Sébastien de Sainte Marie : Interview du skieur de pente raide pour "Sound of the void"

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L’European Outdoor Film Tour se posait à Paris la semaine dernière. meltyXtrem était présent et a rencontré Sébastien de Sainte Marie qui nous a parlé de son film "Sound of the void" dans lequel il réalise la première descente en ski de pente raide sur la face nord du Gspaltenhorn

A l’image de Thomas Guerrin réalisateur du trip vélo ski "Mt Khuiten Mongolia" que meltyXtrem interviewait récemment, Sébastien de Sainte Marie fait partie de ces riders semi-pros qui nous proposent régulièrement des images superbes sur les plus belles pentes de la planète. En la matière, son dernier film "Sound of the void" présenté dans le cadre de l’European Outdoor Film Tour qui faisait halte à Paris le 12 décembre dernier au MK2 Bibliothèque est un petit bijou sur le ski de pente raide (regardez le teaser du film ci-dessous). Une discipline méconnue du grand public dont Sébastien Montaz avait lui aussi fait un film pour "T’es pas bien là" avec Vivian Bruchez et Kilian Jornet. Juste avant la projection, meltyXtrem a donc rencontré Sébastien de Saint Marie, débarqué de Suisse et qui a participé à la tournée de l’EOFT à Milan, Hambourg et Munich. Ce rider semi-pro qui est aussi étudiant en Haute école de gestion (équivalent des HEC françaises) nous a raconté cette première descente réalisée sur la face nord du Gspaltenhorn dans les Alpes bernoise, une pente de 55°… A lire aussi : European Outdoor Film Tour : Trailer du film de sports extrêmes.

Quel était l’objectif de "Sound of the void" ?

L'objectif c'était de descendre le Gspaltenhorn en ski. C’est une des plus hautes faces d’Europe (1 500 m de dénivelé et 3 436 m d’altitude). On a décidé avec mon sponsor Mammut de faire la face nord, une première encore jamais réalisée en ski de pente raide. Mais la réalisation de ce projet était très compliquée car l’équipe qui m’entourait venait d’Allemagne. Elle n’était pas toujours avec moi. Ça m’obligeait à forcément tenter quelque chose quand ils venaient en Suisse. A la fin de l’hiver, à la mi-avril, début mai, on devait espérer avoir une fenêtre météo idéale pour pouvoir réaliser cette pente. Une semaine avant, j’ai bien étudié la face à la jumelle. A l’origine, je voulais en faire le tour, et arriver au sommet par mes propres moyens en gravissant les 500 derniers mètres, mais finalement, un hélicoptère m’a pris à Gstaad et m’a déposé au sommet. J’étais donc en haut en quelques minutes et là, arrivé au sommet, il fallait y aller. J’ai fait un bout de rappelle pour tester la neige puis je me suis lancé dans la pente. A part un passage de 50 m en désescalade où j’ai dû sortir les crampons et les piolets, ça s’est passé idéalement.

Quelle est la spécificité de cette face ?

C’est une face sur deux saisons. Il faut faire le bas au printemps, le haut en hiver. Son dénivelé de 1 700 m est vraiment important et l’exposition est énorme. Par exemple, autour de Chamonix, c’est difficile de trouver des pentes de plus de 1 000 m. C’est clairement une des faces les plus compliqués que j’ai faite. C’est très sauvage. Mais malgré la difficulté, je voulais déjà tenter une autre face du Gspaltenhorn juste après être arrivé en bas. Car de là-haut, c’est magnifique. J’ai pris des photos du vallon, c’était vraiment superbe.

Combien de temps faut-il pour préparer une descente comme celle-ci ?

C’est très compacté. Normalement, c’est plus long, mais là, ce n’est pas une face glacière mais rocheuse. L’avantage, c’est qu’il n’y a pas de problème de cohésion de la neige sur la glace comme il peut y en avoir sur les sommets de plus de 4 000. Et contrairement à janvier où la neige est beaucoup trop froide, là ce n'était pas le cas. Par contre, niveau logistique, ce n’est pas du freeride où tu arrives sur le spot et tu pars direct. Là, c’est plus étudié, et j’ai passé plusieurs jours avant à regarder la montagne pour savoir exactement où je devais poser mes skis.

Quels sont les prochains spots que tu aimerais faire en ski de pente raide ?

J’ai envie de retourner en Nouvelle Zélande, c’est un pays assez particulier et il y a des choses à faire là-bas. En Europe, c’est évidemment la Suisse Romande qui m’attire le plus. Sur le plan éthique, j’aimerais aussi faire des projets qui respectent davantage la nature (lisez à ce propose notre interview de William Cochet, skieur freeride écolo). Mais quoi qu’il arrive, j’essaye toujours de rider sur des spots vierges, où on ne se bouscule pas pour descendre. D’ailleurs, j’espère que le ski de pente raide restera comme il est, c’est-à-dire concentré sur quelques spécialistes. Je ne suis pas forcément pour que la discipline devienne très populaire. Ca nous permettra de rester humbles et de ne pas prendre la grosse tête.

Sébastien de Sainte Marie : Interview du skieur de pente raide pour "Sound of the void" - photo
Sébastien de Sainte Marie : Interview du skieur de pente raide pour "Sound of the void" - photo