées à Chamonix. C’est un immense couloir avec du gros dénivelés qui tombe sur la moraine du glacier d’Argentière. Ça reste un entonnoir, il ne faut pas qu’il y ait une avalanche sinon ça peut être très "craignos". Les conditions doivent être réunies pour y aller, ce qui était le cas ce jour-là. C’était une première pour moi et aussi pour le guide qui nous accompagnait.

Le Projet Maewan

J’ai rejoint Erwan (Le Lann que l’on interviewait l’année dernière) en dernière minute. Sa sœur m’a appelé le vendredi alors que j’étais arrivé d’Alaska le mercredi matin. Le lundi, j’étais dans l’avion pour les rejoindre. On a fait une traversée jusqu’au Groenland avec le bateau. Là-bas, on est parti d’Isafjordur en Islande pour rejoindre ensuite le Cap Farvel du Groenland sur la pointe sud. L’objectif, c’était de rentrer dans les fjords malgré les glaces pour skier quelques sommets qui ne sont accessibles l’hiver uniquement en hélico ou en ski de rando. C’était un peu dément de croiser des habitants de petits villages qui hallucinaient de nous voir arriver avec le bateau. Ca fait rêver quand on voit ça d’un point de vue extérieur, mais c’est loin d’être facile quand on est sur place. Il faut composer avec l’avancée des glaces, le vent, les marées, ça reste un milieu fantastique mais hostile. On a skié trois ou quatre jours sur deux semaines et demie de trip. On s’est régalé sur des vraies montagnes abruptes au-dessus de l’eau. 1 500 m de dénivelé… Ça m’a rappelé les Lofoten en Norvège quand j’y étais allé avec Aurélien Ducroz. Notamment au niveau du climat qui peut changer très rapidement. En une journée, tu peux avoir de la pluie, de la grêle, du soleil et de la neige. Il y a vraiment des grains qui passent souvent, mais l’avantage, c’est que tu as des couches de neiges qui se posent régulièrement.

Un nouveau spot pour le FWT ?

Déjà, on aimerait bien avoir plus de dates pour avoir d’autres possibilités de s’exprimer régulièrement. Et aussi pour récompenser la régularité. Là, tu peux te "foirer" sur une épreuve, et foutre en l’air toute ta saison à cause de ça. Pourquoi ne pas mettre une date supplémentaires en Italie comme Courmayeur ou en ajouter une de plus sur le continent américain. Le Canada par exemple qui est fabuleux pour les spots qu’il propose. La Russie aussi, ce serait pas mal. Il y a d’autres spots qui seraient parfaits dans le calendrier du FWT.