Loïc Collomb-Patton : "Plus je visualise mon run, plus je suis performant" (interview exclu)

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Le skieur freeride Loïc Collomb-Patton s'apprête à entamer la saison 2015 du Freeride World Tour à l'occasion de la première épreuve à Chamonix le 24 janvier. Il s'est confié en exclusivité à meltyXtrem.

À 28 ans, Loïc Collomb-Patton s'apprête à entamer sa deuxième saison sur le Freeride World Tour. Et la particularité de ce skieur originaire de La Clusaz (Savoie) est de porter déjà l'étiquette de tenant du titre. Vainqueur en 2014 dès sa première saison - une performance réalisée uniquement par son ami Candide Thovex en 2010 jusque-là -, il s'est imposé comme la référence dans la discipline, lui qui a un temps hésité entre le ski freestyle et le freeride. Pour assumer ce statut, Loïc Collomb-Patton a décidé de ne rien changer et de ne pas se mettre de pression inutile. S'il sait qu'aucun rider n'a encore réussi à réaliser le doublé dans la discipline, il s'appuie sur sa préparation et son amour de la glisse pour avancer vers ses nouveaux objectifs. Après avoir abordé la question de sa préparation dans la première partie de l'interview qu'il a accordée à meltyXtrem, il analyse notamment sa discipline et la manière dont il vit la compétition le jour J. Toujours avec la même passion ! À lire aussi : Loïc Collomb-Patton : "Scorer dès la première épreuve sur le Freeride World Tour 2015" (interview exclu).

Vous avez pratiqué le freestyle et le freeride, quelles différences faîtes-vous entre ces deux disciplines ?

Ce sont deux activités incomparables, à part peut-être sur l'aspect mental. L'avantage du freestyle, c'est que cela te permet de participer à de grosses compétitions, comme les championnats du monde, les X Games, les coupes du monde, l'US Open… Cela m'a appris à gérer la pression des grosses échéances. Sur le Freeride World Tour, ce sont cinq grosses échéances et mon bagage freestyle m'aide mentalement. Après, bien sûr, cela m'a apporté une certaine aisance dans les airs, ce n'est pas négligeable. Mais ce n'est pas là-dessus que je peux faire toute la différence.

Quel regard portez-vous sur la concurrence ?

Je ne regarde pas du tout la concurrence, même pas les runs des autres participants. Quand je suis parti dernier à Chamonix l'an dernier, j'ai juste vu un rider passer lorsque j'étais en train de monter. Mais autrement je ne regarde pas. Je reste dans ma ligne, je sais ce que j'ai à faire. En dehors des courses, je regarde bien sûr la "start list", voir s'il y a des nouveaux notamment. Mais je ne me dis pas : "Oh punaise, il est là lui !" Celui qui me fait le plus peur, c'est moi-même. À moi d'être le meilleur !

Comment abordez-vous les risques dans la pratique de ce sport extrême ?

C'est difficile à dire car j'ai appris à intégrer cette dimension. Je vis ça tous les jours donc je gère le risque. Je ne vois pas la discipline avec le même regard que le grand public. Je ne suis pas fou, à chaque fois que je passe à un endroit, je l'ai réfléchi et je sais pourquoi j'y passe. Personnellement, je n'ai pas peur. Pour réussir dans ce sport, il faut de l'adrénaline et de la pression car c'est grâce à ça que tu entres dans un état d'esprit particulier pour descendre. Sinon tu ne le ferais pas et j'en ai besoin pour performer.

Parlez-nous justement de cet état d'esprit dans lequel vous êtes en compétition…

On peut comparer le freeride avec le ski alpin en descente dans l'effort physique, cela demande autant de présence mentalement. La différence, c'est qu'en ski de descente, les mecs apprennent une trajectoire, quand nous, on va définir un run. Et on ne s'entraîne pas sur ce run, on le mémorise aux jumelles et aux photos. C'est vachement plus dur que d'avoir deux descentes d'entraînement. Il faut essayer de sentir le run avant de le faire. Plus j'arrive à l'imaginer, plus je suis performant.

Loïc Collomb-Patton : "Plus je visualise mon run, plus je suis performant" (interview exclu) - photo
Loïc Collomb-Patton : "Plus je visualise mon run, plus je suis performant" (interview exclu) - photo

Un an après, quelle analyse faîtes-vous de votre titre la saison dernière ?

C'est avant tout une sacrée satisfaction personnelle car j'ai perdu mon père plus jeune et je m'étais fait la promesse de gagner un titre un jour pour lui. Et je suis allé le chercher… À mes yeux, cela m'est presque arrivé un peu trop tôt car cela a accéléré mes objectifs.

Avez-vous connu des moments de doute dans votre progression ?

Oui, plusieurs fois je me suis dit que j'étais en train d'y passer mon temps, mon énergie et mes économies… C'était entre 2009 et 2011. J'étais un peu en transition entre le freestyle et le freeride, j'avais connu une blessure et mis deux ans à m'en remettre donc c'était compliqué. Je manquais de moyens et il a fallu prendre une décision. Puis en 2010, Candide (Thovex, ndlr) gagne le tour et je sais qu'on a un peu le même profil, on vient tous les deux de La Clusaz. Et même si personne n'est comparable à Candide, je me suis dit que s'il y était arrivé, j'avais aussi ma chance. Et j'aime tellement le ski et la compétition que je n'arrivais pas à arrêter.

Que peut-on vous souhaiter pour cette année ?

La même chose que l'année dernière (sourire) !