Sébastien Chaigneau : "Je pense qu’à un moment, il faut passer à la caisse" (exclu)

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Sébastien Chaigneau est de retour sur les pistes des ultra-trails après une année 2014 difficile. Le 26 juin, il participera aux 80 km du Mont-Blanc. meltyXtrem l’a rencontré.

Il sait prendre son temps. Sébastien Chaigneau n’est pas un homme pressé, sauf pendant ses courses d’ultra-trail. Le Français de 43 ans possède un palmarès impressionnant : troisième de la Diagonale des Fous en 2005, deuxième de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2009, il finit troisième de cette même course et de la Transgrancanaria en 2011. En 2013, c’est la consécration lorsqu’il termine premier de la Transgrancanaria et qu’il bat le record du Hard Rock 100 Endurance Run. Cependant, il enchaîne l'année 2014 avec des soucis de santé qui l’empêchent de continuer la compétition. Détectant une sensibilité au gluten, l’athlète est l’ambassadeur de la marque Overstims qui sort une gamme de produits énergétiques sans-gluten. C’est à cette occasion que meltyXtrem l’a rencontré pour qu’il nous parle de son parcours et de son avenir dans l’ultra-trail. A voir également : Vidéos des championnats du monde de trail à Annecy.

Pourquoi te baser sur une alimentation sans-gluten ?

J’ai découvret ça plus ou moins par accident. J’avais très peu de problèmes gastriques pendant les épreuves mais par contre j’avais des petits soucis de délais de digestion avant la course. Je basais mes repas sur quelque chose d’assez standard : 3h30 avant l’effort. Puis, je suis parti au Japon où j’ai consommé uniquement des bases de riz pendant trois semaines. Durant l’épreuve, je me suis rendu compte que j’avais une meilleure transition et que le délai de digestion était un peu plus rallongé pour moi. On a recherché au niveau sanguin et il s’est avéré que j’avais une sensibilité au gluten. En améliorant cet aspect-là, j’ai gagné des pulsations en fréquence cardiaque maximum (+15 pulsations) et minimum (30 pulsations au repos). J’avais un blocage de 172-175 pulsations et je suis remonté à plus de 190. Ce blocage était dû à la digestion.

Sébastien Chaigneau : "Je pense qu’à un moment, il faut passer à la caisse" (exclu)

Qu'apporte le sans-gluten à la pratique de l’ultra-trail ?

Il faut rester lucide et pragmatique. Les gens qui se sentent gênés lors de leur pratique doivent, par l’intermédiaire du médecin, faire une recherche de ces fameux anticorps. L’effet mode n’a pas que du mauvais, mais pas que du bon non plus parce que ça peut amener des personnes à s’exclure d’une vie sociale normale. Cependant, cela oblige les gens à découvrir autre chose et à consommer d’autres produits. Les légumineuses, les bases de riz entre autres. Très souvent on a tendance à faire une assiette de pâtes parce que c’est plus facile, mais ce n’est pas forcément la solution. En terme d’assimilation pure et dure, quand on regarde les indices glycémiques, on dégrade à 70% le riz blanc alors que les pâtes à seulement 40%. Le reste, ce sont des déchets, fatigants pour l’organisme. Ce qui fait que réduire sa consommation de gluten peut être positif.

Quel est ton temps de digestion ?

Je mange cinq à six heures avant parce que j’ai trouvé un confort dans le fait de partir quasiment à jeun sur une épreuve et de commencer à manger tout de suite. Je me nourris quasiment sur la ligne de départ. J’en ai pris l’habitude lors de mes entraînements. Quelque part il ne faut pas changer ses habitudes. Je m’entraîne tous les matins comme ça. Lors d’épreuves, je me reconditionne comme si j’étais à l’entraînement.

En parlant d’entraînement, comment te prépares-tu avant un ultra-trail ?

Cela fait trois semaines et demie que j’ai repris la course (entretien réalisé le 11/06, ndlr). J’ai eu un petit accident en montagne qui m’a fracturé les côtes. Trois semaines après, j’ai fait un pneumothorax. J’ai quasiment perdu la totalité d’un poumon qui était replié. J’ai du être opéré : on a fait une incision entre les côtes pour entrer une canne et aspirer l’air et le liquide qui sont venus se loger pour regonfler le poumon.

Le 26 juin tu vas participer aux 80 km du Mont-Blanc (6 000 D+), quelles sont tes sensations avant le début de la course ?

Je prépare le 80 km du Mont-Blanc. Pour moi c’est vraiment une reprise au sens large du terme puisque je n’ai pu faire que deux petites courses en neige cet hiver (le Trail du massif des Brasses et le Trail de l’Aigle) qui sont des courses de 12 km. Auparavant, j’avais un dossard sur le Hard Rock. L’année dernière j’ai eu une mononucléose qui m’a quasiment arrêté 11 mois. Ça s’est enchainé, mais maintenant j’ai tourné la page de tout ça, j’ai repris et je me fais vraiment plaisir. Pour le moment je trace mon petit bonhomme de chemin, je me refais. On perd, mais on ne perd pas tout. La course du 80 km du Mont-Blanc reste relativement dure donc je vais prendre les étapes une par une et me faire plaisir.

Sébastien Chaigneau : "Je pense qu’à un moment, il faut passer à la caisse" (exclu)

Vas-tu participer à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2015 ?

Je n’ai pas encore décidé mais il y a des chances que j’aille faire un tour sur l’UTMB. Ça reste en suspens pour l’instant.

Sur quelles courses pourra-t-on te voir cette année ?

Aucune pour l’instant, je veux me laisser le temps de revenir. Je prends énormément de plaisir à aller en montagne en ce moment avec tous les animaux que je peux voir à nouveau. Je change de bureau et de collègue de bureau tous les jours !

Penses-tu que l’Ultra-Trail World Tour, qui est une sorte de coupe du monde des ultras, peut avoir de l’avenir ?

On n’a pas encore assez de recul par rapport à cette "coupe du monde". C’est déjà assez compliqué de s’y déplacer pour tout le monde parce que ça coûte cher. Ça reste assez élitiste, ce sont les marques qui paient pour les coureurs sponsorisés. Il nous faut aussi prendre le temps d’avoir un peu de recul sur le fait de faire autant de longues courses. C’est impossible de participer à toutes ! Faire le challenge est réalisable mais sur tous les coureurs qui y participent, je reste sûr et certain que beaucoup auront des soucis l’année suivante. Je pense qu’à un moment, il faut passer à la caisse. L’organisme peut sans problème enchaîner, mais avec la contrainte d’avoir une année ou six mois de blanc derrière et donc de ne pas participer à ce type de challenge tous les ans. J’attends de voir le retour, mais je connais des coureurs de haut niveau qui ont réalisé un podium et qui ne sont pas revenus cette année parce que c’était trop pour eux. J’en ai parlé avec Ryan (Sandes). Il disait que cette année, il a eu des fatigues à répétition, il a attrapé la crève régulièrement à cause d’un organisme affaibli. Je pense qu’il faut encore plus se professionnaliser sur ce type de situation. Comme avec la complémentation alimentaire. Je pense que ma mononucléose du mois de mars est due à la Transgrancanaria où j’ai fait une grosse déshydratation. Lors de cette épreuve, ma course s’est arrêtée très rapidement. Six kilomètres après le départ, je n’arrivais même plus à marcher. J’ai quand même continué. Quelque part c’est repousser ses limites en permanence. J’ai été pendant huit heures sous perfusion à l’hôpital. À la suite de ça, j’ai attrapé une mononucléose à la crèche de ma fille en allant la chercher...

Justement, pourquoi t’être mis à l’ultra-trail ?

Purement accidentellement. J’ai fait de la course à pied jusqu’à l’âge de 21-22 ans. Ensuite, j’ai dû arrêter parce que j’avais plus de 40 heures de cours. Je suis biotechnologiste. À cette période-là je n’arrivais plus à suivre l’entraînement, la course et les cours. J’ai privilégié les cours. J’ai terminé mes études et je suis parti à l’armée. J’étais dans une section de renseignement dans les chasseurs alpins où j’ai découvert l’escalade. J’ai grimpé pendant des années. Au bout de cinq ans, j’avais un niveau très correct, je faisais du 7b+/ 8a. Pour passer une étape, je me suis mis à courir. J’habitais dans un village qui était en montagne. J’ai arrêté l’escalade et j’ai continué à courir. Je me suis laissé le temps. Pendant des années j’ai fait des 15-20 km maximum et petit à petit je suis venu vers des distances un peu plus longues et j’ai vu que j’avais les capacités pour faire du très long.

Ton premier trail (le Mont Férion en 2001) a été une sorte de leçon, peux-tu nous le raconter ?

Cela a été un défi. Je suis allé là-bas, j’ai chopé des crampes dès le 19e km et il y en avait 50. Mais je suis allé au bout. J’ai fini 18e en six heures. Là je me suis dit qu’il fallait vraiment que je prenne le temps de progresser sur des distances plus courtes avant de revenir. J’ai pris le temps, cinq ans, et je suis revenu.

Tu as créé une série appelée "Get Ready For". Peux-tu nous la présenter ? Pourquoi te lancer là-dedans ?

"Get Ready For" a démarré en 2010. J’avais vraiment envie de partager mon activité et de donner des conseils autour du trail : le travail en côte, en descente, à plat, etc. On a commencé comme ça. Overstims et The North Face étaient vraiment motivés par notre projet. On a créé 12 épisodes que nous avons fait paraître les 12 dernières semaines avant l’UTMB 2010. Sur le site d’Overstims, on a fait 300 000 vues et sur les différentes pages de North Face on a fait 1,6 million de vues. Ce qui est absolument incroyable. Donc on a continué. Là, une nouvelle série "découverte" va démarrer, je n’en dis pas plus.