Tom Pagès : "Quand tu mets le casque, plus personne ne décide pour toi" (exclu)

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Médaillé d’or aux X-Games et vainqueur des X-Fighters de Madrid, Tom Pagès est l’étoile du FMX français. De passage à Paris pour présenter le Finist’Air Show, meltyXtrem l’a rencontré.

Il en a des kilomètres de rampes au compteur. Tom Pagès est assurément l’étoile du freestyle motocross français. Après 10 années de carrière, 2015 ne pouvait pas mieux commencer puisqu’après une décennie d’attente, il remporte sa première médaille d’or aux X-Games en QuarterPipe. Il est aussi deuxième du classement général des Red Bull X-Fighters 2015 après trois podiums et une énorme victoire pour la troisième fois d’affilée à Madrid. Le Nantais avait notamment remporté le tour mondial en 2013. Créatif et bosseur, Tom est l’un des seuls riders au monde à passer des figures très techniques comme le bike flip, le 540 alley-oops, le flair ou encore le double flip. Il passe l’essentiel de son temps entre entraînements et compétitions internationales. Toujours dans l’innovation, le Français se heurte trop souvent à des modules et des rampes qui ne lui donnent pas l’occasion d’exprimer son talent. Le 30 août prochain, Tom Pagès et quatre des meilleurs pilotes de FMX du monde vont se tirer la bourre lors du Finist’Air Show. meltyXtrem l’a rencontré pour l’occasion et on vous prévient, les organisateurs lui ont laissé carte blanche. À voir également : Red Bull X-Fighters : Vidéo best of à Madrid.

Tu seras au Finist’Air Show le 30 août prochain, pourquoi participer à cet événement ?

J’y participe depuis ma première année en 2007. Cela a commencé comme une petite démo et avant j’avais un petit niveau, je n’étais pas très connu. L’événement a énormément grossi et mon niveau aussi. On a presque avancé tous les deux ensemble. On se booste mutuellement. C’est devenu quasiment un événement incontournable pour le sport freestyle. Sincèrement, je pense que c’est le show le plus fat qui existe en France. Le plateau FMX est incroyable. Et maintenant on a le park pour pouvoir apporter des tricks de plus en plus importants. Donc oui, il faut être au Finist’Air Show.

Tom Pagès : "Quand tu mets le casque, plus personne ne décide pour toi" (exclu)

Tu as prévu quoi comme run là-bas ?.

Chaque année je demande un peu plus parce que je ne roule pas comme tout le monde, malheureusement. J’aimerais, mais je n’y arrive pas donc je fais autre chose (rires). Il faut aussi les rampes normales. On a deux rampes côte à côte sur deux sauts à la suite qui nous permettent de faire des synchros, ce qu’on appelle des "tchou-tchou", des trains, parce qu’on se suit. Sur les synchros, Clinton Moore et moi faisons tous les deux le Volt et le 360. On est quasiment les deux seuls pilotes à pouvoir réaliser ces figures. Les faire en synchro c’est une chance unique pour le public. Maintenant il faut aussi des Quarter pour les flairs et les figures un peu techniques. Cette année je demande une autre rampe de l’autre côté pour pouvoir apporter des figures que je fais aux X-Fighters et que je n’ai jamais faites sur des shows. Je les réservais à la compétition parce qu’elles sont trop compliquées. Cette année on essaie de les apporter sur une démo tout en gardant l’esprit à la cool avec une petite dose de stress en plus. C’est à l’organisation de m’apporter les conditions parfaites pour ne pas me blesser, mais pour ça je leur fais confiance parce qu’ils travaillent avec les meilleurs et ils vont faire un truc génial

Comment s’est passé le Nitro Circus à Nice ?

Pas mal. Vraiment content d’être de retour sur les Nitro depuis 2013 avec mon frère. Lille avait été une super date, mais il avait fait froid car le stade était inchauffable. Pour nous c’était plus compliqué de rouler même si dans le public il y avait une super ambiance. À Nice, il faisait chaud et j’étais vraiment bouillant. Je suis content de ma prestation et le public était incroyable. J’ai eu un super bon retour des autres pilotes avec qui j’ai roulé. Ils sont vraiment contents du public français. Ça fait plaisir d’être français quand tu as des retours comme ça.

Ce public français, tu ne le vois pas si souvent que ça ?

Finalement, je le côtoie quatre ou cinq fois dans l’année, mais pas toujours avec des pilotes étrangers. D’avoir toute la scène internationale du FMX au Nitro avec beaucoup d’Américains, d’Australiens et d’avoir un retour positif sur le public et les fans français, c’est hyper agréable. Ça veut dire que nous, en France, on ne fait pas un si mauvais travail et que l’on n’a pas une si mauvaise image.

Tu peux nous parler des X-Fighters de Madrid que tu viens de remporter ?

La finale à Madrid s’est pas mal déroulée. Déjà, tout l’événement en lui-même, bien mieux qu’à Athènes où je fais deux chutes en qualifs. À Madrid je repartais sur de bonnes bases, je gagne la qualif' quasiment comme à mon habitude. J’arrive en confiance. J’ai senti les autres pilotes un peu plus stressés que moi parce que j’avais des figures abouties. Ils ont fait des erreurs et ça m’a ouvert une porte qui m’a permise d’accéder à la finale facilement et de donner un run presque acquis pour moi, même si c’était difficile.

Comment as-tu réussi à passer ton bike flip ?

Le bike flip c’était un peu ma hantise, même le alley-oops flair. J’avais bien travaillé sur les deux qui sont des figures compliquées. Le bike flip, je l’ai gardé pour la finale. En général, je vais sur des grosses figures en début de run parce que si elles ne passent pas, je n’irais pas prendre des risques sur les autres. Le problème de Madrid c’est qu’il faut que je reprenne deux fois la même rampe. Donc il faut que je parte sur un premier trick puis sur mon run. Le bike flip arrivait plutôt en fin de run et le rater voulait dire que je ratais ma finale. Sachant qu’avec la chute de Sherwood, je n’avais pas spécialement besoin de cette figure. Mentalement j’étais un peu confus mais je suis quand même parti, je l’ai posée et je suis content.

"En règle générale, les pilotes attendent mon erreur"

Tu finis 3e au Mexique, 2e à Athènes et 1er à Madrid. Quelles sont tes chances de remporter le Tour ?

C’est pas mal parti parce qu’on a tous une épreuve joker. Pour le moment ma plus mauvaise place c’est quand même un podium en troisième place, ce n’est pas dégueulasse. Mexico, c’est toujours l’ouverture de la saison, en altitude donc le alley-oops et le bike flip sont impossibles à réaliser. J’arrivais avec un run des années 80 et je fais quand même podium parce qu’il n’y en a pas beaucoup qui sont capables de les passer mes figures (rires). À Athènes, je fais une petite chute en finale sinon je pense que ça passait aussi. En fait, je me rends compte que rouler comme à Madrid avec une petite marge de sécurité, en roulant plutôt à 80% plutôt qu’à 120% comme à mon habitude, ça peut me permettre de gagner. Pour une fois, je n’ai pas laissé la victoire aux autres parce qu’en règle générale, les pilotes attendent mon erreur.

Qu’est-ce que tu espères sortir en Afrique du Sud ? Tu nous prépares quoi comme show ?

Comme toutes les épreuves, m’entraîner au maximum. Si je n’ai pas de nouvelles figures ce sera de réaliser tout ce que je fais parfaitement pour les juges. Ça va être difficile parce que j’attends Josh Seehan qui va être vraiment costaud. On ne sait jamais si quelqu’un va apporter une nouvelle figure. Il ne faut jamais rester sur ses acquis parce que du jour au lendemain on peut être surpris par les autres. Et je suis surpris de leur prestation à Madrid, ils ont tous été vraiment très forts. Ils passent tous des body varial et ça commence à me faire peur, il va falloir que je progresse.

Tom Pagès : "Quand tu mets le casque, plus personne ne décide pour toi" (exclu)

Tu as enfin, après dix ans d’attente, remporté ta première médaille aux X-Games en quater-pipe, qu’est-ce que tu as ressenti ?

Incroyable ! Ça n’a pas été chose facile. Je me donne du travail parce que je pars pour le bike flip, normalement figure acquise. Je me dis que si ça passe, ça peut être de bon augure, mais j’aimerais passer le alley-oops flair derrière pour le public, tout simplement. Je chute sur le bike flipe et je me fais vraiment mal. J’étais au sol, je ne pouvais plus respirer, plus marcher, j’avais tapé la tête, je pensais que c’était fini. C’est un direct live donc pas le temps de reprendre ses esprits. Je pars un peu à l’infirmerie et les autres passent. De ma chute à mon run d’après, il s’est passé 20 minutes. Le temps d’aller remettre la moto un peu en état, c’est passé très vite. Je me suis dit que c’était maintenant ou jamais même si j’avais mal au dos et aux fesses. Je ne pouvais plus tomber sinon je restais par terre. J’y suis allé, je l’ai posé et c’est une médaille d’or. On ne me l’a pas donnée celle-ci et ça fait dix ans qu’on me la prend. Là, je l’ai presque perdue tout seule et je suis allé la chercher quand même.

Tu passes le 540 alley-oops flair, le bike flip, d’où te vient l’idée de ces figures ?

Plus je roule, plus je tente de nouvelles choses dans le bac à mousse. C’est ce qui me plaît. Déjà de savoir si la figure est possible, même sans vouloir la faire, c’est du challenge. Si c’est possible, ça me fait encore plus peur parce que ça veut dire que si ça passe une fois, il faut la poser. Donc je tente comme ça et plus on avance dans certaines figures, plus on en découvre d’autres. C’est de là que je trouve mon inspiration, c’est-à-dire que plus je travaille, plus les idées arrivent.

"Si j'arrive à poser le double flip, le 720 et le front flip, je pense qu'il va falloir s'accrocher derrière"

En ce moment tu bosses sur quelles figures ? Tu as de nouveaux tricks en préparation ?

Quand la saison commence, je cherche à poser mes figures surtout quand je fais des erreurs comme à Athènes ou à Madrid aux entraînements. Il faut continuer à peaufiner ces figures, à être techniquement parfait pour ne laisser aucun doute dans la compétition. Apprendre de nouvelles figures veut dire prendre des risques et m’éparpiller mentalement. Déjà le fait de faire des bike flips, alley-oops flair, flairs sont des figures où il n’y a que des rotations, je deviens perdu. J’en travaille quand même de nouvelles, mais elles ne sont pas encore prêtes. Tout le monde sait qu’à Madrid j’avais le double flip (double back flip, ndlr) dans mon run que je n’ai pas fait parce que ce n’était pas nécessaire. Là, je travaille sur de nouvelles rampes qui sont à front flip. Depuis des années je fais le 720 dans le bac à mousse chez Travis Pastrana pour le poser en compétition. Ça fait trois grosses étapes dans ma carrière. Si j’arrive à poser ça en compétition, je pense qu’il va falloir s’accrocher derrière.

Tu t’étais justement plaint des rampes aux X-Fighters...

Le problème c’est que d’apporter de nouvelles choses, ça veut dire de nouvelles structures, modifier les terrains. Ça ne plait pas spécialement à tous les pilotes parce que ça change leur façon de rouler. Et puis si je pose mes nouvelles figures, ils ne pourront pas gagner. Je ne me fais pas que des amis. Là, ça commence à m’épuiser de demander, de me battre pour avoir de nouvelles choses. Je pense qu’en fin de saison je vais laisser courir un peu et poser mes runs tranquillement.

Comment tu gères le danger, la peur et la pression ? Comment la psy qui te suit t’aide-t-elle ?

Ma psy c’est plutôt pour ma vision des choses dans ce sport. Comment l’aborder, évoluer parce que personne ne peut t’encourager à prendre des risques. Au début je me suis dit que j’allais trouver un préparateur mental qui allait m’aider, mais finalement c’est un sport où tu es tout seul. Quand tu mets le casque, il n’y a plus personne qui décide pour toi, tu veux ou tu ne veux pas.

Tom Pagès : "Quand tu mets le casque, plus personne ne décide pour toi" (exclu)

Tu as eu 30 ans, comment envisages-tu ta carrière dans le FMX ?

Ça fait dix ans que je roule, j’ai eu la chance de gagner les X-Fighters en 2013, d’apporter des figures assez inédites à Madrid, de gagner là-bas en 2014, de regagner cette année pour la troisième fois. C’était un gros challenge. Si je voulais gagner une étape, c’était à Madrid parce que c’est le meilleur freestyle qui n’ait jamais été fait. J’ai gagné les X-Games, si je gagne cette saison, il sera temps de repenser à la compétition l’année prochaine. Pour le moment ça se passe bien, je suis complet, je peux remettre des flips si j’en ai envie, des 360. Je suis sur le podium à chaque épreuve comme en 2013. Si je gagne, c’est vrai que ça va m’aider pour l’année prochaine pour savoir si je repars pour le championnat complet ou juste sur des "one shot", des épreuves qui me plaisent. Peut-être gagner quatre fois Madrid à la suite ou partir dans des projets vidéo. Mais je vais continuer le sport à fond, le faire évoluer, réaliser des démos. De là à partir sur des championnats complets comme les X-Fighters où il faut un entraînement quotidien et acharné, je verrai en fin de saison.

C’est ce que tu fais en ce moment, entraînement quotidien ?

Oui, je fais de la moto deux fois par jour, sept jours sur sept. Depuis au moins cinq ans je fonctionne comme ça. Avant, je roulais tous les jours mais pas de façon aussi acharnée. Là c’est "no life", par contre ça paie.

"Me relaxer à la plage, ça va plutôt me stresser"

Qu’est-ce que tu as comme nouveaux projets ?

Depuis peu je vois un pote qui s’appelle Vincent Reffet qui est un professionnel en base-jump et parachute. On a fait quelques sauts ensemble. J’essaye de faire un peu autre chose et j’ai toujours ma moto de vitesse. Ce sont des sports toujours un peu à risques, mais qui me plaisent énormément et qui me permettent de me libérer l’esprit et de penser à autre chose tout en restant un peu actif. Je ne vais pas aller me relaxer à la plage, ça va plutôt me stresser de ne rien faire. Je veux toucher à tous les sports et découvrir des choses. D’avoir des amis dans chaque domaine, ça permet d’aller tester un peu tout.

Tom Pagès : "Quand tu mets le casque, plus personne ne décide pour toi" (exclu)

Où va-t-on te voir rouler prochainement ?

Le 14 août, au supercross de La Tremblade où il y aura une démo. Il y aura du monde. On va tous se régaler là-bas et ce sera un bon entraînement pour le Finist’Air Show. Derrière, l’Afrique du Sud arrive avec les X-Fighters en septembre, la fin de saison à Abu Dhabi où j’attends énormément parce que tous mes amis du Skydive Dubaï vont être là-bas. Ils me connaissent en chute libre, mais pas sur la moto. Après, en Australie fin novembre, il y a un Best Trick. Ça va continuer jusqu’à Noël donc ça va être très long cet hiver.