Lynn Hill : "Pratiquer l’escalade dans la nature est une vraie chance"

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Présente aux Rencontres CinéMontagne de Grenoble 2015 pour présenter le film Valley Uprising, Lynn Hill a accordé une interview à meltyXtrem.

Une vraie légende de l’escalade ! A 54 ans, Lynn Hill est une grimpeuse américaine qui a marqué son sport. Avec plus d’une quinzaine de médailles en compétition, elle fait partie des sportives les plus douées des années 80-90. En 1993, la grimpeuse a réalisé un exploit incroyable. Elle est devenue la première femme à réussir l'ascension en libre d'El Capitan, dans le parc du Yosemite, en Californie, par la voie du Nose. Un exploit qu'elle a redoublé l'année suivante, en vingt-trois heures. Une vraie performance qui a permis à Lynn Hill de se faire un nom dans le monde de l’escalade, avec la consécration ultime, une place au sein du Hall of Fame en septembre 2015 pour l'ensemble de son palmarès. La grimpeuse était présente, la semaine dernière, lors des Rencontres CinéMontagne de Grenoble 2015 pour présenter le film Valley Uprising. Le long-métrage présente la révolution de la discipline dans le parc du Yosemite par des grimpeurs aussi doués que fous, sur une période de plus de cinquante ans. La rédaction de meltyXtrem a pu s’entretenir avec Lynn Hill. La sportive est revenue sur le film Valley Uprising, ce que lui apporte l’escalade et sa vision de l’évolution de la discipline depuis ses débuts dans les années 70. A voir aussi : Reportage au cœur des Rencontres CinéMontagne de Grenoble 2015.

Comment avez-vous travaillé sur le film Valley Uprising ? Avez-vous donné aux réalisateurs des vidéos et photos de vous ?

Effectivement, j’ai donné des images qui m’appartiennent. J’ai aidé les réalisateurs pour trouver des archives. Je pense que je fais partie des gens qui ont donné l’idée de faire ce film. En fait, avec une amie, on a vu un film sur les débuts du skateboard qui s’appelle Dogtown and Z-Boys. On a beaucoup aimé et on a eu l’idée de proposer une idée de film qui reviendrait sur notre génération de Stone Masters, dans la vallée du Yosemite. Après, je ne suis pas intervenu sur Valley Uprising, ni sur le montage, ni sur la réalisation ou les choix réalisés. J’ai bien aimé le long-métrage. Après, ce qui est difficile pour les réalisateurs, c’est de résumer plus de cinquante ans d’escalade en 98 minutes. C’est compliqué mais j’aurais bien aimé voir un film sur ma génération et tous mes amis grimpeurs.

Dans ce film, on se rend compte que la pratique de l’escalade a changé des années 70-80 à aujourd’hui. Avant, les grimpeurs étaient un peu plus incontrôlables, avec l’alcool et même la façon de grimper. Sentez-vous une pointe de nostalgie ou pas de repenser à ces années ?

Je suis un peu nostalgique. C’est vrai que la liberté et le fait de ne pas avoir de responsabilités me manquent de temps en temps. Cela faisait partie de la culture de l’époque de se lâcher. L’idée était de se pousser dans les difficultés et d’aller plus loin, avec pas toujours assez de protections. Ce qu’on cherchait, c’était de trouver les voies qui n’avaient pas été déjà escaladées, sinon ça aurait été trop facile. Faire la balance entre sécurité et difficulté était un jeu sérieux pour nous. Certains moments me reviennent donc oui je suis un peu nostalgique.

Comment et quand avez-vous réalisé qu’il serait possible de devenir une grimpeuse pro ?

Mon premier contrat professionnel date de 1988. Ce sont grâce aux compétitions remportées que j’ai pu avoir un avenir dans la pratique de l’escalade. J’ai développé une certaine vision, de l’expérience, l’accumulation de bons résultats qui m’a ensuite permis de devenir grimpeuse professionnelle.

Lynn Hill : "Pratiquer l’escalade dans la nature est une vraie chance"

Grimpez-vous toujours aujourd’hui ? Quelles sont les meilleurs endroits pour grimper selon vous ?

Oui je grimpe toujours. J’aime beaucoup grimper en France, dans de superbes endroits comme les Gorges du Verdon, Chamonix, les Calanques. En Italie, j’adore me rendre en Sardaigne et dans les Dolomites. Je préfère grimper en Europe. Après la difficulté est de bouger avec un enfant tout le temps en Europe puisque je vis toujours aux Etats-Unis. J’essaie d’organiser des voyages l’été pour revenir en Europe. Pas loin de chez moi, au Colorado, aux USA, il y a de belles falaises qui me plaisent toujours autant. J’ai réussi à monter une voie notée 8b +, très physique, sur du calcaire, aux USA. Ce n’était pas facile mais je suis heureuse d’être allée jusqu’au bout.

Quelles sont les qualités que vous recommandez pour devenir un bon grimpeur ?

C’est important de faire toutes les disciplines sur le rocher, autant les voies longues que les voies courtes et s’essayer à des styles différents. Les grimpeurs actuels se spécialisent directement dans une discipline et ne font que ça. Je peux comprendre que l’escalade surplombant soit plus intéressant à pratiquer que l’escalade en salle. Il ne faut pas juste réussir une voie mais toujours analyser tous les détails, toutes les difficultés traversées et se dire comment on a fait pour y arriver. Une des clés est de mettre le moins de force possible et de bien se concentrer pour monter correctement. Il faut également toujours être calme pendant l’ascension et maître de ses mouvements. Essayer de bien dompter le rythme aussi, ne pas s’emballer et aller trop vite. Avant, la règle d’or était de ne pas tomber mais aujourd’hui, avec le matériel actuel, on peut tomber sans problème, on se sent toujours en sécurité. Mais cela peut influer sur le manque d’analyse et de concentration dans la montée.

Que vous apporte l’escalade ?

Le fait de pratiquer une discipline dans la nature est une vraie chance. On s’adapte à la nature, ce n’est pas artificiel. On possède une liberté de mouvements, selon le style de chacun. Il n’y a pas de normes. C’est une découverte perpétuelle d’endroits toujours différents, avec la chance de voyager. L’amitié, parmi les autres grimpeurs, est plus naturelle, selon moi, que dans d’autres disciplines. Pendant mes années de compétition, il est vrai que ce n’était pas très relaxant, plus stressant. Mais c’était un choix de vie et j’ai fait ça pendant six ans, je ne pense pas que j’aurai pu rester plus longtemps dans le circuit.

Vous êtes montés sur beaucoup de podiums durant votre carrière. Toutes ces médailles sont importantes à vos yeux. Y en-a-il une qui compte plus que les autres, qui a une symbolique importante ?

Je dirai mon ascension en 1990, à Lyon. La voie de la finale hommes servait de voie de super finale pour les femmes. Au final, je suis la seule femme à avoir réussi à monter avec François Legrand et Didier Raboutou. Je savais que j’avais le niveau pour y arriver et je l’ai fait. C’était un très beau moment.

Que faites-vous désormais ? Travaillez-vous avec Petzl pour aider la marque pour développer les nouveaux produits, forte de votre expérience ?

Je continue mon rôle d’ambassadrice pour Petzl. Je suis contente de travailler avec cette marque, sur des événements, sur le développement de produits pour l’escalade. J’avais également un partenariat avec la marque Patagonia mais nous avons mis un terme à cette collaboration il y a deux semaines. C’était difficile dans le planning de tout faire coïncider.

La préservation de l’écologie est un de vos plus grands combats. Pensez-vous que la COP 21 qui se déroule en France en décembre va changer les mentalités des gens et des politiques ?

Selon moi, chacun doit remplir son rôle et faire attention. Il faut aussi alerter les autorités et les gouvernements afin de faire avancer les choses. J’ai des panneaux solaires chez moi. Je fais bien attention à ne pas gaspiller l’eau. Je fais la promotion auprès des grimpeurs de choisir l’énergie que l’on utilise. Le charbon est très utilisé mais on doit, à tout prix, limiter l’impact de ce minéral car il pollue beaucoup. J’essaie de donner mon temps et mon énergie pour contribuer à améliorer la situation environnementale.

Quels sont vos projets ?

J’ai un film qui est actuellement en préparation sur tout l’aspect technique dans l’escalade. La vidéo s’appellera The Art of Rock Climbing. Mais tout n’est pas encore tourné. Je ne peux pas encore donner de date de sortie. Je continue mon rôle d’ambassadrice auprès de la marque Petzl et je continue bien sûr à escalader. Il me reste encore plein d’endroits à découvrir !