Myriam Nicole : "Je suis une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite" (exclu)

Ecrit par

Myriam Nicole représente la meilleure chance française en coupe du monde de VTT descente, celle qui pourrait freiner une Rachel Atherton impériale en ce début de saison. meltyXtrem a rencontré la rideuse Red Bull, qui se remet d’une clavicule cassée, et reviendra pour la deuxième partie de saison.

Depuis le début de saison, elle ronge son frein, regardant Rachel Atherton enchaîner les victoires sur la coupe du monde de VTT descente. Blessée en début de saison (clavicule cassée), Myriam Nicole n’a pas pu participer aux deux premières épreuves de l’année à Lourdes (France) et à Cairns (Australie). Si elle était bien présente sur la première en mode "reporter" pour Red Bull, on aurait évidemment préféré la voir sur le bike, et donner le change à Rachel, qui semble intouchable cette année chez les filles. En attendant de revoir la Française à Lenzerheide pour la cinquième étape de coupe du monde (9 et 10 juillet), la rideuse du Commencal Vallnord Racing est passée nous voir dans nos locaux, histoire de faire le point avec elle. Bonne nouvelle, elle n'a déjà plus le bras en écharpe qu'elle portait à Lourdes. Et même s’il elle devra se montrer encore patiente avant son retour en coupe du monde, Myriam ne chôme pas pour autant (" mon préparateur me dit que je vais avoir des cuisses énormes tellement je bosse mon physique en ce moment "). A lire aussi : Ces descentes VTT qui rentrées l'histoire.

Myriam Nicole : "Je suis une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite" (exclu)

Comment t’es-tu blessée en début de saison et où en es-tu de cette clavicule cassée ?

Je suis tombé au Portugal à l'entraînement. Je l’ai un peu cherché en voulant faire quelque chose de plus difficile pour vraiment avoir une prépa au top. C’est un saut sur lequel il y avait pas mal de risques, il était assez technique avec une réception à bien exécuter car assez étroite. Je l’ai fait une fois, ça s’est bien passé. Mais sur la deuxième tentative, j’étais un peu trop vite, j’ai atterri trop loin et je me suis crashé. La chute est aussi probablement liée à la mauvaise consolidation de l’épaule droite sur laquelle je suis également tombée cet hiver. Je n’avais pas fait de renforcement musculaire donc je n’étais probablement pas assez costaud pour tenir le vélo.

Tu seras prête pour Fort William début juin ?

Non, je n’ai pas le droit de prendre de vibrations dans la blessure jusqu’au 2 juin. Ce sera trop juste pour Fort William (4-5 juin) et même pour Leogang (11-12 juin) malheureusement. C’est important que je revienne uniquement quand je serai à 100 %. Je suis un peu une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite, mais les médecins me freinent et ils ont raison. En anglais, il y a une expression qui dit "fit to ride" et "fit to crash". Moi, je me sentirais de rouler, mais pas de tomber une nouvelle fois. Voilà, tout est dans la nuance… Début juin, je vais commencer la réathlétisation pendant deux semaines pour me remettre en forme, même si je fais déjà beaucoup d’entraînements sur le home trainer et sur la presse en ce moment au CREPS de Montpellier. Ensuite, j’enchaînerai sur deux semaines de ride dans les Alpes en stations. Je serai notamment sur la Crankworx aux Gets, même si je devrai avoir l’aval des médecins pour courir là-bas. Puis une coupe de France à Serre Chevalier, la coupe du monde de Lenzerheide en Suisse les 9 et 10 juillet, les championnats de France à Montgenèvre, la coupe du monde à Mont Saint Anne, le Crankworx Whistler… Bref, une deuxième moitié de saison bien chargée sur laquelle j’espère être performante

Courras-tu la Wings For Life qui se tiendra ce 8 mai à Rouen ? (sur laquelle on interviewait récemment Colin Jackson)

Je prendrai le départ, mais je ne vais évidemment pas forcer sur la blessure.

Myriam Nicole : "Je suis une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite" (exclu)

Comme Loic Bruni, tu cumules études et carrière pro, alors que d’autres riders sont toute l’année sur le bike. C’est un équilibre ou tu penses surtout à ton après-carrière ?

C’est un équilibre dont j’ai besoin. Je m’étais rendue compte lors d’une année après le Bac où je n’étais pas allée à l’école et où j’avais beaucoup ridé en Angleterre, que je ne pourrais pas vivre comme ça. Je suis rentré et j’ai commencé ma prépa kiné, mais c’était difficile à gérer. J’ai alors fait un DUT technique de commercialisation en horaires aménagées en tant que sportive de haut niveau. Je l’ai eu mais le commerce n’était finalement pas mon truc. J’ai donc retenté kiné et aujourd’hui, j’approche de la fin. Je ferai ma dernière année d’étude en 2017. Cette gestion sur deux tableaux est aussi une nécessité. Le monde de la DH est quand même plus un milieu de garçons et en tant que filles, on n’a pas toujours les mêmes opportunités qu’eux. En faisant ces études, je sais que j’ai un travail qui m’attend à la fin de ma carrière. C’est rassurant. Mais ce n’est pas impossible que je bosse plus tard pour un team comme kiné..

En tant que kiné justement, comment observes-tu ton corps qui a quand même payé le prix de plusieurs chutes ces dernières années ?

Je ne m’en inquiète pas plus que ça. Ce sont quand même des blessures qui se réparent. Je serai peut-être un peu plus rouillée, mais ça devrait aller (rires). En ski, les types se pètent 12 fois le genou et ils arrivent encore à faire de la compétition. Avec les techniques d’aujourd’hui, on parvient à bien nous remettre sur pied.

Cela fait six ans que tu es chez Commencal, une belle fidélité.

Je m’y sens bien. J’ai une longue histoire avec Commencal, mon premier vélo de descente était un DH de cette marque. Après trois ans chez Giant, je suis revenu chez Commencal. Ce que j’aime dans cette équipe, c’est l’ambiance et le fait que le boss (Max) soit autant investi dans le vélo de compétition. Il est presque sur toutes les étapes de coupe du monde, il nous supporte, il adore le sport. Cet hiver, il nous a loué une baraque énorme en Californie, c’était top.

Myriam Nicole : "Je suis une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite" (exclu)

Tu as eu d’autres propositions de teams concurrents ?

Je ne chercher pas particulièrement, mais je reste ouverte à ce que l’on peut me proposer. Quand on est en fin de contrat, on a toujours des personnes qui viennent un peu tâter le terrain, mais je leur dit que j’ai besoin d’une bonne ambiance comme celle que l’on trouve chez Commencal. Pour l’instant, ce n’est pas dans mon intention de partir.

Chez Commencal, il y a une attention particulière à faire des beaux vélos sur le plan esthétique. Ça compte aussi quand on a une belle machine ?

Pour une fille, c’est mieux si le vélo est beau, c’est clair ! Mais pourtant, je ne suis pas du tout partisane d’avoir un vélo rose (rires). J’aime bien qu’il soit typé "racing", qu’il ait l’air d’aller vite. Sébastien Caldas, le designer de Commencal, fait vraiment un superbe travail tant au niveau des vélos que du stand et de tout ce qui tourne autour de la décoration. Il a toujours des petites attentions pour nous avec des stickers, comme Pompom (son surnom) sur mon bike.

Aimes-tu travailler sur les réglages du vélo ?

Jusqu’à l’année dernière, j’avais trop la tête dans les études pour ça. Je révisais même parfois entre deux runs (on la voit notamment ci-dessous, bosser pendant les premiers tests dans le film "All In" qui retrace la saison 2015 du team). Cette année, j’ai étalé mon cursus sur deux ans pour avoir plus de temps pour le vélo. Pour la première fois, je me suis vraiment intéressé aux suspensions, d’autant qu’il y avait du changement avec l’arrivé de Rock Shox dans l'équipe. Dans les réglages, on explique vraiment ce que l’on ressent aux ingénieurs : « là, il me faisait mal au bras, là, il n’accrochait pas assez… ». Il ne faut pas que le vélo soit trop confortable car il peut prendre ensuite trop de débattement. C’est un juste un bon compromis à trouver.

Sur quel secteur les vélos de DH vont-ils le plus évoluer dans les saisons à venir selon toi ?

Je pense que les suspensions électriques sur les vélos de descente seront un gros plus. Sur des pistes comme celle de Cairns en Australie, tu pourras avoir un bouton qui te verrouillera tes suspensions pour le pédalage. Quand tu pédales avec 200 millimètres de débattement, c’est costaud d’emmener le vélo.

L’année dernière à Fort William et cette année à l’entrainement, tu chutes sur un saut. Comment fait-on pour bosser spécifiquement les jumps ?

Ce que j’ai appris de ma chute, c’est que je n’avais pas pu faire beaucoup de sauts pendant l’hiver. J’étais bloqué au CREPS et je ne roulais pas beaucoup en DH. Quand je me crashe, je me lance sur un saut trop gros, il me manque de la vitesse et c’est essentiel d’en avoir beaucoup pour bien passer un jump. Un autre avantage pour bien passer les sauts, c’est de venir du BMX, une filière par laquelle je ne suis pas passée. Ça te permet vraiment de mieux appréhender le moment où "tu voles". Et évidemment, il faut mettre la peur de côté et parvenir à se faire plaisir quand tu es en l’air. Sur les gros sauts, les mecs balancent souvent des énormes whips parce qu’ils sont en confiance, alors qu’on a peut-être plus tendance à être passive chez les filles. Les garçons me disent souvent qu’un saut, c’est vraiment facile, alors que les racines glissantes qui sont théoriquement plus compliquées à passer, nous posent moins de soucis.

Y’a-t-il une piste que tu apprécies en particulier ?

J’aime tout ce qui est très technique, raide et engagé, comme Val di Sole et Vallnord. J’apprécie aussi beaucoup Mont Saint Anne parce qu’il y a des passages pour récupérer entre les parties les plus difficiles. Mais maintenant, on bosse tellement tout que j’arrive même à me faire plaisir sur des pistes physiques comme Cairns.

Et sur l’ambiance, quelle est l’étape de coupe du monde où ça "gueule" le plus ?

Fort William, même s’ils gueulent plus pour les rosbeefs (rires). L’Andorre aussi, c’est top, il y a un monde dingue le long de la piste et en plus on est chez nous (Commencal est basé dans la principauté).

Myriam Nicole : "Je suis une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite" (exclu)

Tu es deux fois championne de France, championne d’Europe en 2011, troisième du général de la coupe du monde en 2013 et tu as déjà remporté une étape de coupe du monde. Quel est ton prochain objectif ?

Gagner d’autres coupes du monde, et pourquoi pas un championnat du monde. Mais je ne veux pas me prendre la tête, les résultats viendront si je peaufine tout au maximum.

Pourquoi Rachel Atherton est-elle aussi rapide ?

Elle est vraiment forte, c’est clair. A Cairns, elle a battu les meilleurs juniors hommes. Elle est très physique, très musclée, mais elle n’est pas imbattable. Sur un bon run, on peut être devant. Oui, il y a un gros écart de niveau entre les cinq meilleures et les autres. Mais des jeunes arrives, comme Marine Cabirou en France, la sœur de Viktoria Gimenez qui semble bien rouler également, les Anglaises ont aussi un gros vivier. Mais le principal, c’est que les filles arrêtent d’aller faire de l’enduro (rires). Elles se disent souvent que cette discipline est mieux adaptée pour elles, alors que la DH est trop engagée. Mais on a la chance en France d’avoir les Alpes et les Pyrénées, des terrains de jeu magnifiques pour la descente, il faut en profiter. Peut-être que plus tard, je mettrai en place des stages pour les filles afin de les aider à progresser.

Le fait que Rachel ride souvent avec son frère Gee peut aussi l’aider à aller plus vite ? Le fais-tu également de ton côté avec Rémy, Tibault et George ?

Cet hiver, on a mis en place des chronos, et je me comparais beaucoup avec les hommes. Je sais par exemple que je ne dois pas être à plus de 20 secondes de Rémy sur un passage spécifique. Donc oui, c’est un bon indicateur.

Myriam Nicole : "Je suis une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite" (exclu)

Pourquoi un rider est-il plus rapide qu’un autre ? Qu’est-ce qui fait la différence ?

Je pense que ça se situe beaucoup au niveau du travail effectué pendant l’hiver. Un rider sera rapide car il aura bossé tous les aspects, autant son réglage de suspensions que son physique, ses sauts, ses points faibles… Si tu arrives en haut de la piste en sachant que tu as maximisé au mieux ta préparation, tu seras forcément en confiance. Et la confiance est tellement importante dans notre sport. Quand tu te lâches, tu fais des bons passages. Tu dois faire un run de folie, risquer de tomber, mais ne jamais aller à terre pour autant. Tu n’es pas en dedans, mais pas non plus comme Loic à Lourdes, qui était peut-être un peu "too much".

Pratiques-tu aussi l’enduro ?

Oui, j’en fais beaucoup à l’entraînement, ça me met la caisse. J’adore prendre mon vélo et partir comme ça dans la nature. Monter ne me fait pas peur. Par contre, l’enduro au niveau compétition, j’adhère beaucoup moins. Notamment à cause du problème des reconnaissances qui créent une inégalité. Certains riders ont pu rouler sur les spéciales avant la compétition, donc ils sont forcément très avantagés. Alors que l’enduro devrait rester une discipline sur laquelle on roule à l’instinct en découvrant le tracé d’entrée de jeu. En DH, on ne le fait pas, même si on aurait eu les moyens d’aller rouler à Lourdes un mois avant la compétition. Mais ce n’est pas fair play. Et pourtant, là aussi la connaissance du terrain a déjà un impact. Mick Hannah qui fait deuxième à Cairns, on sait que son résultat est lié au fait qu’il roulait à domicilie sur une piste qu’il connait très bien. Le week-end prochain, il y a une course à Fort William pour la Coupe d’Angleterre. Tu peux y aller, tu fais tes réglages de suspensions à l’avance et tu gagnes du temps sur la prochaine coupe du monde qui a lieu un mois après. Mais est-ce que tu n’arrives pas non plus sur la coupe du monde en ayant moins faim, en étant un peu plus lassée.

L’électrique, tu en penses quoi ?

Commencal va bientôt en sortir un. Je l’essaye chaque fois que je vais en Andorre, je fais des retours sur les protos. C’est clairement une bonne chose, ça permet à certains d’aller plus loin, et nous on peut faire plus de descente, même si, je l’utilise d’avantage pour faire mes tours de récup.

Myriam Nicole : "Je suis une casse-cou et je voudrais que ça aille plus vite" (exclu)