Shane Dorian : "Belharra déferle comme une avalanche, Jaws est une mâchoire qui te mange"

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Shane Dorian raconte les spécificités des plus grosse vagues de la planète. L’Hawaïen, qui fait partie des meilleurs surfeurs de gros au monde, détaille ces big wave qui ont fait sa légende. De Teahupoo à Belharra en passant par Mavericks, Nazaré ou sa favorite Jaws chez lui à Hawaii.

Il est né la même année que Kelly Slater qui a fêté la semaine dernière son 44e anniversaire. Shane Dorian a d’ailleurs construit sa carrière en même temps que celle du King, évoluant pendant onze années à ses côtés. Et s’il n’a jamais fait mieux qu’une quatrième place au classement mondial (en 2000), l’Hawaïen est aujourd’hui une figure du surf international, continuant de trimbaler ses planches au gré des swells XXL qui se déclenchent aux quatre coins du monde. En janvier, on le retrouvait sur son spot préféré de Jaws avec Kai Lenny et Ian Walsh. Présent sur le Quiksilver Pro France l’année dernière, Shane Dorian a passé une trentaine de minutes avec meltyXtrem dans le shop Billabong d’Hossegor. L’occasion pour lui de nous détailler les spécificités des plus grosses vagues de la planète, qu’il a (presque) toutes surfées. " Je n’ai pas non plus fait tous les spots de big wave au monde, mais j’ai une petite expérience " rigole-t-il, tout en concédant qu’il espère bien en cocher d’autres à sa liste d’ici la retraite à l’image de Mullaghmore en Irlande qu’il n’a jamais surfé.

Shane Dorian : "Belharra déferle comme une avalanche, Jaws est une mâchoire qui te mange"

Mavericks (Etats-Unis)

" C’est une photo (ci-dessus) prise lors d’un gros swell en hiver. Mavericks est situé à un peu moins d’un kilomètre de la côte. C’est une vague qui peut vraiment être énorme à cette période de l’année. L’eau y est froide et très sombre surtout dans ces conditions. C’est d’autant plus dangereux qu’il y a aussi des rochers tout près du spot à proximité du line-up. Quand tu tombes, la vague t’y emmène et ça peut rapidement devenir critique. Plusieurs surfeurs sont déjà morts là-bas et c’est quelque chose que tu as évidemment en tête le matin au moment où tu pars sur ce spot. "

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Belharra (France)

" Belharra ressemble à Mavericks sur certains points, notamment sur la température de l’eau, la taille de la vague et la masse d’eau qui y est charriée. Les deux font vraiment peur. Par contre, la façon dont se forme Belharra est différente. Mavericks est un peu un "take-off spot" qui se forme régulièrement. Il est petit et ne s’étend pas sur une grande largeur alors que Belharra est plus étendue. On le voit d’ailleurs sur la photo. Le type à ma droite est peut-être à 150 mètres de moi. Et même avant de pouvoir prendre la vague, les surfeurs sont très éloignés les uns des autres. Il y a plusieurs centaines de mètres entre eux, car on ne sait jamais où va se former la vague. Il n’y a pas de line-up clair, pas d’objectif précis. Belharra est une vague scélérate, imprévisible, mais en même temps tellement excitante pour les surfeurs. C’est un gros challenge d’autant qu’il n’y a souvent pas énormément d’opportunités d’attraper une vague sur une session. "

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Jaws (Hawaii)

" Là encore, on a une vague qui a un déroulement différent des deux dernières. Si Belharra déferle plus comme une avalanche, Jaws fonctionne un peu comme une mâchoire qui te mange. La vague est plus petite, plus linéaire dans sa forme mais elle n’en reste pas moins extrêmement compliquée à surfer. Une fois que tu as fait ton take-off, il faut foncer tout droit pour un gros bottom turn . Personnellement, je pense que c’est la meilleure vague dans le monde pour les surfeurs de gros. "

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Nazaré (Portugal)

"Nazaré est rare. Les énormes conditions que l’on voit dans les médias sont mêmes extrêmement rares, c’est pourquoi nous sommes toujours en alerte sur ce spot pour être prêt si une grosse session se déclenche. Quelques jours avant que cette photo soit prise, j’étais encore tranquille à Hawaii et j’ai vu que les choses évoluaient bien au Portugal. J’ai décidé de partir assez rapidement, en espérant que mon pari sur les grosses conditions que j’espérais quelques jours plus tard soit gagnant. Comme on le voit, je ne m’étais pas trompé (rires). Quant au spot, il exige déjà une grosse expérience en big wave et notamment avec le jet ski. C’est essentiel d’avoir un bon binôme sur place pour pouvoir se sortir rapidement des situations périlleuses. Il faut se connaître l’un l’autre. "

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Red Bull Cap Fear, Australie

"Cap Fear est un "slab", autrement dit, une vague qui casse sur une dalle rocheuse qui affleure. Et si la photo ne le montre pas vraiment, c’est clairement une vague très épaisse. C’est très rapide, étroit, très difficile à surfer correctement. On ne le voit pas non plus, mais il y a donc là aussi des rochers tout près, ce qui rajoute à la dangerosité de l'endroit. "

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Todos Santos (Mexique)

" Todos Santos est un spot situé sur l’extrême sud de la Péninsule de Basse-Californie. C’est une vague raide mais qui ne s’effondre pas. Elle progresse, et avance elle aussi comme une avalanche. On y organise une des épreuves du Big Wave Tour sur une longue waiting period (15 octobre 2015 au 28 février 2016 pour la dernière édition du Todos Santos Challenge remportée par Josh Keer). Là aussi, ça reste un spot accessible uniquement au big wave rider. "

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Teahupoo (Tahiti)

" C’est effectivement probablement la vague la plus réputée au monde, notamment auprès du grand public. Elle le mérite, car au niveau de son épaisseur, je pense qu’elle n’est pas loin d’être la plus impressionnante de la planète. La différence avec toutes les autres vagues que l’on a vues auparavant, c’est qu’il est impossible de la prendre à la rame. Tu dois donc bien maîtriser le principe du tow-in (surf tracté) pour être à l’aise sur le spot, car c’est comme ça que se prend la vague. Et si tu tombes, c’est vraiment dangereux avec le reef qui est tout proche. "

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Mascaret de Bordeaux

" C’était une expérience assez dingue (il était sur place quelques jours avant le Quik Pro) avec énormément de surfeurs pour prendre cette unique vague. Nous étions au moins 100, avec beaucoup de locaux. Nous avons surfé cette vague pendant au moins huit minutes, c'était magique. "

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Hossegor (photo prise par Laurent Pujol)

Pour parvenir à faire ce genre d’image, c’est un peu comme une danse que tu dois exécuter avec le photographe. On le voit, ma main ne touche pas la vague pour éviter que les projections d’eau ne viennent sur l’objectif de Laurent. Tu dois aussi surfer assez droit. C’est spécifique mais c’est nécessaire de surfer de cette façon pour s’adapter au photographe qui te suit.

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Wipeout à Jaws (Hawaii)

" J’essaie de ne pas penser aux dangers du surf. J’ai eu des milliers d’expérience sur des centaines de spots différents. L’expérience est venue peu à peu, en même temps que ma facilité à m’adapter à tous les types de vagues. Il faut rester calme, ne pas paniquer. C’est justement parce que c’est la tempête autour de toi que tu dois savoir gérer ton stress pour t’en sortir. "

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Récompensé lors des Billabong XXL Awards

" Je ne surfe pas pour l’argent ou les trophées. Quand tu es gamin, c’est la taille des vagues, la grosseur des tubes qui te fait rêver et pas les prize money que tu peux gagner en compétition. C’est cool de se retrouver entre surfeurs à la fin de l’année pour célébrer les plus belles vagues, mais personne ne pense réellement à la sortie d’une session, « je crois que je peux gagner le Billabong XXL avec cette vague ». Oui, ce n’est pas beaucoup d’argent par rapport aux risques que l’on peut prendre parfois, mais ce n’est vraiment pas un problème quand on sait la chance que l'on a de vivre cette vie de surfeur pro. "

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Avec Kelly Slater (à gauche) en 1992 sur la finale du Pro Junior de Sydney

" Kelly et moi sommes de très bons amis. Nous avions peut-être 20 ans sur cette photo et c’est à partir de ce moment que nous nous sommes rapprochés. Les onze années que j’ai passées sur le World Tour ont renforcé cette amitié. Et même s’il a continué sur le CT et que j’ai arrêté depuis 2003, on a toujours plaisir à se voir et à surfer ensemble. "

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Son fils

" Comme tout le monde, il a envie d’apprendre à surfer. Il aime aussi le skate. Mais c’est lui qui décidera ce qu’il veut faire plus tard. Je lui laisse entièrement le choix et je ne cherche pas à l’influencer sur le surf. L’important est qu’il se construise en tant que personne et que ce soit quelqu’un de bien. "