Xavier de Le Rue : "Réaliser un film sur le snowboard de A à Z" (interview exclu)

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Xavier de Le Rue a présenté son dernier film "Mission Steeps" à l’occasion de Montagne en Scène. meltyXtrem l’a rencontré pour parler de sa vision du snowboard et de sa passion pour la caméra.

Avec son ami suisse Samuel Anthamatten, adepte du freeski, Xavier de Le Rue est parti sur les plus belles pentes du monde pour filmer des sessions de snowboard extrême. Pour cet habitué des podiums du Freeride World Tour, à 35 ans, il n’est plus l’heure de se cantonner aux compétitions, mais plutôt de partir à la découverte. C’est ce qu’il montre dans son nouveau film "Mission Steeps", présenté à l’occasion de l’édition hivernale de Montagne en Scène, dans la salle combe du Zenith de Paris. À la recherche de verticalité et de vitesse, il a confié à meltyXtrem sa vision de son sport ainsi que la manière dont il est filmé. Avec pour objectif de repousser les limites de la réalisation et de la production. À lire aussi : Xavier de Le Rue : "Être pris dans une avalanche m'a rendu meilleur" (interview Red Bull).

Xavier de Le Rue, comment vous définiriez-vous dans votre pratique du snowboard aujourd’hui ?

Je suis un snowboardeur avant tout mais j’ai pas mal évolué dans ma pratique au fil des années. Aujourd’hui, je suis en constante recherche de nouveautés. J’ai fait de l’alpin, du freestyle, du boardercross. Après j’ai réalisé quelques expéditions et maintenant, je suis à fond dans les films.

La compétition ne vous manque-t-elle pas ?

Franchement, je me dis parfois que j’aimerais bien avoir le même état d’esprit que lorsque je faisais de la compétition. Mais aujourd’hui, tout cela ne me manque pas car je ne trouve plus la flamme, l’envie d’aller gagner à tout prix. Avant, c’était le cas… J’ai fait ce que j’avais à faire et j’ai gagné ce que je voulais donc cela explique sûrement ma mentalité actuelle. Dans les films, je sens que je possède une marge d’évolution, ce que je ne voyais plus dans le cadre de la compétition.

Xavier de Le Rue : "Réaliser un film sur le snowboard de A à Z" (interview exclu)

Quelle est la nature du projet de votre nouveau film "Mission Steeps" ?

Ce film est un parallèle entre le monde de la montagne et celui de l’alpinisme traditionnel, en pente raide. J’ai toujours été choqué que ces deux mondes évoluent dans le même environnement mais soient assez hermétiques l’un par rapport à l’autre. Donc on a essayé de faire un mélange assez sympa en partant à la fois sur des spots de pente raide en Alaska, ce que toutes les productions font dans le milieu du snowboard, et dans des lieux plus classiques dans les Alpes, en partant à pied.

Quelles étaient les particularités du tournage ?

Nous avons fait face à des pentes qui ne sont pas faciles à rider car elles ne sont pas tout le temps disponibles en raison des conditions météorologiques. C’est souvent quelques jours par an. Voire impossible d’un an à l’autre. Il y a des endroits qu’on a étudiés pendant quatre ou cinq ans et on n’a jamais réussi à s’y rendre.

Quel voyage vous a le plus marqué au cours de vos expéditions ?

Je suis allé deux fois en Antarctique et c’est l’endroit qui m’a le plus marqué, ça c’est clair. Quand tu voyages sur la planète, à un moment donné, tu as l’impression de toujours arriver dans une station où il y a des montagnes, de la neige, et c’est toujours un peu la même chose. Alors qu’en Antarctique, c’est vraiment spécial de voir ces paquets de glace et ces pentes juste au-dessus de la mer, des icebergs, des couleurs comme nulle part ailleurs. C’est toute une aventure pour s’y rendre aussi. Le fait d’arriver dans un endroit où personne n’est jamais venu en snowboard… Tout cela fait que cette expédition reste l’un de mes plus beaux souvenirs.

Comptez-vous y retourner un jour ?

Je ne sais pas car je n’aime pas trop faire deux fois la même chose. Et puis cela coûte très cher pour s’y rendre. Je ne peux pas me permettre de dire à mes sponsors : "Filez-moi des centaines de milliers d’euros pour faire la même chose !" Ils me diraient : "Tu es bien gentil mais bon…"

Xavier de Le Rue : "Réaliser un film sur le snowboard de A à Z" (interview exclu) - photo
Xavier de Le Rue : "Réaliser un film sur le snowboard de A à Z" (interview exclu) - photo

Quel regard portez-vous sur la manière de filmer le snowboard ces dernières années ?

Il y a un truc que tous les riders n’ont pas tous compris je crois : il existe une transition entre le fait d’être juste rider pour faire de la performance et le fait d’essayer de créer des images, de trouver des moyens de faire des films, et donc de surpasser la simple pratique du snowboard. Il faut avoir une vision sur notre sport, sur la manière de pouvoir le capter. Je suis focalisé sur le fait de pouvoir filmer depuis les airs car c’est ce qui donne de la magie à chaque action que tu fais. Aujourd’hui, c’est ce qui fait que mes sponsors me suivent et c’est à la fois intéressant pour moi car j’en apprends tous les jours. S’il n’y avait pas cette dimension-là supplémentaire, après 20 ans de carrière, je crois que j’aurais du mal à me motiver. À terme, j’aimerais bien réaliser un film seul, de A à Z.

Ressentez-vous que les sportifs de l’extrême sont de plus en plus médiatisés dans leur activité ?

Oui, je vois ça de manière positive car on peut partager nos sessions via les réseaux sociaux. Mais je crois surtout en la culture du film qui s’est développée et qui fait que les projets tiennent de plus en plus la route. Ils sont plus accessibles car ils racontent une vraie histoire, compréhensible même aux non-pratiquants. Et puis, je trouve que les sports d’action véhiculent des valeurs vraiment intéressantes par rapport à d’autres sports plus médiatiques.

Personnellement, j’ai grandi dans les Pyrénées, j’en avais marre de planter les piquets et j’ai découvert le snowboard. Je l’ai vu comme une manière de m’éclater dans la montagne. Avec Mathieu Crepel et mes deux frères (Victor et Paul-Henri, ndlr), on était unis, on a formé un bon noyau à l’époque. On s’est entraîné mutuellement dans cette aventure.