Marie Martinod : ''Mon objectif cette saison ? Tout gagner !'', interview exclu de la skieuse freestyle

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Marie Martinod est une skieuse freestyle au parcours hors pair. Après avoir tout raflé en compétitions jusqu'à l'âge de 23 ans, la Française décide alors de se consacrer à sa vie personnelle. Après six ans d'absence, elle fait un retour tonitruant au sein du circuit mondial. Récemment médaillée des Jeux de Sochi, nous l'avons rencontrée à l'occasion de la projection de son film '' Au nom des miens ''.

Souvenez-vous, c'était le 20 février 2014. Alors que le ski halfpipe avait fait récemment son entrée comme nouvelle épreuve aux Jeux Olympiques, Marie Martinod remporte la première médaille d'argent dans la discipline. Accompagnée par sa fille sur le podium à Sochi, la skieuse française n'en revient toujours pas. Après six ans d'absence sur le circuit international pour se consacrer à sa vie personnelle, Marie Martinod a sacrifié deux années de sa vie dans le but d'arracher une breloque aux JO de Sochi. Le pari est réussi et cette dernière s'est même emparée de la 15e et dernière médaille française. Une consécration rendue possible grâce à un talent incontesté mais aussi à un mental d'acier qu'elle s'est forgée durant toutes ces années.

Alors au plus haut niveau en 2006, Marie Martinod stoppe le ski freestyle pour se dévouer à sa nouvelle vie de femme mais surtout de mère. Peu de temps après, un terrible accident de voiture a bien failli lui coûter son bras gauche. Mais avec une volonté sans faille et son caractère de battante, Marie Martinod a réussi à faire face à l'adversité. Avec du temps, et beaucoup de travail, la médaillée d'argent des JO de Sochi est revenue à son meilleur niveau, parmi l'élite mondiale. Cette force de la nature, nous l'avons rencontrée à l'occasion de la projection de son film '' Au nom des miens '' à Paris, le documentaire réalisé par Laurent Jamet qui retrace son parcours. Après une césure et à nouveau le retour aux entraînements, Marie Martinod reprendra la compétition avec les épreuves d'ouverture de la coupe du monde de ski halfpipe à Copper Mountain aux États-Unis en décembre. Son plus gros objectif ? '' Tout gagner, mais surtout se faire plaisir ! '' Découvrez l'interview exclu qu'elle nous a accordée ci-dessous.

Comment s'est déroulé ton après Sochi ?

Il s'est très bien passé. Tu fais partie des 15 médaillés des Jeux de Sochi donc ça ne peut que bien se dérouler ! Tu es '' chouchoutée '' par ta Fédération, invitée à des dîners qui n'en finissent plus, mais où tu rencontres toujours des personnes intéressantes. Tu es sollicitée pour des œuvres caritatives ou pour aider des associations. C'est toujours plaisant de pouvoir se servir de ce '' statut '' de médaillé pour faire des choses concrètes, histoire que ça ne reste pas seulement TA médaille.

Marie Martinod : ''Mon objectif cette saison ? Tout gagner !'', interview exclu de la skieuse freestyle

Lorsque tu es revenue dans le monde des compétitions en 2012, as-tu retrouvé les mêmes concurrentes que tu avais laissées sept ans auparavant ?

Quand j'avais arrêté en 2006, il y avait à peu près 8, 10 filles sur le circuit qui faisaient du halfpipe. Là, on va dire qu'il y a près de 60 rideuses au départ en coupe du monde ! Donc beaucoup plus de filles ! Mais il y a toutefois toujours des filles que j'ai connues.

Est-ce que tu penses que ton retour a pu leur faire peur ?

Des filles ont rigolé bien sûr, elles ne m'ont pas prises au sérieux. En même temps, je trouve ça normal car quand on est installés dans le circuit et qu'une fille arrive en bousculant tout, tu te dis forcément '' c'est quoi ce délire ! ''. Mais j'ai su plus tard qu'elles me connaissaient déjà. Certaines m'ont même dit : '' j'ai voulu faire du pipe grâce à toi depuis que j'ai l'âge de 10 ans ''. Ça fait toujours bizarre d'entendre ça.

Qu'est-ce qui a changé chez toi entre 2007 et 2012 ?

Avec ce que j'ai vécu entre ces deux périodes, je me dis surtout que je suis particulièrement chanceuse. Car après avoir goûté à la monotonie d'un travail, c'est quand même une belle opportunité d'avoir pu refaire du ski, de pouvoir s'exercer dehors et de gérer son planning, même si celui que j'ai est contraignant. Au final, je le trouve beaucoup moins que celui du '' vrai '' monde du travail.

Et as-tu trouvé un changement notable dans la discipline du ski freestyle ?

Je trouve que le ski freestyle s'est beaucoup professionnalisé. Quand je suis revenue en compétitions, j'avais été faire un tour aux X Games (je n'étais pas invitée pour les faire, juste pour y assister). Quand je suis rentrée dans une salle dédiée aux sportifs, j'au vu de nombreux athlètes en train de pédaler sur des vélos, tous alignés les uns à côté des autres. Ils faisaient de la récupération afin de ne pas être courbaturés le lendemain. J'ai halluciné ! Moi à l'époque, les copains ils allaient boire des bières après leurs sessions !

Et maintenant que tu es revenue, jusqu'où comptes-tu aller ?

Alors ça, je n'en sais rien ! L'avenir nous le dira. Je ne me fixe pas d'objectifs vraiment car depuis deux ans, j'ai fonctionné que par rapport aux Jeux Olympiques de Sochi. Je n'avais pas d'autres idées en tête. Et là du coup, j'ai changé ma façon d'aborder les choses. J'y vais vraiment pour me faire plaisir. Tant que j'arriverai à faire les figures que je veux, à progresser etc, je continuerai.

Marie Martinod : ''Mon objectif cette saison ? Tout gagner !'', interview exclu de la skieuse freestyle

Pour cette saison, tu as quand même bien quelques objectifs en tête ?

Mon objectif ? TOUT gagner ! Je ne me dis pas : '' je vais me focaliser seulement sur les X Games ou une autre compétition '', et mettre de côté les étapes de coupe du monde. On a une saison qui n'est pas très remplie (trois étapes de coupe du monde, un Dew Tour, les X Games, les championnats du monde), ça ne fait que six courses ! C'est un petit programme. C'est pour cela que je ne veux faire l'impasse sur aucune épreuve.

Sachant que les X Games et les championnats du monde se déroulent en même temps pour vous les filles, comment allez-vous procéder ?

Pour le moment, on ne peut pas faire les deux ! Les épreuves se déroulent en même temps, la coupe du monde aux États-Unis et les championnats en Autriche. Si le calendrier ne change pas, je vais devoir faire un choix entre les deux. J'ai envie de tenter d'être championne du monde pour la notoriété que ça peut t'apporter au niveau du grand public, mais aussi en termes de retombées pour tes contrats et tes sponsors. Je peux faire aussi le choix des X Games qui sont l'essence même de ce qu'on a toujours fait. C'est la première institution qui a fait confiance aux skieurs en pipe et qui a finalement créé cette discipline. Mon choix sera quand même vite fait dans le sens où je ne cours pas après les contrats. J'aurai donc tendance à faire les X Games pour le plaisir que c'est d'y être.

Le choix des autres filles va se faire comment à ton avis ?

Je pense que certaines la joueront '' stratégie '', en se disant que si certaines filles font les X Games, elles auraient peut-être plus de chance d'être championne du monde. Ce serait malheureusement une dérive de faire un choix purement stratégique. Je trouverai ça dommage. J'espère toujours que le planning chez ESPN va changer !

Tu crois que c'est possible ?

Ça peut ! Chacune d'entre nous a écrit un mail en demandant '' pourquoi les garçons peuvent faire les deux, et pas nous '' ? Pour le moment, aucune réponse.

Les Jeux Olympiques de 2018, tu y penses déjà ?

Absolument pas ! J'ai vraiment envie de me faire plaisir pour le moment. Je ne veux rien m'interdire, même le fait d'être mère une deuxième fois. Je suis une femme et une mère avant tout, c'est ce qui m'anime donc je ne pense pas aux Jeux pour l'instant. J'ai vu déjà comme c'était lourd de penser aux Jeux pendant deux ans.

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As-tu bossé ces derniers temps sur une nouvelle figure ?

Oui ! C'était bien d'ailleurs d'avoir pu travailler sur de nouvelles figures cet été lors des entraînements. Car après les Jeux, tu fais que '' discuter '' sur toi, sur ce que tu as fait et finalement tu es toujours dans le passé ! Alors que moi, j'ai toujours besoin de me projeter et de me rassurer dans mes projets en validant des étapes. C'était chouette de retourner sur les skis au mois de juillet (lors du stage aux 2 Alpes, ndlr) pour vérifier que j'étais bien une skieuse et que c'était toujours mon truc ! J'avais, en plus, des nouvelles figures en tête et je voulais savoir si j'étais capable de les essayer. La progression, c'est tout bonnement génial ! La compétition c'est surtout par rapport à toi donc les progrès sont très importants.

Marie Martinod : ''Mon objectif cette saison ? Tout gagner !'', interview exclu de la skieuse freestyle

Quel est ton avis sur le fait que les riders du Freeski Project soient obligés de mettre sur pied un financement participatif ?

Je trouve cela un peu triste. Ça veut dire qu'il y a clairement un problème aujourd'hui pour '' s'en sortir ''. Les saisons coûtent très chères, même de plus en plus chères ! Ça devient davantage compliqué pour les financer. Ils se détachent en quelque sorte de la Fédération pour pouvoir gérer à leur façon leurs hivers, leurs saisons et leurs plannings, leurs coachs. Ça s'appelle la liberté, même si là on peut dire qu'elle a un prix ! Je crois qu'aujourd'hui, ça devient difficile de pouvoir financer toute une saison.

Et à quel niveau la Fédération française de ski vous aide-t-elle ?

Elle nous aide au niveau du suivi médical. Tout est pris en charge par la Fédération, ce qui est vraiment bien. Elle nous alloue également un budget que l'on vire directement pour le coach. On ne le voit pas passer mais on sait qu'il y a 3 500 euros qui sont donnés à chacun des riders. Elle me rembourse également 400 euros par coupe du monde. Cela prend en charge une partie des frais même si par exemple un billet pour les États-Unis équivaut à 1 000 euros à peu près ! Plus deux semaines de logement à 150 euros la nuit... Mais c'est mieux que rien ! Elle nous aide également pour les infrastructures dans le cadre de nos entraînements. La Fédération a pris en charge par exemple l'entretien du pipe de Tignes. Mais il faut savoir qu'une saison coûte approximativement entre 30 000 et 50 000 euros !

Tu me parlais de la place des filles en ski freestyle. Toi, qu'est-ce que tu changerais pour que les rideuse prennent encore plus de places dans ce milieu ?

Par exemple, nous avons jamais les finales aux heures de grande écoute. Nos passages sont soient, deux heures avant les garçons ou après, quand le public est en train de manger. Ce sont des choses mises en place qui pourraient changer. Il faudrait également plus de filles qui font du ski freestyle ! Et surtout, que les mères arrêtent d'avoir peur pour leurs filles qui '' sautent des bosses ''. C'est comme dans les magasins de jouets. Tu as d'un côté : les poupées pour les filles, et de l'autre : des fusils et des trucs de mécanique pour les garçons. Du coup, on ne pousse pas assez les filles à faire ce genre de pratique (ski freestyle).

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Après avoir organisé le Air Ladies, vas-tu à nouveau te lancer dans l'organisation d'un événement ?

Oui, on va faire le Air Ladies 2. Je reprends un peu le même concept que lors du premier événement (dédié à Sarah Burke) mais avec tout de même quelques modifications. En ce qui concerne la forme, je pense qu'on va faire un halfpipe et non un quater-pipe. Les filles peuvent vraiment monter beaucoup plus haut. Elles seront donc capables de donner un plus beau spectacle. Les fonds seront reversés cette fois-ci à la fondation ELA, qui s'occupe des enfants atteints de leucodystrophie.