Lionel Daudet : "J’étais dans un extrémisme de suivre la frontière le plus possible" Interview (1)

Lionel Daudet s’est lancé en le 10 août 2011 dans un projet de tour de France suivant au plus près les frontières de l’Hexagone. 465 jours plus tard et des journées mémorables d’alpinisme, VTT, kayak, parapente, il revenait au Mont Blanc, point de départ et d’arrivée de cette aventure. Première partie de l’interview de l’alpiniste français à l’occasion du Festival international du film de montagne d'Autrans 2014.

Après, Thibault Menu, réalisateur du film français de VTT Hexagone que meltyXtrem a rencontré cette semaine à l’occasion du Festival international du film de montagne d'Autrans 2014, c’est la production de l’alpiniste Lionel Daudet qui a attiré notre attention. Ce dernier était présent pour la projection de son film "Le tour de France exactement" (son auteur en a aussi fait un livre disponible à cette adresse). Une production retraçant son aventure réalisée en 2011 et 2012 dans laquelle il avait fait le pari de réaliser le tour de France en s’éloignant le moins possible de la frontière du pays. Un projet encore jamais réalisé et qu’il est parvenu à compléter en 465 jours. Si Lionel est un alpiniste reconnu qui a notamment reçu le piolet d’or en 2000 pour l’ouverture d’une voie en Alaska (une passion dans laquelle il y a laissé en 2002 huit orteils lors d’une tentative d’ascension des trois grandes faces Nord, Eiger, Cervin et Jorasses), il a dû parfois se faire violence lorsqu’il lui a fallu prendre la pagaie en kayak ou franchir certains passages difficiles en VTT. Parapente dans le sud, char à voile sur les côtes de l’Atlantique, spéléologie, et évidemment alpinisme dans les Alpes et les Pyrénées. Une aventure baptisée DodTour (teaser du documentaire ci-dessous) qu’il nous a racontée lors d’une interview dont voici ci-dessous la première partie.

Le tour de la France, exactement (bande-annonce) par fodacim

De qui est venue cette idée de réaliser un tour de France sur la frontière du pays ?

En 2003, j’avais déjà fait la Skyline (le tour de l'Oisans par le haut) en partant de chez moi dans les Alpes du Sud. J’avais suivi des lignes de crêtes dans l’Oisans pendant presque un mois et demi en redescendant une seule fois en vallée. En 2007, deuxième histoire de ligne qui était pour le coup un tour de chauffe du DodTour. Là, j’avais fait le tour du département des Hautes-Alpes. A l’issu de ce projet, en rigolant, une amie m’avait dit "pourquoi pas le tour de France ?". Là, ça m’a fait tilt. Pour un alpiniste, faire le tour de France sur la frontière en empruntant ces lignes de crêtes assez exigeantes qui ne sont accessibles qu’à des gens qui ont un gros bagage d’alpiniste, ça n’avait jamais été fait ni pensé.

Et tu as donc décidé de te lancer dans l’aventure…

Ce tour de France, c’est une réponse à la définition de l’aventure. L’aventure, on imagine que c’est forcément au bout de la planète, sur des territoires vierges… Le concept du DodTour finalement, c’est aller à l’encontre de ça mais sans partir aussi loin. Mon métier, c’est vraiment l’alpinisme et beaucoup de choses ont été faites là-dedans. J’ai l’impression qu’on était arrivé au bout dans cette définition traditionnelle de l’aventure. Depuis quelques années, on se rend compte que l’alpiniste est un peu devenu un artiste et se met à ouvrir des lignes plus créatives. Aujourd’hui, certains dont je fais partie essayent d’avoir un regard différent sur les montagnes, sur la géographie alpine et l’histoire.

Lionel Daudet : "J’étais dans un extrémisme de suivre la frontière le plus possible" Interview (1)

Dans ton périple, as-tu été surpris par le tracé de la frontière ?

La frontière échappe à toute logique de terrain, car c’est une construction historique qui est née des zones de front, des guerres successives. Donc parfois, elle va se servir des lignes de la nature, mais souvent, tu peux avoir un champ ou des vergers qui sont coupés en deux avec la frontière, des hôtels, des propriétés privées, des terrains de golf… Comme le principe fondateur de cette aventure était de la parcourir sans moyens motorisés, tu as besoin d’avoir une faculté d’adaptation. Il faut choisir la discipline qui s’y prête le mieux.

Dans le film, on se rend compte que tu étais d’ailleurs plutôt extrême dans ta façon de vouloir suivre la frontière au mètre près.

C’était effectivement extrême. Je voulais être à une cinquantaine de mètres maximum de la frontière avec dans les rivières non navigables, des écarts d’une centaine de mètres. Evidemment, il y a eu des passages qui n’étaient tout simplement pas franchissables comme les centrales nucléaires, ou des zones militaires. Mais c’est vrai que j’étais dans cet "extrémisme" de suivre la frontière le plus possible et c’est ça qui rendait le voyage encore plus difficile.

Lionel Daudet : "J’étais dans un extrémisme de suivre la frontière le plus possible" Interview (1)

Qu’en est-il des bornes que tu trouvais sur ton passage et que tu voulais surtout absolument croiser ?

Il y a beaucoup de bornes en montagne, mais elles sont souvent à des passages de col. Elles sont moins placées à des sommets car à l’époque, qui disait frontière disait douanes et donc perceptions de taxes. Il fallait donc que la frontière soit bien matérialisée pour que les douaniers sachent quand ils devaient demander une taxe aux personnes qui la traversait.

Qui filme ton périple ? On a l’impression que la caméra passe de mains en mains ?

Pour la caméra, c’est à l’image du voyage. Il y a une immense caravane qui s’est mis en place et les gens qui ont filmé formaient aussi une grande chaîne. J’avais des caméramans pros qui venaient sur plusieurs étapes entre le Mont Blanc et le lac Léman, parce que le projet les faisait tripper. Moi, je filmais avec un appareil haut de gamme en full HD, ma femme avait une petite caméra et les gens qui venaient avec moi et qui filmaient aussi de leur côté nous donnait ensuite les images. On ne peut pas dire qu’il y ait eu réellement une équipe de tournage autour de moi. Le film reflète vraiment ce voyage qui a été une série de rencontres. C’est un film très immersif avec une certaines rugosité qui laisse transparaitre beaucoup d’émotions.

Lionel Daudet