Les coulisses de l’ascension de la tour Eiffel par le collectif Hit The Road

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Le collectif Hit The Road a réalisé un exploit : escalader la tour Eiffel à mains nues, sans aucune protection. Retour sur les coulisses de cette prouesse avec les quatre membres.

Un exploit de taille ! Depuis plus de deux ans, le collectif Hit The Road parcourt le monde entier à la recherche des meilleurs spots pour pratiquer leur passion, le parkour. Les quatre membres, Paul, Clément, Léo, 23 ans et Nicolas, 22 ans, avaient en tête, depuis près d’un an, l’envie de grimper le monument symbolique de Paris : la tour Eiffel. Un vrai challenge que les quatre amis ont réalisé en novembre dernier. Une vidéo de l’ascension a été publiée le 8 novembre dernier sur le compte YouTube officiel du collectif. Mais une mini-polémique est née après que le Britannique James Kingston ait posté, la veille, la vidéo de son escalade de la tour Eiffel en secret, qu’il avait accompli en fin d’année 2014. meltyXtrem a rencontré Hit The Road pour en savoir plus sur les coulisses de cet exploit et ce qu’il pensait de la décision de James Kingston.

Vidéo de l'ascension de la tour Eiffel par le collectif Hit The Road

La genèse de l’exploit

Paul : "On est tous revenus sur Paris cette année. On a commencé à étendre notre parcours sur les bâtiments de Paris. La Tour Eiffel était dans nos têtes depuis près d’un an. Quand on s’est rassemblé sur Paris, on s’est élargi sur la découverte, l’exploration urbaine. Et le monument représentait bien tout ça : le défi personnel de le grimper, le rêve de gosse d’escalader cet endroit mythique et la possibilité de découvrir de nouvelles perspectives. On s’est beaucoup renseigné avant, repéré les endroits où l'on pourrait se faire repérer. A la base, on devait réaliser cette ascension en janvier dernier. A cause des attentats de Paris, on a décalé pour des raisons de sécurité. Ce devait être le point d’orgue de notre vidéo sur Paris. Récemment, on y a pensé plus sérieusement. Et comme on n’est pas du genre à faire de fausse annonce, on s’est dit qu’il fallait y aller."

La préparation de l’ascension de la Tour Eiffel

Nicolas : "Étrangement, c’est une structure relativement simple à grimper pour quelqu’un qui est entraîné. C’est la pratique quotidienne du parkour qui permet de se sentir prêt et de grimper la Tour Eiffel. On s’entraîne depuis près de 10 ans. Concernant les repérages, on a fait une visite traditionnelle, comme tous les visiteurs. Cela nous a permis de toucher la structure, situer les caméras, les détecteurs de mouvement, les endroits par où l’on pourrait passer. Comme ça, on pouvait évaluer la force à mettre dans les mains. On voulait faire cette ascension de jour. Mais on s’est renseigné au niveau juridique et c’était trop compliqué, à cause de la mise en danger de la vie d’autrui. On a donc décidé de grimper de nuit."

Les coulisses de l’ascension de la tour Eiffel par le collectif Hit The Road

L’ascension de la dame de fer

Léo : "On a réalisé cette ascension le mardi 3 novembre dernier. On est arrivé vingt minutes avant la fermeture au public, vers 23h30. On a décidé ça pour avoir le temps de monter avec la lumière car le monument s’éteint vers 1h. Et en plus, pour les images, c’était mieux de voir la structure allumée. On est allé jusqu’en haut. Pas jusqu’à la tige car c’était infaisable. On a escaladé environ 300 m de structure. Tout s’est bien passé. Il y a juste eu un petit souci à la fin avec la sécurité. En fait, un membre de la sécurité nous a repérés, au troisième étage. Mais il a cru qu’on était soit des mecs qui bossaient pour la tour Eiffel, soit des ouvriers, soit des touristes qui s’étaient fait enfermés. Donc on s’est dit qu’il fallait faire croire qu’on était des touristes pour redescendre gratuitement. C’était quasiment bon sauf qu’ils nous ont demandés où étaient nos tickets. C’est là que ça s’est compliqué pour nous."

"Le fait qu’on n’est pas de billets et que l’on ne soit pas sur les caméras de surveillance leur a mis la puce à l’oreille. Ils ont appelé du renfort et on est allé au poste de police. Léo a dû refaire le trajet avec un démineur et un chien pour des mesures de sécurité. On est resté seulement quelques heures au poste. On n’a pas été en garde vue. C’est encore en train d’être jugé, on attend notre sanction. Le but est que les gens voient les images. C’était un bon moyen de nous faire connaître. Mais on a été un peu perturbé par les événements récents et le fait que James Kingston publie sa vidé juste avant la nôtre."

La polémique James Kingston

Clément : "Quand on a eu l’idée d’escalader la tour Eiffel, il y a environ un an, on a vu une photo de James Kingston devant le monument parisien. Mais depuis, aucune vidéo n’était sortie, ce qui était un peu étonnant vu sa popularité et sa réactivité. On a imaginé plusieurs situations, peut-être qu’il s’était fait attraper et qu’il n’avait pas pu le faire au final, ou qu’il n’a pas osé grimper. Quand on a décidé de grimper, en novembre dernier, on voit sur Twitter quelqu’un qui l’identifie pour lui dire que nous sommes en train de le faire. Cela voulait dire qu’il était au courant de notre ascension. J’étais en plein montage de la vidéo lorsque je vois, sur le fil d’actualité Facebook, un post avec la mention "James Kingston Eiffel Tower". Quand on a vu ça, il a fallu réagir très vite. Au départ, la vidéo était prévue pour le lundi 9 novembre. Mais, on a avancé sa parution au dimanche 8 novembre vu que Kingston l’avait sortie le dimanche au soir. Quand on regarde sa vidéo, d’un point de vue technique et un peu pro dans le milieu, on a senti que le montage avait été fait à la dernière minute. J’ai contacté le photographe avec qui il a réalisé la performance."

"En fait, il m’a expliqué que James Kingston s’était lui aussi fait attraper par la police à la fin, comme nous. La police lui a dit, comme pour nous, que s’il sortait des images, il se ferait attaqué en justice sévèrement, simplement pour l'effrayer. Et en fait, comme il a vu nos photos sur Twitter, il a décidé de monter la vidéo rapidement pour dire "j’étais là avant". Forcément, ça a tué notre potentiel. On voulait faire un coup. Lui n’a pas besoin de ça vu qu’il est déjà très connu, avec une fan base de près de 200 000 abonnés. Certains médias français n’ont pas trop joué le coup et ont préféré parler de la vidéo de Kingston plutôt que la nôtre vu qu’il est plus célèbre. On l’a fait, c’est tout ce qui comptait ! Après ce sont deux montages différents, l’une de nuit la nôtre, l’une de jour la sienne. On n'a pas eu de nouvelles de sa part mais on regrette son geste."