Sébastien Montaz : "Kilian Jornet a choisi de se tourner vers les sommets" (interview exclu)

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Sébastien Montaz est le réalisateur des films de Kilian Jornet, dans lesquels le Catalan se hisse vers des sommets en sky running. meltyXtrem l'a rencontré pour parler de ce métier pratiqué dans des conditions extrêmes. Une interview exclusive.

Sébastien Montaz-Rosset aime la montagne et la caméra. Il a cumulé ses deux passions pour devenir le réalisateur attitré de Kilian Jornet lors des exploits réalisés par le Catalan. S'il l'a d'abord accompagné en montagne à l'occasion de courses en ultra-trail, Kilian Jornet s'est désormais attaqué aux plus hauts sommets du monde. À l'occasion du festival Montagne en Scène, le réalisateur est revenu sur les particularités de suivre l'athlète dans des conditions extrêmes. De leur rencontre aux anecdotes du film "Déjame Vivir", dans lequel l'Espagnol tente l'ascension du Mont-Blanc, de l'Elbrouz et du Cervin, en passant par leur entente professionnelle et affective, Sébastien Montaz livre une partie de l'intimité de ce duo hors pair. À lire aussi : Bruno Brunod : "Un honneur d'être un modèle pour Kilian Jornet" (interview exclu).

Pouvez-vous nous présenter le projet "Déjame Vivir" ?

"Déjame Vivir" n'est qu'une partie du projet plus global "Summits of my life". Kilian Jornet, on le connaît tous comme l'athlète qui a tout gagné en ultra-trail et il s'est mis en tête de ne plus courir forcément dans les montagnes, mais plutôt vers les sommets. Il a défini des objectifs comme le Cervin (4 478 m), le Mont-Blanc (4 810 m), l'Elbrouz (5 642 m) ou encore le McKinley (6 194 m). Et cela devrait le mener à gravir l'Everest (8 842 m) l'année prochaine. Il ne connaît pas encore toutes les techniques liées à ce genre de pratique, associant le trail et l'alpinisme, mais il prend le temps d'apprendre.

Sébastien Montaz : "Kilian Jornet a choisi de se tourner vers les sommets" (interview exclu)
Sébastien Montaz : "Kilian Jornet a choisi de se tourner vers les sommets" (interview exclu)

Quel est votre rôle dans ce projet ?

Moi, je suis le mec que Kilian Jornet a choisi pour le filmer dans ses ascensions. Il est sympa car il m'attend souvent. Mais c'est fini de le suivre à bloc avec une caméra. Maintenant, on le filme au sommet, on le filme à la descente, c'est très simple de travailler avec lui de la sorte. Kilian adore la création des images.

Était-ce un objectif de vous lancer dans ce genre de films ?

C'est particulier mais j'ai toujours filmé, fait du dessin ou de la peinture, donc j'ai un œil en quelque sorte, comme beaucoup d'autres. Mais j'ai surtout envie de m'exprimer par différents moyens. Ça, c'est la base. Après, il faut un peu de chance parce que je suis tombé sur Kilian de façon fortuite. C'est un de ses partenaires qui m'a demandé de le filmer et si cela n'avait pas été le cas, je ne serai pas là aujourd'hui. Il faut aussi beaucoup de passion, sortir tous les jours pour filmer encore et encore. Cela permet de se construire et d'exprimer un univers. Ce qui est important, c'est de fouiller le réalisateur que nous sommes car c'est ce que recherche un producteur.

Quel est votre univers justement ?

Je suis assez solitaire et observateur, je pense qu'on se complète bien avec Kilian. J'ai beaucoup d'empathie pour les gens, j'essaie de comprendre leurs interactions sociales. Il faut ensuite les traduire. Donc, au-delà de filmer, j'espère réussir à apporter un peu de chaleur, de sympathie et même de simplicité à travers mes films.

Sébastien Montaz : "Kilian Jornet a choisi de se tourner vers les sommets" (interview exclu) - photo
Sébastien Montaz : "Kilian Jornet a choisi de se tourner vers les sommets" (interview exclu) - photo

Quelle approche avez-vous des exploits sportifs que vous filmez ?

Je crois qu'il est important de démystifier les gens que je filme. Qu'est-ce qu'un champion du monde d'ultra-trail ? Quand on ne vient pas de ce monde, on ne comprend pas. Donc si je n'amène pas une dimension humaine, ce n'est pas suffisant. Parfois, je manque des choses, forcément. Quand on est dans une ascension, on ne peut pas tout filmer. Mais je me dis que l'essentiel, ce n'est pas le chrono. Je préfère capter un moment plus empathique. Dans mes films, il y a des imperfections. À un moment de son ascension du Cervin, Kilian est rejoint par Bruno Brunod, mais je l'ai raté… Je ne l'ai eu qu'à la fin, à son retour sur Cervinia.

Quelles sont les particularités d'un tournage dans des conditions extrêmes ?

On fait ce qu'on peut sur le moment et on compose avec ensuite. Il ne faut pas se dire : "Allez, on la refait" ou "Encore une fois". Kilian est un coureur, un skieur, un grimpeur ! Il n'a pas le temps d'attendre. Donc on a ce qu'on a et mon cinéma ne repose sur aucun écrit. Je ne rédige rien avant de partir. Sur place, par contre, je regarde, j'écoute, je filme.

Comment définiriez-vous la personnalité de Kilian Jornet ?

Je ne sais pas trop quoi répondre car il est vraiment comme on l'aperçoit dans les films, à la télé ou durant les interviews. Il n'en fait pas plus quand il y a un micro, il est d'une simplicité et d'une gentillesse… Je ne l'ai jamais vu critiquer ou être de mauvaise humeur. Son seul défaut ? Il n'aime pas quand on le réveille tôt ! Il est chiant tellement il est gentil !