Loïc Collomb-Patton : "Le Freeride World Tour est une compétition très aléatoire" (interview)

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Loïc Collomb-Patton vient de débuter sa saison sur le Freeride World Tour 2016 avec une dixième place à Vallnord. Le rider français, vainqueur du général en 2014, revient dans une interview sur ses objectifs, sa préparation et une année 2015 difficile.

En ski freeride, Loïc Collomb-Patton fait partie des riders français à suivre de très près. Après avoir acquis le titre de champion du monde de la discipline, au Freeride World Tour 2014, lors sa première participation, le Tricolore a été moins en réussite en 2015, finissant sixième du classement général de la compétition. Une année 2015 difficile pour le rider qui a subi une grosse chute lors du tournage du dernier opus de La Nuit de la Glisse "Don’t Crack Under Pressure", l'an dernier. Après une bonne préparation, le rider se lance pour une troisième saison sur le Freeride World Tour. Une première étape, en Andorre ce week end, terminée à la dixième place. Dans une interview accordée à meltyXtrem, le rider français revient sur ses difficultés la saison dernière, son objectif en 2016, ses projets et sur sa lourde chute et les enseignements qu’il en a tirés. A voir aussi : Freeride World Tour 2016 : Kristofer Turdell remporte Vallnord Arcalis, les Français placés (résultats).

meltyXtrem : Tu termines sixième au classement général du Freeride World Tour 2015 alors que tu avais été couronné en 2014. Qu’est-ce qui a été plus difficile la saison dernière ?

Loïc Collomb Patton : C’est vrai que la saison 2015 a été plus difficile. Je dirais que la plus grosse difficulté était l’attente derrière moi et donc la pression à gérer après mon titre en 2014. Mentalement, je savais que tout le monde m’attendait. Sur la première étape à Chamonix, en 2015, j’avais une pression folle. Rien qu’en gagnant à Chamonix, j’avais l’impression d’avoir gagné la saison. Avec le recul, je me dis que la saison 2015 s’est terminée après la première course. Je dirais qu’il m’a manqué du temps et du savoir-faire. Je pense réellement que le manque d’expérience sur ce genre de compétition explique mon résultat en 2015.

Tu es double vainqueur à Chamonix, en lice pour une troisième victoire là-bas en février prochain. Cette étape possède quelque chose de spécial pour toi ?

Loïc Collomb Patton : Pour moi, Chamonix et Verbier sont deux étapes assez particulières. Il y a ma famille, mes amis, beaucoup de proches qui se déplacent pour me voir. Je suis au départ de la face et je les entends me supporter en bas, forcément c’est particulier. C’est une pression en plus, mais de la bonne pression, positive. Je me sens vraiment bien.

Ton titre en 2014 t’a-t-il permis d'avoir de nouveaux sponsors ?

Loïc Collomb Patton : Il est vrai que ce trophée obtenu en 2014 m’a bien aidé. Je n’ai pas signé de nouveaux sponsors. Par contre, j’ai signé de plus gros contrats. Ce qui a vraiment changé, c’est du point de vue médiatique. Le reportage réalisé avec les équipes d’Intérieur Sport de Canal + (voir ci-dessous) a très bien marché. C’est le reportage le plus partagé après celui de Tony Parker. Je remercie vraiment l’équipe pour ce qu’ils ont fait. J’ai pris beaucoup de plaisir à le faire et je pense vraiment qu’il m’a aidé à me faire connaitre, autant que mon titre.

Quel est ton objectif cette année sur le Freeride World Tour ?

Loïc Collomb Patton : Forcément, j’ai envie de gagner, je ne vais pas le cacher. En même temps, après deux saisons sur le Freeride World Tour, je suis conscient que c’est très aléatoire. Tu peux facilement gagner mais aussi très facilement te faire sortir. Cela se joue à rien. Je prends exemple sur la saison 2015, sur l’étape en Andorre, qui a remplacé la manche autrichienne. J’ai le run de la gagne. Mais sur le dernier saut, je me trompe un petit peu d’axe. Je me suis loupé de seulement deux mètres. Au final, j’ai atterri sur du plat et je me retrouve 17ème. Si ça trouve, si je n’avais pas sauté, j’aurais peut-être pu gagner. Une chose est sûre : c’est celui qui a le plus envie de gagner qui peut s’en sortir vainqueur.

Comment t’es-tu entrainé pour préparer cette saison ?

Loïc Collomb Patton : Je me suis préparé différemment cette saison. Je me suis blessé au dos au printemps 2015, avec deux vertèbres cassées et le sacrum, à cause de ma chute lors du tournage du film "Don't Crack Under Pressure". J’ai eu des difficultés pendant un bon mois et demi. Au bout de trois mois, j’ai retrouvé ma forme. Je me sentais vraiment bien. Et là, je suis vraiment bien. L’entraînement principal revenait à bouger tous les jours, histoire de me sentir en forme. J’ai mélangé les disciplines, aussi bien du vélo que de la randonnée et du tennis. Et surtout prendre du plaisir dans ce que l’on fait. C’est très important.

Que penses-tu de George Rodney qui a un peu fait comme toi l'année dernière, à savoir arriver sur le World Tour et remporter tout de suite le titre ?

Loïc Collomb Patton : C’est une bonne personne. C’est un rider qui est toujours à l’attaque. On voit à sa façon de skier qu’il se fait plaisir, même en compétition. Il a vraiment toutes les qualités pour aller chercher des victoires. On possède à peu près la même approche. Je dirais juste que je suis peut-être un peu plus freestyle que lui dans le choix de lignes.

Loïc Collomb-Patton : "Le Freeride World Tour est une compétition très aléatoire" (interview)

Quelle étape aimerais-tu voir arriver sur le Freeride World Tour ? Qu'as-tu pensé de l'épreuve en Alaska qui est arrivée au programme en 2015 ?

Loïc Collomb Patton : Concernant l’Alaska, c’est vrai que je suis passé un peu à côté de mon run l’année dernière. J’avais trouvé une super ligne. Je suis tombé bêtement. Du coup, je n’ai pas pu aller en bas de ma ligne. Je regrette un peu cette chute, j’aurais pu faire mieux. J’espère avoir les mêmes conditions que l’année dernière. Sinon, mon étape rêvée serait une compétition à La Clusaz, ma station. Ce serait vraiment envisageable. Après, c’est une histoire de moyens et d’envie. J’essaie de faire passer le message, je n’ai que la parole pour tenter un coup. Quand je discute avec Nicolas Hale-Woods, le directeur du Freeride World Tour, je lui glisse toujours un petit mot.

Peux-tu revenir sur ta chute sur le dernier film de la Nuit de la Glisse "Don’t Crack Under Pressure" ? Tires-tu des leçons de cet accident ?

Loïc Collomb Patton : Ce n’était pas ma première chute mais c’était la plus lourde. J’ai attaqué une ligne où il y avait une cuvette. La neige a commencé à tomber en masse et c’était difficile de trouver une manière de l’éviter. Je me suis retrouvé dans l’entonnoir. J'ai fait à peu près 400 mètres de chute dans la neige. Avec cet accident, j’ai mis du temps à remettre les skis. L’appréhension reste toujours dans un petit coin de la tête. Je pense que je réfléchis plus à mes choix de lignes désormais. Après, le ski reste ma passion et je ne suis pas prêt d’arrêter.

As-tu des projets prévus cette année ?

Loïc Collomb Patton : Un prochain film pour la Nuit de la Glisse est dans les tuyaux, avec une belle partie de ski freeride, dans le Massif des Aravis. On a des idées et des bons spots en vue. On va bientôt tourner. On va s’y prendre plus tôt. On va tout faire pour sortir une superbe vidéo l’an prochain. J’ai un autre projet en tête mais je ne peux pas en parler pour le moment.