Red Bull Air Race 2014 : Nicolas Ivanoff, ''Des sensations physiques et visuelles'' (interview exclu) !

Ecrit par

Après avoir terminé huitième à l'issue de la manche d'ouverture du Red Bull Air Race organisée à Abu Dhabi, Nicolas Ivanoff est rentré en France. Il entamera la seconde en avril prochain. L'occasion pour meltyXtrem de rencontrer cet as de la voltige et d'en savoir davantage sur ce championnat époustouflant de course aérienne !

Rencontré sur le plateau de MCS Extrême, Nicolas Ivanoff a tout d'un homme chaleureux et responsable. Avoir la tête sur les épaules est une qualité indéniable du métier de pilote. Et on peut dire que ce Corse de 46 ans n'a pas froid aux yeux. Si certains se cantonnent à diriger un avion dans les airs, Nicolas Ivanoff manie l'engin d'une main de maître. Il en faut de l'expérience pour slalomer entre les pylônes du Red Bull Air Race dans un temps imparti. Après trois années de césure, le célèbre championnat du monde de course aérienne a repris de plus belle, avec la participation de Nicolas Ivanoff, seul Français engagé dans la compétition. Pour le public, le spectacle aérien mêle la magie au divertissement. C'est une toute autre histoire lorsqu'on se trouve dans le cockpit. Entre technique, savoir-faire et professionnalisme, notre natif corse le sait, aucune erreur n'est possible ! Mais avant d'être une compétition, la Red Bull Air Race est surtout une spectaculaire aventure pour les 12 pilotes en lice. Un bonheur né d'une passion qui les habite depuis des années. Les as de la voltige n'attendent désormais qu'une seule chose : être enfin reconnus comme des sportifs à part entière. Rencontre avec l'une des plus performantes têtes brûlées du paysage hexagonal. À lire également : Nicolas Ivanoff, portrait du pilote français.

Plus d'actu sur Red Bull Air Race 2014Red Bull Air Race 2014 : Vidéo du pilote d'avion Matt Hall à l'entraînementRed Bull Air Race 2014 : Paul Bonhomme vainqueur à Abu DhabiRed Bull Air Race 2014 : Vidéo replay de l’étape à Abu DhabiRed Bull Air Race 2014 : José Garcia teste un avion (vidéo) !

Comment cette première étape à Abu Dhabi s'est-elle passée après trois années de césure du championnat ?

L'étape s'est bien déroulée dans l'ensemble. Sportivement parlant, le résultat n'était pas extraordinaire puisque je finis à la huitième place. Huitième sur douze ce n'est pas vraiment génial, mais après trois ans d'arrêt nous sommes tous repartis dans de bonnes conditions. C'était assez impressionnant car on s'est retrouvés les douze à faire la première course, et on avait l'impression d'avoir arrêté la précédente une semaine avant et non trois ans plus tôt ! Et on a retrouvé les sensations tout de suite ! On a dû toutefois s'adapter aux nouvelles règles mises en place par Red Bull. Les moteurs ne fonctionnaient d'ailleurs pas très bien. Ils n'étaient pas parfaitement optimisés, c'est pourquoi on a dû affiner les réglages. Sinon dans l'ensemble, j'étais ravi de recommencer l'aventure !

Vous terminez huitième de la première étape, une déception pour vous ou justement une bonne entrée en matière ?

Je suis déçu et en même temps content, car j'ai eu très peu de temps pour préparer l'avion. En octobre, je faisais un championnat du monde aux États-Unis. J'ai eu à peine un mois pour transformer mon avion de voltige en avion de course. J'ai changé un peu la carrosserie pour qu'il soit plus aérodynamique, ainsi que la peinture, le moteur et les échappements. Il faut savoir également que des pièces m'ont été livrées avec du retard. Je n'ai pas pu bien tester l'avion et ainsi optimiser le poids. Au départ, je pensais vraiment faire des scores beaucoup moins bien que lors des essais et des qualifications. Je n'étais pas le dernier donc c'était déjà un bon point (rires) !

Que pensez-vous des nouvelles règles de sécurité mises en place par les organisateurs du Red Bull Air Race, entre les pylônes qui ont été surélevés et le fait de devoir utiliser le même moteur par tous les concurrents ?

Les pylônes sont plus hauts oui, mais je n'ai pas vraiment vu la différence en vol. Ça laisse toutefois plus de marge en terme de sécurité. Les autres règles ont été mises en place pour éviter d'avoir trop de différence de chronos entre les pilotes. Nous avons bien vu, lors de la première étape, que les écarts étaient vraiment infimes. Donc si on fait une petite erreur de pilotage, on peut perdre une seconde, à savoir qu'une seconde d'écart c'est quatre ou cinq places au classement !

Qu'est-ce-qui vous plaît dans le concept du Red Bull Air Race ?

Il y a plusieurs aspects qui me plaisent car j'ai toujours aimé la vitesse et j'aime bien le slalom. Je faisais du ski quand j'étais petit et j'aurais aimé en faire ma carrière. J'adore la vitesse, la course et l'avion. J'ai fait de la voltige pendant longtemps et je pratique encore maintenant, donc si je peux faire de l'avion, du slalom tout en allant vite, pour moi, tout est réuni. C'est une nouvelle discipline qui n'avait jamais été pratiquée avant. C'est facile à comprendre pour nous et pour le public : il y a un chrono, et pas de juges pour dire si c'était bien ou non, donc c'est tout '' bénef' '' !

Quelles sont les modalités pour faire partie des 12 pilotes sélectionnés ?

Il faut avoir une certaine expérience en voltige et en meeting aérien. Montrer qu'on sait utiliser un avion de voltige depuis des années et qu'on pratique en haut niveau. Il faut connaître l'avion dans son ensemble. Les nouveaux pilotes ont déjà fait des championnats, des meetings aériens et avant ça des stages. Des anciens pilotes sont également présents pour donner des conseils lors des préparations.

Comment se passe le transport de votre avion jusqu'à chaque étape de la Red Bull Air Race ?

Nous démontons l'avion pour ensuite le mettre dans une caisse. C'est assez facile car c'est un avion qui n'est pas très grand : il fait sept mètres pour 570 kilos. Nous pouvons donc le pousser pour le sortir du hangar. Pour le démonter, cela se déroule en une journée avant de le charger sur une palette pour avion. Et après la course d'Abu Dhabi, les avions sont déjà arrivés pour la prochaine course en Croatie ! Nous allons les remonter d'ici trois semaines.

Comment se passe les entraînements entre chaque étape ?

Pour des raisons d'équité sportive, personne ne peut s'entraîner entre chaque étape mis à part en cas de problème technique de l'avion. Par exemple en ce moment, les avions sont en Europe. Les Américains ne pourraient pas se rendre aussi facilement qu'ils le souhaiteraient en Croatie pour s'entraîner. Même chose pour l'Australien qui habite beaucoup trop loin ! Les répétitions se déroulent la veille de la course. Avant cela, nous pouvons nous exercer seulement physiquement en faisant de la voltige mais pas avec l'aide de pylônes ou de portes.

Durant le temps où le championnat était arrêté, qu'avez-vous fait ?

Comme je fait partie de l'équipe de France de voltige, j'ai participé à des championnats du monde.

Comment est née cette passion pour les courses aériennes de haute voltige ?

Cette passion est née par hasard. Quand j'étais petit, je voulais être pilote de ligne. J'ai donc passé ma licence de pilote privé afin de devenir professionnel et entre les deux, il faut acquérir une certaine expérience pour accumuler des heures de vol. Cela peut être dur un certain temps mais un type m'a proposé de faire de la voltige. Au départ j'ai refusé car ça ne m'intéressait pas et j'avais peur d'être malade ! Après plusieurs propositions, j'y suis allé et ce fut une véritable révélation. Je me suis dit : '' pourquoi j'ai perdu autant de temps '' ! J'ai découvert des sensations physiques et visuelles. En plus, je pratiquais en Corse donc c'est un cadre assez magnifique ! Depuis, ça a changé ma vie !

Qu'est-ce-qui se passe physiquement lorsque vous réalisez des figures en plein vol ?

Mis à part perdre un peu d'eau, je subis surtout des g (accélérations, ndlr) tout en étant écrasé dans l'avion. Quand je fais une course, je peux subir jusqu'à 10 g donc 10 fois mon poid ! Surtout dans les virages ! Même si on pèse très lourd à ce moment-là, l'avantage c'est que ça ne dure pas très longtemps. L'exercice demande une certaine pratique et un entraînement draconien pour rester en pleine condition physique. Car si je vous emmène dans mon avion et que vous prenez 10 g, vous n'allez pas être bien préparé ! Et si vous êtes fatigué, le pire scénario, c'est de perdre connaissance.

Que ressentez-vous à l'idée d'être invité sur le plateau de MCS Extrême alors que votre discipline peine à être reconnue ?

C'est génial de pourvoir être retransmis en direct sur MCS Extrême. Cela veut dire que notre sport a atteint un réel niveau ! Quand ce nouveau sport est né il n'y a pas moins de 10 ans, on le considérait plutôt comme du meeting aérien donc ce n'était pas vraiment un sport à part entière. Maintenant, ça l'est vraiment car les chaînes retransmettent ça en tant qu'épreuve d'un championnat et plus comme un show aérien. Pour moi le but est atteint, c'est-à-dire que nous sommes considérés comme des vrais sportifs.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait embrasser la même carrière que vous ?

Il faut venir voir les avions et apprendre à piloter. Souvent les gens croient que c'est un truc inaccessible et qu'il faut avoir fait des études supérieures pour piloter alors que non ! En France, on peut être pilote à 17 ans, c'est-à-dire avant le permis de conduire ! Même si devenir pilote demande un certain budget, la pratique est complètement accessible. Il faut tenter, et essayer, c'est l'adopter ! Il ne faut pas avoir peur d'y aller !

Red Bull Air Race 2014 : Nicolas Ivanoff, ''Des sensations physiques et visuelles'' (interview exclu) ! - photo
Red Bull Air Race 2014 : Nicolas Ivanoff, ''Des sensations physiques et visuelles'' (interview exclu) ! - photo
Red Bull Air Race 2014 : Nicolas Ivanoff, ''Des sensations physiques et visuelles'' (interview exclu) ! - photo