Xavier de Le Rue : "On a poussé l'idée du paramoteur jusqu'au bout" (interview exclu)

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Le film "Degrees North" avec Xavier de Le Rue en Alaska sera en ligne sur Red Bull Tv les 22 et 23 octobre. meltyXtrem a rencontré le snowboardeur de l'extrême lors d'une projection presse.

meltyXtrem vous présentait il y a un mois le second trailer de " Degrees North ". Et le voilà ! Le dernier film de Xavier de Le Rue sera disponible gratuitement et en intégralité pendant 48 heures, jeudi 22 octobre, à partir de 21 heures sur le site de Red Bull ! S'il fait partie des snowboardeurs de légende, c’est décontracté, souriant, presque comme monsieur tout-le-monde que Xavier s'est confié à meltyXtrem avant la projection de son film à Paris. Loin de se venter de ses exploits, réalisés aux quatre coins de la planète, il préfère se féliciter d’être aujourd’hui à la recherche de nouvelles techniques, qui permettront à tout le monde, à tous les niveaux, d’aller explorer des choses nouvelles, et de vivre leurs passions à fond ! À première vue, "Degrees North", c’est le genre de film qui fait penser que tout ça n’existe que dans les rêves (ou dans les films ceci-dit). Mais en réalité, cette troisième "mission" (après "Mission Steeps" et "Mission Antarctique") accomplie dévoile le travail, les contraintes et les craintes qui mènent finalement à la découverte de choses incroyables ! Les amateurs de poudreuse et de sensations fortes vont pouvoir se régaler ! Le rider du team The North Face nous a expliqué plus en détail, le déroulement de ce projet totalement dingue, devenu réalité au bout de deux ans de travail et de préparation, partagé avec Sam Anthamatten et Ralph Backström.

meltyXtrem : Il t'a fallu deux ans avec toute ton équipe pour pouvoir achever ce projet. Pourquoi autant de temps ?

"On a fait trois voyages qui durent entre deux semaines et un mois, mais qui demandent pas mal d’organisation, et aussi de tomber sur des bonnes conditions, donc un peu de flexibilité. On s’est laissé le temps pour pouvoir arriver à faire un premier voyage, tester certains systèmes et développer, travailler dessus, réfléchir et partir avec tout ce qu’on avait appris, l’année suivante. C'était pas mal de travailler comme ça."

Xavier de Le Rue : "On a poussé l'idée du paramoteur jusqu'au bout" (interview exclu)

Comment en es-tu arrivé là et qu’est-ce que cette expérience t’a apporté sur le plan personnel ?

"Ce film, c’est un peu parti d’un délire, d’une idée folle ! C’est un peu le genre d’idée que tu as en te réveillant un matin, où tu te dis "tiens on pourrait faire ça." C’est quelque chose qui est un peu décalé des films classiques de ski et de snowboard. Là, c’était une approche qui était complètement différente, qui n'avait jamais été faite avec les para-moteurs. C’est un système qu’on avait commencé à développer dans une volonté de pouvoir arriver à filmer, de manière aérienne dans des endroits qui sont complètement reculés. En gros, on voulait s’ouvrir des nouvelles possibilités. Et après, on a poussé un peu le truc plus loin en se disant qu’on pouvait utiliser ces systèmes pour essayer d’aller repérer aussi des pentes et y accéder. C’est complètement en décalage par rapport à l’hélicoptère qui peut être utilisé de manière traditionnelle dans des zones qui sont délimitées, de manière hyper intense et pas forcement en connexion avec des aventures comme celle-là. Et ce n'est pas accessible du tout.Par exemple, en Antarctique où on est tellement loin de tout, il n'y a même pas d’hélico, c’est une approche qui est aussi beaucoup plus verte. Alors on a poussé un peu le concept, on l’a testé sur Spitzberg pour pouvoir découvrir de nouvelles lignes, avoir plus d’accessibilité et un rendu qui donne cette qualité d’image."

Xavier de Le Rue : "On a poussé l'idée du paramoteur jusqu'au bout" (interview exclu)

"L’année suivante on est parti sur la Mecque du freeride (l'Alaska), on a voulu utiliser cette technique pour réaliser une approche depuis la mer, chose qui n’a jamais été faite. On s’est confronté aux pires conditions de tous les temps. Il n'y a jamais eu si peu de neige en Alaska cette année depuis 120 ans. On s’est pris une baffe ! On est rentré et on est reparti là-bas. Et plutôt que d’aller chercher un endroit que personne n’avait touché, on a mis l’accent sur ce délire du para-moteur et on l’a poussé jusqu’au bout en l’utilisant comme moyen de locomotion en tandem pour monter en haut des lignes. En même temps, on filmait tout ça depuis des drones. On s’est tapé un délire un peu fou. C’est un peu ça quand tu fais un truc que personne n’a jamais fait, tu sais pas si tu es en train de faire une connerie, si c est possible, si tu vas y arriver ou pas. Quand on a réussi, c’était vraiment cool parce que cela ouvre des possibilités. On a fait en sorte que ce rêve devienne réalité. On y a cru, on s’est battu, on a réussi et ça, c’était vraiment un beau message. C'est hyper encourageant d’essayer d’innover, de partir dans de nouvelles directions avec de nouvelles façons d’aborder notre pratique. Ça vaut vraiment le coup parce que c’est presque plus riche que de trouver un nouvel endroit."

Quels ont été les avantages et les inconvénients du paramoteur ?

"Le paramoteur, c'est magnifique quand ça marche bien, mais après c'est une technique qui est assez difficile parce que cela requiert des vents parfaits, dans la bonne direction, pas trop forts. On n'a pas pu voler tous les jours mais quand on a volé c'était génial parce que c'était quelque chose de nouveau. Cela fait pas mal d'années qu’on fait des films et c’est tellement chouette d’avoir une approche différente à chaque fois."

Xavier de Le Rue : "On a poussé l'idée du paramoteur jusqu'au bout" (interview exclu)

Le taux d’adrénaline devait être à son maximum...

"Imagine, tu as la falaise, tu as la ligne juste derrière et tu passes très près. Il faut vraiment bien calculer, ouvrir les sangles, le para-moteur continue et toi tu sautes et tu enchaînes ta descente. Et en même temps, tu te fais filmer par les drones, c’était vraiment un bon délire !"

Arriver sur ce type de lignes, précisément, ça ne se fait pas totalement au hasard. Comment avez-vous ciblé tous ces lieux ?

"On se base toujours sur les connaissances qu’on a, les films qu’on a pu voir. Par exemple, le Spitzberg était une zone où il y a quelques équipes qui y sont allées ces dernières années, qui y avaient fait des films. En utilisant beaucoup Google Map, on a réalisé qu’il y avait des possibilités pour faire des choses qui étaient d’un autre niveau. Le but n'était pas forcement de trouver un endroit mais de pousser plus loin au niveau de la production, de l’action, des moyens de locomotion. C’est l’aboutissement de trois films et de trois belles années."

On découvre des paysages grandioses, un peu comme s'ils n’existaient que dans les films. Or, vous vous y étiez réellement avant d’en faire un film justement. Comment se sent-on face à ce genre de site ?

"On vit pour ça ! Moi, clairement, quand je me rappelle de moments dans ces voyages, c'est toujours cette vision où tu es en haut de la montagne, les conditions sont bonnes, tu as la lumière qui est folle et tu te dis : "ah ça y est !" Ce sont des mois de travail qui font que tu te retrouves là et où tu te dis que toutes les galères valaient le coup, c’était pour ça, pour ce moment !"

Xavier de Le Rue : "On a poussé l'idée du paramoteur jusqu'au bout" (interview exclu)

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué durant ce tournage ?

"J’ai été stupéfait par le résultat avec les drones. C'est la première fois qu’on les utilisait de manière professionnelle et c’est quelque chose qui a vraiment changé la prise d’image. Et puis, il y a le premier saut depuis le paramoteur qui venait après beaucoup de galères. Dans le film, on représente bien tous ces moments de doutes à attendre que le ciel s’ouvre parce qu’on s'est retrouvé dans des tempêtes pendant des jours, à ne jamais savoir si tu on allait arriver à faire quoi que ce soit."

Tu as déjà d’autres idées de films en tête ? D’autres idées de techniques que tu voudrais mettre en œuvre ?

"C’est un projet complètement different que je vais commencer dans un mois et demi. Un peu à l’opposé de celui-là, qui est basé sur du "self-documentation", quand tu t’auto-filmes. On a développé un drone depuis un an et demi, Hexo+ (un drone qui suit automatiquement le rider). Et là on a enfin le système qui marche donc je vais faire toute une série où je vais partir en camping-car, durant l’hiver avec ma femme, je vais aller rider partout en Europe et faire des web séries, toutes auto-filmées. C’est faire un projet plus accessible que tous ces voyages lointains. Je veux montrer que tu peux faire des choses de fou tout seul."

Y a-t-il d’autres lieux qui n’ont jamais été ridés et où tu voudrais aller ?

"Pas tant que ça. C’est justement ce qui m’a poussé à me servir des drones et du para-moteur. Au bout d'un moment, il suffit juste de voir ta pratique de manière nouvelle. Je pense que c’est un beau message aussi. Avec toutes ces techniques qu’on développe, on ouvre des possibilités. Au sein de notre équipe, on s’est souvent dit qu'on ne pouvait plus rien faire... Mais moi je disais toujours "non, on peut toujours trouver des nouvelles manières de voir le truc et de repousser nos limites." Et à chaque fois je parlais de mes délires mais ça fonctionne ! Je pense que plus tu les réalises, plus les portes s’ouvrent, on peut tous vivre nos passions !"

Xavier de Le Rue : "On a poussé l'idée du paramoteur jusqu'au bout" (interview exclu)

Vous êtes considérés comme des fous aux yeux du grand public. Ces films sont-ils le meilleur moyen de mettre en avant cette discipline du freeride, ou bien au contraire, ne montrent-ils pas plutôt son côté pratiquement inaccessible ?

"Je ne sais pas. Il y a toujours le côté des gens qui nous prennent pour des fous. Après, ce qui est bien dans ces documentaires, c’est qu’on ne montre pas juste l’image comme ça, brute. On voit toujours la démarche qu’il y a derrière, tout le travail réfléchi. Moi, j’espère vraiment que ces films inspirent les gens à vivre leur passion. La nôtre, c'est le snowboard, c’est ce qui nous permet d’aller dans la nature et d'explorer mais tout le monde peut, à son niveau, trouver des valeurs dans ces films. Ça demande juste de se lever le matin et d'avoir envie de découvrir des trucs nouveaux, c'est ça que j’ai envie de faire partager."