Xavier Thevenard : "L'UTMB ? La course la plus dure de ma carrière" (exclu)

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Vainqueur de l'UTMB, la course majeure de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc 2015, la semaine dernière, Xavier Thevenard s'est confié en exclusivité pour meltyXtrem.

Il a beau profiter d'une semaine de vacances en Corse, chez ses parents, Xavier Thevenard n'en reste pas moins tout aussi accessible qu'après avoir avalé les 168 km et les 9 600 mètres de dénivelé du parcours de l'UTMB, le tracé majeur de la 13e édition de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc 2015. Sur son nuage depuis son deuxième sacre dans cette épreuve (il s'était déjà imposé en 2013), l'ultra traileur de l'Ain se satisfait d'avoir remporté la course qu'il avait cochée à son calendrier. Et parce qu'il aime avant tout sa discipline pour les sensations qu'elle lui procure, il n'accorde pas plus d'importance au palmarès. Pourtant, avec deux succès, il égale désormais François D'Haene (2012 et 2014), à une longueur du maître Kilian Jornet, triple vainqueur (2008, 2009 et 2011). À 27 ans, le membre du Team ASICS Trail rêve plutôt de nouvelles courses et de découvertes. Parce qu'il aime la nature avant tout. Il s'est ainsi confié à meltyXtrem pour une interview exclusive. À lire aussi : Ultra-Trail du Mont-Blanc 2015 : Vos photos perso des courses disponibles !

Sa victoire sur l'UTMB

"Je suis super content, c'était l'objectif de l'année et le contrat est donc bien rempli, ma saison est désormais réussie quoi qu'il en soit. J'avais coché ce rendez-vous car il me tient à cœur après l'avoir gagné en 2013. Puis cette course me correspond totalement car c'est un ultra avec un parcours que j'adore. C'était ma course !"

"L'UTMB, c'est mythique par rapport au Mont-Blanc. C'est un lieu connu à l'international et tout le monde veut s'approcher pour voir à quoi cela ressemble. Et puis, il y a le parcours qui est vraiment très dur et physique. Pour les puristes, c'est quelque chose à faire. Chamonix est la capitale de l'alpinisme et tous ces éléments font que ce rendez-vous est unique. Je pense que cela continuera ainsi pendant longtemps."

Sa plus belle victoire ?

"Après avoir remporté la TDS et la CCC, je peux dire que la plus dure des courses, c'est l'UTMB, c'est clair (rires) ! Cette année, j'avais des cannes jusqu'à Trient mais après c'était très dur. Sportivement, la fin de l'UTMB est le moment le plus dur que j'ai connu dans ma carrière. Cela demande une exigence physique et mentale que je n'ai jamais retrouvée ailleurs. Je n'ai même pas les mots pour décrire ce que j'ai ressenti."

Que lui apporte l'ultra trail ?

"Personnellement, je recherche une introspection sur moi-même. Quand on s'engage sur 170 km, il y a le côté contemplatif, on veut se prouver qu'on en est capable. Après, il y a une part d'appréhension car on ne sait jamais vraiment comment cela va se passer. Il faut être solide… J'ai appris après toutes ces courses que le corps humain peut aller loin si on ne lâche rien et que le mental suit. Le sport, c'est l'école de la vie car au-delà de toutes les contraintes physiques et mentales, il apporte tellement de bonnes valeurs, notamment le goût de l'effort et la persévérance. Quand on termine une course comme un UTMB, plus rien ne nous fait peur et les petits problèmes du quotidien deviennent faciles et abordables."

Comment se prépare-t-il ?

"La priorité, c'est l'envie de parcourir 170 bornes ! Sur ces distances, au-delà de la performance sportive, il faut se sentir bien dans cet environnement de la montagne, c'est une question d'éducation. Cela s'apprend depuis qu'on est gamin et c'est primordial d'être content de passer du temps dehors. Physiquement, il ne faut pas hésiter à aligner les heures évidemment, en diversifiant les séances et les sports. Je pratique par exemple du vélo, du VTT, du kayak et du ski de fond. C'est très bon pour la caisse ! Je ne touche pas à mes baskets pendant presque quatre mois durant l'hiver et je suis heureux de les rechausser au printemps. Et inversement pour mes skis. Cela m'apporte beaucoup de fraîcheur mentale de changer d'univers."

Courir pour le plaisir… ?

"Je n'ai pas l'impression d'avoir débuté une carrière. La course à pied, c'est une passion que j'ai depuis tout jeune. Le jour où je serai moins compétitif, ce ne sera pas grave et je continuerai à courir car c'est ma source de motivation que de me retrouver au calme et de passer du bon temps avec les copains. Aujourd'hui, cela me permet d'en vivre car cela se démocratise et qu'il y a de l'argent qui est arrivé dans la discipline. Je peux un peu gagner ma vie et courir dehors donc autant profiter du moment présent. Mais quand cela s'arrêtera, je me lèverai quand même à 5h du matin pour aller courir parce que j'aime ça. Et puis il y a mes autres activités comme celle de moniteur de ski."

… Ou pour les records ?

"Bien sûr, j'ai développé un esprit de compétition. Si je réalise des heures d'entraînement, c'est pour avoir des histoires à raconter mais je veux aussi me comparer aux autres. Je fais du mieux possible et je fais attention à tout, je gère mon alimentation. Cela peut être un challenge de remporter à nouveau l'UTMB mais j'ai envie de voir autre chose, peut-être le Mont-Fuji (Japon) ou la Hardrock 100 (États-Unis). J'ai bien envie de tenter ces courses à l'étranger. C'est sûr que je ne participerai à aucune course de l'Ultra-Trail du Mont-Blanc l'an prochain. Cela fait quatre ans que je m'aligne sur une course de ce rendez-vous et je ne me vois pas prendre à nouveau un dossard, je commence à avoir fait le tour. Je ne dis pas que je n'y retournerai plus mais ce ne sera pas pour l'an prochain. "

La fin de saison

"Je participerai aux Templiers fin octobre (22-25 octobre) pour ma dernière course de l'année. C'est un peu un bonus car j'y arrive avec moins de pression, comme en 2013. Et j'avais gagné (rires)."