Nicolas Vouilloz : "Je n'ai plus 20 ans, je veux profiter" (exclu)

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Nicolas Vouilloz, dix fois champion du monde de VTT, participait aux Enduro Series des Natural Games en catégorie électrique. meltyXtrem l’a rencontré pour parler de sa carrière.

C’est la légende du VTT en France. Nicolas Vouilloz a tout gagné dans sa discipline puisqu’il possède dix titres de champion du monde dans sa besace. Infatigable, le Niçois de 39 ans continue d’arpenter les pistes caillouteuses de France. Après une expérience de sept manches dans le championnat du monde des rallyes en 2004, il est revenu au guidon de son deux-roues. Actuellement 18e de l’Enduro Serie après avoir gagné la première étape chez lui à Blausasc (Alpes-Maritimes), il participait également aux Enduro World Series, avec une sixième place en Nouvelle-Zélande. meltyXtrem l’a rencontré lors du festival des sports extrêmes des Natural Games à Millau, dans l’Aveyron. Expérimenté, le champion a fait le point sur sa carrière, ses envies et son état d’esprit. À lire également : Nicolas Quéré : "J’aime bien faire scandale sur mon vélo".

Étais-tu déjà venu rouler à Millau ? Que penses-tu penses du festival ?

Non jamais, ni sur les Natural Games, ni à Millau. La seule fois que je suis venu dans le coin, c’était pour le rallye des Cardabelles en 2004. Je n’avais jamais eu l’occasion de faire du vélo là et c’est impeccable. L’organisation du festival est niquel, l’ambiance est cool. J’ai juste vu un peu la slackline et le kayak parce que je suis arrivé vendredi soir et que j’ai enchaîné par les reconnaissances. L’ambiance, c’est ce que je m’imaginais et ça marche bien !

Nicolas Vouilloz : "Je n'ai plus 20 ans, je veux profiter" (exclu)

Tu finis premier à Blausasc et troisième au Val d’Allos, ce qui te propulse en tête des Enduro Series avant l'étape de Millau. Comment sont tes sensations ?

J’ai un peu hésité à venir ici après Allos. J’avais déjà prévu de participer en électrique et puis j’ai vu mes résultats à Allos. J’étais deuxième, mais j’ai déraillé et je fais troisième. J’aurais pu faire deuxième, voire peut-être premier. Mais cela n’a pas changé mes plans puisque je ne peux pas faire toutes les coupes de France et du monde car elles se chevauchent. Je me suis dit qu’à Allos, j’aurais pu jouer le général parce qu’en coupe du monde je n’y arriverai pas… (rires). C’est chaud. Je fais sixième à la première, la deuxième j’ai un petit souci mais je n’étais pas dans le coup. Au lieu de faire 12e ou 13e, je fais 22e et à la troisième je fais 13e. J’étais un peu fatigué, mais c’est en train de revenir donc j’espère rentrer dans les dix premiers. C’est un peu mon niveau. En coupe de France, il y avait peut-être moyen de jouer un peu plus le général, j’essaie de me faire plaisir, de souder comme je peux mais pas à tout prix de jouer un général. Moi c’est plus "one shot" sur une course. Ce que je recherche, c’est faire un bon truc en coupe du monde. J’attends la course où je serai en forme et qui me plaise bien. J’espère que ce sera le 18 juillet à Samoëns, en France. J’aimerais faire un bon truc là-bas.

En coupe de France, Florian Nicolai est à un petit point derrière toi, c’est le début d’un gros duel ?

Ah non, Flo il soude, il est bon sur tous les terrains. Il y a des parcours où je peux l’accrocher si c’est rapide, si ça ressemble à ce que je faisais à l’époque en descente. Dès que c’est court, technique ou sinueux, il est plus tonique, il a un peu plus de vitesse et de niaque. J’ai 40 ans en février donc les réflexes et la vision, ce n’est pas comme si j’avais 20 ans. Dans ces sports de vitesse, il faut avoir des temps de réaction, il faut que ça percute. Et là je sens qu’il y a des jours où ça va bien et puis des jours où tu te dis "aïe, qu’est-ce que je fais". Ici ça va, mais quand j’étais en Irlande et en Écosse, j’étais fatigué, je n’avançais pas.

À Millau tu as roulé avec un nouveau vélo Lapierre Overvolt powered Bosch, tu peux nous en parler ?

Le vélo électrique, c’est vraiment dans les liaisons, le reste on s’en tape un peu. Moi je fais du vélo quasiment tous les jours donc j’arrive à me remonter et à être en forme pour faire les spéciales. J’arrive ici et il n’y a pas de remontées. C’est top parce que franchement ce sont de beaux parcours, mais c’est carrément moins simple pour essayer d’être devant avec un vélo qui pèse presque 10 kg de plus qu’un autre. Dans la pente, le gravier t’embarque un peu, c’est plus compliqué. À côté de ça, il est stable, il prend de la vitesse quand tu lâches les freins. Tu sais qu’il y a moyen de faire un truc.

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Pourquoi courir avec un vélo électrique ? Quelles sont les différences avec un vélo classique ?

L’inertie. Quand tu prends les freins est que tu roules à vue, tu ne sais pas où il va y avoir un piège ou un gros freinage. Tu as l’inertie dont tu n’as pas l’habitude, il faut s’adapter un peu. Quand tu rentres dans des virages fuyants, le vélo continue de tourner. À côté de ça, quand tu lâches les freins, on dirait que le vélo pédale tout seul parce qu’il y a du poids. Et puis, dès que tu sors d’un virage et que tu te remets à pédaler, tu as 250 ou 300 watts en plus donc il t’emmène jusqu’à 25 km/h sans effort. Au-dessus, ça coupe parce que c’est la législation. Par contre, il te faut amener un vélo de 22 kg.

Tu penses que l’électrique peut faire progresser le VTT ?

Le VTT peut-être pas, mais ça peut amener plus de monde à connaître ce sport. C’est pour les gens moyens qui se disent que c’est bien d’être dans les chemins, mais que les montées sont dures. Là au moins tu peux retrouver des mecs dans les chemins qui aiment la nature au lieu de se retrouver sur le bord de la route avec les voitures. Je pense que ça peut ouvrir à plus de pratiquants. Après, ceux qui vieillissent et qui ont connu l’adrénaline, ils se mettent tous à l’électrique et ils ont la banane ! Ils ont l’impression d’être un surhomme, c’est trop bon !

Nicolas Vouilloz : "Je n'ai plus 20 ans, je veux profiter" (exclu)

Tu vas rouler plus souvent avec ce genre de vélo ?

Je pense que l’année prochaine, il y a des chances que je roule plus avec ce vélo, notamment pour m’entraîner. Tu as les mêmes sensations, il faut juste s’adapter. Souvent pour remonter et t’amuser à faire une descente, tu pars avec le turbo à bloc, tu roules à 20 ou 25 km/h, tu peux enchaîner des rotations. Franchement, c’est ludique, tu le prends quand tu n’as pas beaucoup de temps. Tu pars de chez toi et au lieu de te taper une heure de route pour monter, tu les fais en dix minutes et tu es dans les chemins directement.

Quelles sont tes sensations sur les Enduro World Series 2015 ?

Au début j’espérais viser le top 5. Je me rends compte que si j’arrive déjà à être régulier dans les dix, c’est pas mal. Au général, si j’arrive à être entre cinq et dix, je serai content. Ça va être franchement compliqué de faire mieux. Ça roule, il y a pas mal de monde. Sans être vraiment très loin de la gagne, il y a pas mal de monde entre la gagne et le dixième !

Selon toi, qu’est-ce qui fait qu’un pilote est capable de remonter dans le classement des Enduro World Series ?

En premier, il faut être complet. Il ne faut pas avoir de points faibles, que ce soit en physique, en technique, dans le gras, dans le rapide, dans les liaisons, sur du long, etc. Il faut être régulier et avoir une bonne lecture du terrain. Un descendeur, au début, il n’y arrive pas parce qu’il n’y a qu’un passage de reconnaissance. Les mecs n’arrivent pas à mettre du rythme sans connaître la piste par cœur alors qu’ils sont capables d’aller vite. Ceux qui sont venus en Nouvelle-Zélande dans la boue étaient derrière mais ils savent faire du vélo. Un enduriste comme Nicolai, même s’il ne reconnaît pas, il va vraiment avoir les réflexes, une lecture du terrain, ne pas faire d’erreurs, même quand il y a un piège. .

C’est pas mal d’improvisation. C’est bien d’être jeune et explosif, il faut être bon sur des spéciales longues de 15-20 minutes. Et puis on a parfois des spéciales de trois minutes. Je n’ai jamais été très explosif donc sur des efforts courts, je ne suis pas terrible, je n’ai pas de puissance pure et ça ne s’arrange pas en vieillissant. Par contre sur des efforts de dix minutes, je peux tirer mon épingle du jeu parce que les mecs ne peuvent pas partir trop vite. Dès qu’il y a de la gestion, je m’en sors. Le mec complet, il est puissant sur du court mais il est aussi capable d’avoir la caisse durant 10-15 minutes, d’envoyer en descente, de pédaler et d’avoir une intelligence de course.

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Il y a beaucoup de Français dans le championnat, pourtant ce sont les Anglo-saxons qui dominent. Pourquoi ?

Grâce à Georges Edwards avec les maxiavalanches et les mégavalanches et Fred Glo, l’initiateur des Enduro Series. Grâce à eux, on est en avance parce que ça fait dix ans que cela existe. Des mecs comme Jérôme Clementz et Rémy Absalon ont toujours fait ça. Eux, ce sont des purs produits de l’enduro alors que dans d’autres pays où c’est venu plus tard, ce sont des anciens descendeurs, des anciens crosseurs ou des nouveaux, mais ils ont moins d’expérience. Mais on va sûrement se faire rattraper par les Anglais et d’autres pays.

Tu es bien copain avec Loïc Bruni, que penses-tu de sa saison ? Que lui manque-t-il pour accrocher une première victoire ?

Il fait un bon début de saison, c’est sûr, mais il tombe encore un peu trop. Il est vraiment posé sur le vélo, il va super vite. Il est costaud donc il se relève, mais il frise un peu la correctionnelle. J’espère qu’il ne va pas se faire mal. Je me dis que peut-être ce qui lui manque, d'en gagner une. Je crois qu’il commence à se dire "quand est-ce que je vais en gagner une ?" parce qu’il y a pas mal de jeunes qui poussent. Peut-être qu’il lui faut ce déclic. Cette année, il tombe sur un (Aaron) Gwin qui revient en forme. Ça roule vraiment fort. Son point faible, c’est la boue, les conditions glissantes. Du coup, ça lui prend vite la tête dès qu’il pleut parce qu’il sent qu’il a moins de facilités dans ces conditions. Je pense qu’il lui manque de réussir à en gagner une. Je pensais qu’il allait la faire à Leogang parce qu’il tombe à la qualif. Je me suis dit que ça allait lui enlever cette pression, que ça allait le faire. En fait, je suis sûr qu’il s’est vraiment démonté et il n’a pas roulé à son niveau pendant la course. Ça va venir, il a toutes les qualités, c’est juste qu’il y a du niveau. Il faut que ce soit son tour et que tout soit réuni. Il est là. Justement, vu qu’il est là depuis un peu trop longtemps, tout le monde l’attend, tout le monde l’adore et on aimerait que ça passe.

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Pourquoi avoir créé ta propre marque de vélo V-Process ?

À l’époque, je roulais pour Sun et puis ça s’est arrêté alors j’avais envie de continuer avec Olivier Bossard qui a créé BOS Suspensions. Je me suis dit que c’était peut-être l’occasion de faire mon team, mes vélos, de me lancer. C’est parti de là. Au début, je ne m’en occupais pas parce que j’étais à bloc dans les compétitions. J’avais trop de sous-traitants, j’ai trop délégué, je n’étais pas trop dedans, je ne pensais qu’à courir et gagner. J’ai fait confiance à des personnes à qui il n’aurait pas fallu. Quand les mecs de Lapierre m’ont dit qu’ils étaient intéressés parce qu’ils n’avaient pas de vélo de descente d’enduro, j’étais OK.

Tu as un palmarès impressionnant (dix fois champion du monde), as-tu toujours autant l’envie de gagner et de faire de la compétition ?

Merci ! Un peu moins, c’est plus en dent de scie. J’ai parfois des objectifs, j’arrive à me motiver, il a des courses qui ne me plaisent pas trop. J’ai l’envie de me surpasser encore un peu parce que je sens bien que je suis en train de vieillir, que ça devient de plus en plus dur. J’ai envie d’en profiter tant que je peux. J’ai l’impression de rester un peu jeune et puis quand je fais une perf', je suis content. J’arrive encore à taper la bourre avec des jeunes. Alors des fois il m’en manque un peu, mais quand ça va et que ça me convient, j’y arrive. C’est cette adrénaline qui me manque. Dans pas longtemps, je vais faire le métier à fond et je n’y arriverai pas. J’ai peur de cette coupure, comme les sportifs qui sont sur la fin et qui cherchent encore des sensations. C’est comme ça (rires).

Tu as disputé sept manches du championnat du monde des rallyes, pourquoi être passé du deux au quatre roues ?

Parce que c’est un sport qui me plaisait. Dans la famille, ça roulait un peu rallye : mon père et mon frère avaient le virus. Ça me trottait déjà quand je faisais du VTT. À chaque fois, je me remettais en question. Je gagnais des courses mais cela m’usait, je commençais à être un peu dans le dur niveau motivation. Je pensais que j’étais trop vieux. Quand je suis passé à la voiture, j’ai vu que ce n’était pas ça. C’est juste qu’il fallait que je change un peu de monde, d’air parce que je me mettais la pression tout seul. J’étais entré dans une spirale négative et si je ne gagnais plus, les gens se disaient que c’était le début de la fin. J’adore les sports automobiles et en particulier les rallyes donc j’ai tenté ma chance avec Peugeot.

Nicolas Vouilloz : "Je n'ai plus 20 ans, je veux profiter" (exclu)

As-tu d’autres projets ? Où pourra-t-on te voir rouler prochainement ?

Pas en voiture. Je faisais ouvreur pour Sébastien Ogier, mais ça s’est arrêté depuis Monte-Carlo parce que j’ai trop d’activités. Je rate des rallyes et il cherchait quelqu’un de stable. À voir si je me calme un peu s’ils me reprennent ou pas, ça dépendra de celui qui me remplace. En VTT, je ne sais pas. Je vais essayer de faire un peu plus d’électrique. Si ça se passe mieux en coupe du monde, ça va peut-être me motiver à continuer. Après, je ne veux pas non plus me faire trop mal. À Allos, c’était cool, ça me plaisait. Alors tu te dis que tu y arrives encore. Hormis développer des choses avec Lapierre, je n’ai pas plus de projets que cela dans le sport. Développer plus l’électrique parce que ça me plait. J’aime la moto, les sports mécaniques et le vélo. Je trouve que faire du sport tout en ayant une aide un peu sympa, motorisée, ça me botte bien.