Stéphane Husson : "La tour de glace de Champagny, un best of en coupe du monde" (interview exclu)

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À l’occasion de l’étape française de la coupe du monde de cascade de glace à Champagny en Vanoise-La Plagne (Savoie), nous avons rencontré Stéphane Husson, l’un des créateurs de la mythique tour de glace. Interview exclu pour meltyXtrem.

Guide de haute montagne et ancien athlète de haut niveau en cascade de glace, Stéphane Husson est une référence mondiale dans l’univers de l’alpinisme. Passionné sans limite, il est un protagoniste central dans le développement et la démocratisation de l’escalade sur glace en France. Stéphane Husson est à l’origine de la célèbre tour de glace de Champagny en Vanoise, une structure unique, renommée dans le monde entier. Nous l’avons rencontré lors de l’étape de la coupe du monde de cascade de glace à Champagny en Vanoise (5-7 février 2015) où il officiait en tant qu’ouvreur des voies de compétition, il nous a raconté l’histoire de cette majestueuse dame de glace. meltyXtrem était sur les deux événements phares de la tour de glace de Champagany en Vanoise de ce début d'année, La Gorzderette et l'étape de coupe du monde de cascade de glace. A lire aussi : Jehan-Rolland Guillot : "La tour de glace de Champagny est unique sur le circuit de coupe du monde" (interview exclu)

Quelles sont les origines de la tour de glace de Champagny en Vanoise ?

Le projet est né pendant la coupe du monde d’escalade sur glace en 2001. Je grimpais souvent en site naturel avec Denis Tatoud, adjoint au sport de Champagny en Vanoise à l’époque. Passionné d’escalade sur glace, Denis suivait nos performances sur les coupes du monde. Sur une étape à Chamonix, il est venu me voir et m’a dit, tu devrais venir jeter un coup d’œil à Champagny, je pense qu’il y a quelque chose à faire ! Je connaissais un peu ce recoin de la vallée de Tarentaise mais je n’étais jamais resté très longtemps sur le plateau de Champagny le haut en plein hiver. Denis m’a convaincu et nous avons réalisé des relevés de température durant tout l’hiver. Et effectivement, le lieu semblait idéal pour l’escalade sur glace, le soleil quitte le vallon le 15 novembre et revient le 15 février, entre ces deux dates, les températures varient entre -20 et -30 degrés. Nous avons donc imaginé l’implantation d’une tour de glace à Champagny en Vanoise.

Quelles ont été les différentes étapes de création et de construction de la tour ?

Denis a commencé par organiser un conseil municipal pour proposer le projet. Nous sommes venus en renfort avec Erwan Le Lann (que nous interviewions récemment dans le cadre de son tour du monde en bateau) et notre film Petzl réalisé dans l’hiver pour présenter cette pratique et au printemps 2001, tout a commencé à se construire ! Denis a ficelé le projet avec le SIGP (Syndicat Intercommunal de la Grande Plagne), principal mécène de cette aventure. Nous avons débuté les plans de la tour fin 2001 début 2002. Tout a débuté avec des allumettes sur la table de mon salon ! Comme je connaissais quasiment toutes les structures qui existaient en coupe du monde, j’avais déjà une très bonne idée de ce que je voulais : un best of ! L’actuelle tour de glace est un subtil mélange entre les structures d’Autriche, de Russie et du Québec ! L’idée étant vraiment de créer une tour qui soit à la fois accessible aux débutants, aux grimpeurs confirmés et aux experts qui s’entraînent pour les coupes du monde. Une fois les plans de la structure établis, nous avons dû nous accorder avec ce site classé. Nous étions dans un endroit sauvage et protégé et nous ne voulions surtout pas dénaturer le lieu, nous avons donc agencé le tout avec harmonie.

Quelles étaient tes ambitions avec ce projet de tour de glace ?

Au début, l’idée était vraiment d’ouvrir cette tour de glace au grand public. Pour attirer le monde dans cette contrée reculée, le label coupe du monde était bien sûr un atout mais l’on s’est vite rendu compte que seuls les experts se sentaient concernés. Nous avons donc inventé le concept de La Gorzderette. Nous voulions faire découvrir à un maximum de monde la tour de glace et les inviter à revenir pour leur propre pratique. Notre envie était vraiment de rendre attractive la tour, la commune de Champagny en Vanoise a voulu faire sauter les freins à cette discipline. Aujourd’hui, La Gorzderette continue d’exister... On est monté jusqu’à 620 concurrents pour la dixième édition en 2013. L’événement touche un très large public pratiquant de sports de montagne, que ce soit des freeriders, des alpinistes, des fondeurs et des grimpeurs. Pari réussi donc puisque l’on fait grimper en session touriste de 8 à 80 ans ! C’était certainement mon ambition avec ce projet, à la fois populariser cette discipline, trop peu connue et souvent difficile d’accès mais aussi la faire évoluer en proposant une structure d’entraînement pour les professionnels et en accueillant des compétitions internationales.

Pourquoi la tour de glace de Champagny est unique sur le circuit de coupe du monde de cascade de glace ?

On a vu la dérive ces dernières années de la coupe du monde qui se fait de plus en plus sur du plastique ou des planches de bois. Le savoir faire sur la glace disparaît, aujourd’hui, on est seulement deux nations à posséder encore cette technique avec l’Italie. La tour de glace de Champagny est certainement la structure qui propose le plus de glace sur le circuit de la coupe du monde. Par exemple, pour la finale de difficulté de cette étape de la coupe du monde 2015, on est sur un format 50% de glace et 50% de dry tooling. De plus, l’architecture de la tour nous permet de proposer quasiment la voie la plus longue de la coupe du monde, elle fait entre 40 et 50 mètres de longueur (non de hauteur). Nous sommes vraiment dans des conditions quasi similaires avec de la cascade de glace en site naturel.

Comment entretient-on un tel chef d’œuvre ?

Pour toutes les parties verticales et inclinées, c’est assez simple, on arrose du sommet par gravité, avec une matrice aléatoire. Les gouttes d’eau rebondissent différemment chaque année, chaque hiver, on créé donc des voies différentes. À la différence du rocher, la même voie est une ascension nouvelle d’une année sur l’autre. Pour les parties déversantes, nous opérons de deux manières : on a un canon à neige avec un réglage spécial (c’est là le secret) que l’on suspend à vingt mètres de haut pour projeter la neige sur les dévers, pour le reste, on complète avec de la slush faite maison (terme canadien qui consiste à mélanger de l’eau et de la neige) à l’extérieur et à l’intérieur de la structure. C'est un travail minutieux mais qui vaut le coup ! Voir les meilleurs mondiaux et des novices prendre du plaisir à crocheter leurs piolets dans cette glace unique vaut tous les efforts !

Un dernier mot à ajouter ?

Faites de l’escalade sur de la vraie GLACE !