Nina Caprez & Cédric Lachat : "Moins d’une dizaine de grimpeurs sont parvenus à accéder au sommet d’Orbayu"

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Les grimpeurs professionnels Nina Caprez et Cédric Lachat étaient aux Rencontres CinéMontagne 2015 à Grenoble pour présenter leur dernier film Orbayu. meltyXtrem les a rencontrés.

Une voie mythique sur les écrans ! Orbayu est considérée, dans le monde de l’escalade, comme l’une des voies les plus difficiles du monde. 500 m en paroi à plus de 2 000 mètres d’altitude sur 13 longueurs, des chiffres incroyables et qui confirment la complexité de cet endroit unique. Les deux grimpeurs Nina Caprez et Cédric Lachat se sont fixés ce challenge de taille et ont souhaité en faire un film, intitulé Orbayu. Réalisé par Mathieu Rivoire, l'oeuvre montre bien l’exigence et l’engagement qu’il faut donner pour arriver au sommet. La rédaction de meltyXtrem a rencontré les deux grimpeurs professionnels pour percer les secrets de cette voie extrême et la conception de la vidéo. A voir aussi : Lynn Hill : "Pratiquer l’escalade dans la nature est une vraie chance".

meltyXtrem : Combien de personnes ont travaillé sur le film Orbayu ? Combien de temps s’est écoulé en partant de l’idée du film jusqu’à la première projection ?

Nina Caprez : Au total, une dizaine de personnes a travaillé sur le film Orbayu, entre les cameramans, celui qui s’occupe des drones, le photographe, les réalisateurs sur place, en Espagne, et l’équipe de montage qui a travaillé pendant plus de 4-5 mois pour obtenir le résultat final. Le film a nécessité deux ans de travail. Le tournage a eu lieu à l’été 2014. Nous avons beaucoup bossé avec le réalisateur Mathieu Rivoire pour sélectionner les plans. C’était comme la réalité. Tu ne sais pas ce qui va arriver et tu dois faire avec. On a eu quelques difficultés à respecter le timing car on a changé de boite de production, la première avec laquelle nous travaillions n’étaient pas à la hauteur de nos exigences. Pour le tournage, on a alterné entre des plans totalement naturels et des plans prévus par le réalisateur et qu’on devait refaire plusieurs fois.

Cédric Lachat : La difficulté est qu’il n’y avait pas d’histoire écrite à l’avance. Pour le montage, c’est plus long car on ne sait pas à l’avance quels plans sont prévus. On a dû faire avec les rushs qui étaient à notre disposition. C’était un vrai travail.

Orbayu est considéré comme la grande voie la plus dure du monde avec une moyenne de difficulté entre 8c et 9a. Vous qui l’avez dompté et qui avez grimpé de nombreuses voies, est-ce votre avis ? Que représente Orbayu dans le monde de l’escalade ?

Nina Caprez : En fait, elle est dans un cadre géographique qui est difficile, à côté de la mer, avec une brume qui peut apparaître en peu de temps et rendre la voie impraticable. On a un peu sous-estimée cela. Grimper une paroi de cette hauteur a vraiment été un défi pour moi. La voie m’a posée beaucoup de difficultés. Il faut vraiment avoir un bon physique pour grimper Orbayu. Il faut se dire qu’il y a seulement une cordée par an qui se rend là-bas. Moins d’une dizaine de grimpeurs sont parvenus à accéder au sommet.

Cédric Lachat : Pour nous, étant donné qu’on escalade tout le temps des voies différentes et de tout niveau, on ne s’est pas mis de pression particulière. Cela fait partie du quotidien. On le fait sans vraiment être stressé.

Quelles ont été les plus grosses difficultés rencontrées lors de l’ascension d’Orbayu ?

Nina Caprez : L’accès n’est pas facile. Il faut marcher plus de trois heures pour se rendre sur place. En plus, les conditions météo ne sont pas faciles, très changeantes. C’est également assez rare de trouver une voie où on trouve un passage à 8c sur une grosse longueur, 500 m. Physiquement, ce n’est pas simple. On a mis un peu plus de 11 heures pour y arriver. La difficulté majeure a été que la voie se retrouve dans un cadre de montagne, avec une brume qui monte aussi. Mais c’est plus le froid et les conditions montagnardes qui nous ont posé problème.

Nina Caprez & Cédric Lachat : "Moins d’une dizaine de grimpeurs sont parvenus à accéder au sommet d’Orbayu"

Comment se prépare-t-on en termes d’entraînement physique et mental pour affronter Orbayu ?

Cédric Lachat : Plus qu’une vraie préparation physique, c’est plus une logistique de matériel et d’organisation à bien mettre en place. On s’est bien réparti les rôles.

Nina Caprez : Sur la préparation physique, vu qu’on avait affaire à une voie longue, 500 m, on a misé sur l’endurance pour pouvoir mieux encaisser l’escalade et même la marche pour arriver jusqu’à Orbayu. On a fait des courses à pied, marché avec des sacs, resté sur une voie pendant de longues heures.

Vous avez fait appel au système du financement participatif pour financer ce film. Vous avez collecté 8 500€, soit 3 500€ de plus que l’objectif de 5 000€. Pourquoi avoir fait ce choix d’être financé par un site de crowdfunding et comment expliquez-vous le succès ?

Nina Caprez : Je pense que les gens ont bien aimé l’idée, tout simplement. On voulait vraiment que ce soit fait quelque chose fait par nous. On fait ce sport pour nous, pas pour un sponsor ou pour une grosse entreprise. Je pense qu’ils ont été séduits par l’aventure qu’on leur proposait. On est en train de les faire. Comme le film a connu un peu de retard, on a décalé certains événements prévus. J’ai déjà pu faire des ascensions avec deux personnes pour le moment. Mais c’est promis, tout le monde aura son lot. On fait ça avec beaucoup de cœur et de volonté, en rencontrant de belles personnes. 35 internautes nous ont aidés pour ce film, cela fait très plaisir. Pour financer le film, on a également été bien soutenu par nos sponsors : Petzl, Arcteryx, Scarpa et New Rock et Fodacime pour le montage.

Vous avez déjà conçu plusieurs films dont Silbergeier, sorti il y a 2 ans. Selon vous, Orbayu est-il le film le plus abouti que vous ayez fait ?

Nina Caprez : Ce sont des approches différentes pour les deux films. Sur Orbayu, on a travaillé autant sur le tournage que sur le montage parce que j’avais des idées en tête que je voulais transmettre. Sur Silbergeier, c’était vraiment un film de grimpe léger avec de l’humeur. Orbayu va un peu plus loin, dans la psychologie. On voulait vraiment transmettre la réalité et donc la difficulté de ce qui se passe sur le terrain.

Nina Caprez & Cédric Lachat : "Moins d’une dizaine de grimpeurs sont parvenus à accéder au sommet d’Orbayu"

Quels sont les retours que vous avez eus sur le film pour le moment ?

Nina Caprez : Pour le moment, Orbayu a été très peu diffusé. Il est passé dans deux-trois festivals depuis qu’il est terminé. Tous les retours sont très bons, on est très content. C’est une vraie satisfaction de voir que le résultat plait et transmet bien ce que l’on souhaitait. C’est très plaisant.

Comment gagne-t-on sa vie lorsqu’on est grimpeur professionnel ?

Nina Caprez : La principale source de revenus vient des sponsors et des conférences. Ensuite, il faut s’investir dans plusieurs projets comme des films, des démonstrations, des stages… Je dirai que c’est du 50/50, 50 % des revenus viennent des sponsors et 50 % viennent des conférences.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Nina Caprez : Je laisse les projets venir vers moi. Pour le moment, on est heureux d’avoir terminé Orbayu. Je vais attendre un peu avant de me remettre sur une autre vidéo.

Cédric Lachat : J’aimerais me rendre en Himalaya pour pratiquer l’escalade avec un collègue. Je ne sais pas encore quand ça va se faire, peut-être l’année prochaine.