Roberta Mancino : "Avec le wingsuit, on peut enfin voler comme un oiseau" (interview exclu)

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Incontournable dans l’univers du wingsuit et du base jump, Roberta Mancino est une figure de ces deux disciplines. L’Italienne de 34 ans aux 9 560 sauts a répondu aux questions de meltyXtrem. Interview !

Pas une semaine sans qu’elle ne dévoile une nouvelle vidéo ou une photo de wingsuit et de base jump. Il faut dire qu’avec 9 560 sauts au compteur (toutes disciplines confondues), Roberta Mancino à l’embarras du choix pour diffuser ses exploits à travers les réseaux sociaux. L’Italienne de 34 ans joue parfaitement de son image de sportive extrême… et sexy. Car sa notoriété a explosé après ses sauts en tenues (très) légères et Roberta en a largement profité pour se consacrer en parallèle au sport, à une carrière de modèle plutôt prolifique. Mais pour meltyXtrem, celle qui vit entre Dubaï et Los Angeles (" dont 260 jours par an dans un hôtel en 2014 ", explique-t-elle) est avant tout une chasseuse de performances et de records. Multiple recordwoman en chute libre, elle s’est pleinement consacrée au wingsuit et au base jump depuis quelques années après 11 ans dans les différentes disciplines de la chute libre. Ajoutez à cela quelques compétences remarquables en plongée, apnée ou boxe et des apparitions dans la pub et le cinéma et vous comprendrez que l’Italienne est du genre insaisissable. meltyXtrem est tout de même parvenu à lui tirer quelques minutes de son temps depuis Rome où elle oubliait l’espace de quelques jours les sensations extrêmes dans la maison de sa mère. A lire aussi : Roberta Mancino : Plongée avec des requins et saut en wingsuit à Dubaï (vidéo).

Ses premiers sauts en base jump et wingsuit

J’ai fait mon premier saut en parachute en 2000 à Latina en Italie, près de Rome. J’avais 20 ans. J’ai ensuite intégré une école de parachutisme et commencé avec la formation AFF (Accelerated FreeFall qui est une méthode internationalement reconnue et permet de rapidement être indépendant en chute libre, ndlr) à Nettuno dans une école de parachutisme affiliée à l’armée. Aujourd’hui, j’en suis à 9 560 sauts sur l’ensemble des disciplines que je pratique. Concernant mon premier saut en base jump, il date de 2007 après 5 000 sauts en chute libre. Mais c’est en 2009 que je me suis mise sérieusement au base jump grâce à Jeb Corliss qui m’a enseigné la technique. Et j’ai attendu 2010 pour faire le premier en wingsuit à Monte Brento (spot réputé pour les spécialistes du wingsuit et base jump).

Les sensations en wingsuit

On peut enfin voler comme un oiseau (rires) ! On est près des rochers, des cascades, des bâtiments… Oui, ça fait plus peur que le parachutisme, mais le contact visuel est plus intéressant. Tu vois ta progression en partant du sommet alors qu’en chute libre, c’est plus abstrait car tu n’as pas de repères.

Roberta Mancino : "Avec le wingsuit, on peut enfin voler comme un oiseau" (interview exclu)

Le matériel

La combinaison de wingsuit (ci-dessus) s’est évidemment beaucoup améliorée ces dernières années. Les sociétés qui sont arrivées sur le marché ont à chaque fois amené une amélioration technique en plus et c’est cette concurrence entre elles qui nous a permis de progresser sur ce point. Aujourd’hui, quand tu ouvres ta combinaison juste après t’être élancé, tu remontes un peu alors qu’avant, tu continuais de chuter. Je ne pense pas que l’on puisse un jour planer éternellement, mais c’est clairement mieux qu’il y a quelques années. En plus, en étant assez légère, j’ai un avantage par rapport aux hommes plus lourds. Je fais plus de distance même si la totalité d’un saut en wingsuit fait rarement plus de deux minutes.

Un entrainement spécifique ?

Je fais davantage un entrainement complet pour rester en forme tout simplement avec de la danse, de la boxe, des arts martiaux, de l’aérobic, de la course et du vélo. Pour le base jump, la gymnastique est conseillée notamment pour bien évoluer dans l'air, et il faut pouvoir être endurant car les spots sont souvent éloignés des routes. Il faut marcher longtemps dans les montagnes pour y accéder. Pour le wingsuit, ce sont les épaules qui sont le plus sollicitées. C’est là-dessus que je travaille le plus en salle de musculation. Quoi qu'il arrive, pour les photos et les séances de shooting, je dois conserver un corps sculpté, et c'est pourquoi je fais beaucoup de sport pour y parvenir.

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Man’s world ?

Oui, le base jump et le wingsuit restent des mondes d’hommes. Au début surtout, j’entendais des réflexions sur moi, sur le fait que je ne n’avais pas la légitimé pour faire ça. Les femmes sont peu nombreuses à pratiquer ces disciplines, notamment à cause des sponsors qui misent plus souvent sur les hommes car ils estiment que les vidéos qu’ils font sont plus impressionnantes. Quand une fille débarque pour leur proposer un projet, ils se lancent rarement car ils ont moins confiance en elle pour réaliser ce genre de sports extrêmes. Mais ce n’est pas justifié. Je suis une femme et je saute mieux que de nombreux hommes. Je le vois à Dubaï ou j’arrive à faire des choses que peu d’hommes font.

Ses sauts en bikini

Sauter presque nue, ça m’a changé la vie. J’ai été mieux payé ensuite et j’ai bénéficié d'une couverture médiatique importante grâce à ça. Le seul point négatif, c’était aux Etats-Unis où cela n’a pas été particulièrement bien vu. Ils sont très puritains et certains de mes projets là-bas n’ont pas abouti à cause de ce saut. Tout l’inverse de l’Italie où on aime les jolies femmes… Dans mon pays, j’ai eu plus de sponsors grâce à ça.

La peur

Oui, j’ai peur quand je saute. Mais ma plus grande peur est de perdre ma mère et mes amis. J’en ai déjà perdu beaucoup à cause du base jump et du wingsuit. On sait que l’on prend des risques dans notre métier mais on l’assume. Je viens d'ailleurs de me défouler sur ma page Facebook avec des personnes méchantes qui nous accusent gratuitement de prendre des risques inconsidérés.

La retraite

Quand je vois Tony Uragallo (wingsuiteur aux 11 500 sauts) pratiquer encore aujourd’hui, je me dis que je ne suis pas encore sur le point de prendre ma retraite (rires).

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L’eau

C’est mon autre passion avec l’air. Je suis amoureuse des animaux et des requins en particulier. Ce ne sont pas des monstres et les vidéos que je tourne avec eux ont un objectif éthique pour montrer qu’ils font partie de notre environnement et que l’on peut vivre avec eux. J’ai plus peur des gens que des animaux. Certaines personnes m’ont déjà "mordue" alors que je ne l’ai jamais été par des animaux.

Hollywood

Ce n’est pas mon objectif de faire du cinéma (elle a fait une apparition dans Iron Man 3 en sautant en parachute et en base jump). Iron Man était une belle expérience et si on me le propose à nouveau pour des scènes d’action, je serai disponible. Je veux bien faire doubleuse, même si ça reste compliqué avec mon emploi du temps car je réside une grande partie de l’année à Dubaï.

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